‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 44 sur 73 · DE OO · texte numérisé non relu

DE OO

Dragon; 3° la Femme s’envolant dans le désert. La dernière scène figurant la Femme aux ailes déployées, et le Dragon vomissant un fleuve est conforme aux manuscrits de Paris et de Valenciennes. La première scène, présentant pour nous un intérêt particulier, est traitée de la manière suivante : à gauche, la Femme debout sur le croissant de la lune, la tête nimbée du disque solaire, entourée de douze étoiles figurées par des petites boules accrochées au bout de chaque rayon, tient de sa main droite l'Enfant nu. En haut, à droite, un édifice représente le sanctuaire de Dieu laissant voir l’Arche d'alliance. Le bas de la composition est occupé par le corps du Dragon. La queue sous les pieds de la Femme, il se retourne et se dresse contre elle. L'artiste semble s'être inspiré là aussi d’un modèle archaïque, relativement proche des manuscrits de Paris et de Valenciennes. Non seulement la disposition et la silhouette de la Femme et du Dragon, mais aussi la manière si particulière de représenter le soleil et les douze étoiles évoquent un modèle semblable à celui de ces deux manuscrits. Modèle auquel l'Enfant et le sanctuaire de Dieu sont étrangers. L'ensemble, par la simplicité de la composition, reste archaïque.

Cette illustration de Bamberg montre des rapports avec la peinture de Saint-Savin, non pas dans la question des sources, mais dans certains détails d'exécution : ainsi le sanctuaire laissant voir l’Arche d’alliance se trouve sur ces deux illustrations **. Dans le cycle de Beatus, nous voyons, en général, à cette place, l’image de Dieu trônant dans le ciel. L’Arche de Dieu fait l’objet d’une scène indépendante dans l’Apocalypse de Saint-Benoît-sur-Loire. D'après le texte de la vie de l'abbé Gauzlin, saint Jean y aurait figuré contemplant d’en bas, sans doute, l’Arche de Dieu. A Saint-Savin, elle apparaît sur la scène de la Femme attaquée par le Dragon, ce qui est loin d’être absurde, puisque dans le texte

5o. Nous retrouvons cette particularité : l’arche de Dieu apparaît dans la scène de la Femme attaquée par le Dragon, dans certains manuscrits du cycle gothique; L. Delisle cite les six manuscrits suivants : ceux de Cambrai (ms. 482), de Saint-Victor (Bibl. Nat. lat., 14410), du British Museum (17333) de Chantilly, celui de Namur et de la Collection Rey (voir L. Delisle et Meyer, op. cit., PP. GLXXXVIIT).

de l’Apocalypse, l'Arche de Dieu est mentionnée immédiatement avant le passage de la Femme et du Dragon. La forme du Dragon appelle une remarque non moins importante. Dans le cycle des Beatus, le monstre est presque toujours représenté sous la forme d’un énorme serpent à sept têtes ; ces têtes, portées sur de très longs cous, sont toutes égales °!. Dans le manuscrit de Bamberg comme à Saint-Savin, le Dragon a un aspect tout différent. Il à deux pattes et deux ailes et, si son énorme corps se termine comme celui d’un serpent, son avant-corps est celui d’un quadrupède ailé. Il a une grande tête sur laquelle se dressent six autres têtes plus petites.

Dans les manuscrits de Paris et de Valenciennes, le Dragon est un énorme serpent à sept têtes, l’une grande et les autres petites. De même dans les manuscrits de Cambrai (ms. 386) et de Trèves. Dans l’Apocalypse de Bamberg et dans la peinture de Saint- Savin, il ressemble au monstre des bas-reliefs du premier art chrétien, dans la scène de Jonas ressuscité. L'artiste de Saint- Savin comme l'artiste ottonien a donc subi, sur ce point, l’influence de l’art de l’antiquité chrétienne. Ce qui est curieux encore, c’est que dans la scène suivante de Saint-Savin, celle du Combat de saint Michel contre le Dragon, le monstre a une tête unique pourvue de longues oreilles; son corps ailé est le même que celui du Dragon à sept têtes. Or, c’est exactement le même Dragon qui figure dans la scène du Combat de Bamberg. Sur ce point, il y a une relation très curieuse à noter entre ces deux illustrations *?. Mais cette relation s’expliquerait par la tradition antique commune héritée de l’art carolingien.

Certains détails présentent donc à Bamberg et à Saint-Savin des analogies. Le sanctuaire de Dieu laissant voir l'Arche d’alliance, le type du Dragon y sont les mêmes. Mais, d'autre “part,

l’image de l’ange transportant l'Enfant vers le ciel, un des élé-

br. Un chapiteau du déambulaloire de Saint-Aignan-sur-Cher montre un Dragon à sept lèles longues et à corps de serpent (une tête est perdue), ce qui nous prouve qu’à l’époque romane on connaissait le type du Dragon du cycle des Bealus au centre de la France.

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