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ments essentiels de la représentation à Saint-Savin, ne se trouve pas à Bamberg. Ce détail iconographique fait défaut dans les manuscrits de Paris et de Valenciennes ainsi que dans ceux de Cambrai et de Trèves. Antérieurement à la peinture de Saint-Savin, il n'apparaît que dans le cycle des Beatus et dans l’Apocalypse de Saint-Benoît-sur-Loire. La scène de Saint-Savin représente en même temps le premier et le troisième épisodes. Cette particularité aussi ne se rencontre que dans le cycle des Beatus et dans l’Apocalypse de Saint-Benoît-sur-Loire. Malgré la différence de style cette constatation nous conduit à chercher le modèle dont s’est inspiré le peintre de Saint-Savin dans le cycle des Beatus espagnols et au moins dans une représentation semblable à celle de Saint-Benoît-sur-Loire **.
À Saint-Benoît-sur-Loire, le sujet qui nous occupe semble avoir fait l’objet d’une scène bien développée. Le texte la décrit ainsi :
Huius caelicolam subductus partus ad aulam, Sic tremebunda fugit tanti terrore draconis, Tercia lucendi quo caeli portio desit.
Cum quo caelestes pugnantes quippe cohortes, Ipsum tartareis lradunt sine margine paenis.
De la composition et du style de cette scène, nous ne pouvons rien savoir, mais il nous paraît évident que les éléments iconographiques qu'elle renferme ont des rapports très étroits avec ceux des Beatus espagnols. Indépendamment du style, une composition semblable à celle du Beatus de Valladolid, ou mieux encore du Burgo de Osma, aurait influencé la peinture perdue de Saint-Benoît-sur-Loire. La vision pourrait donc y avoir été représentée de la manière suivante : un grand Dragon entraînant à sa suite une nuée d'étoiles occupe le centre de la scène. En haut, c’est la cour céleste où Dieu accueille l'Enfant que l’on vient d'apporter. La Femme, devant la menace du Dragon, va fuir; elle
53. Dans la scène de Saint-Savin, les douze étoiles entourant la tête de la Femme suivent le tracé du nimbe. Cette disposition se rencontre dans la scène du groupe Cambrai-Trèves, et aussi dans certains Beatus, par exemple celui de l’Escorial.
est déjà munie de deux ailes et le Dragon vomit un fleuve. La scène du Combat figurait sans doute en même temps. Des anges attaquent le Dragon par derrière et les suppôts du monstre, vaincus, sont livrés à l’Enfer, figuré au bas de la scène.
Nous ne connaissons aucune œuvre du début du XI° siècle, à laquelle pourrait s'appliquer la description de la scène de la Femme et du Dragon de Saint-Benoît-sur-Loire, si ce n’est dans le cycle des Beatus espagnols. Il est donc fort probable que, pour l’iconographie, l’artiste de Saint-Benoît-sur-Loire ait suivi le modèle espagnol. La Femme attaquée par le Dragon de Saint-Savin a des rapports avec l’Apocalypse de Bamberg en ce qui concerne certains détails; mais elle a, par ailleurs, une relation plus étroite encore avec la scène de Saint-Benoît-sur-Loire. Au point de vue iconographique, celle-ci montre un type plus élaboré s’affiliant directement au cycle du Beatus, tandis que celle de Bamberg reste attachée au modèle archaïque.
Quant au rapport de la peinture poitevine avec la scène correspondante de la famille anglo-normande, M. Mâle l’a déjà clairement démontré **. Une fois de plus, rien ne se rapproche donc davantage du texte d'André de Fleury que cette scène de Saint- Savin, à l'exception peut-être du passage concernant le Combat des anges et du Dragon. Le type du cycle gothique remonterait ainsi à une scène semblable à celle que l’artiste de Saint-Benoîtsur-Loire aurait fixée dans le premier tiers du XI° siècle.
4h. — Le COMBAT pEs ANGES ET pu DRrAGon (PI. IT)
Le Combat des anges et du Dragon ne figure pas dans les manuscrits de Paris et de Valenciennes. Dans le cycle des Beatus, comme nous l’avons vu, il forme avec l’histoire de la Femme et du Dragon une scène unique. À Cambrai et à Trèves, par ntre, la scène du Combat est indépendante; elle apparaît de la manière suivante :en haut, à droite, un groupe d’anges, conduit par deux
54. E. Mâle : L'art religieux du XIIIe siècle en France, Paris, 1910, 3€ éd., P: 420.
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