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Émis
à côté du puits ; il sonne de la trompette ; celle-ci, teintée de jaune, forme une ligne oblique qui va de la tête de l’ange vers l’orifice du puits.
Le puits de l’abîime, vu de côté, est peint en jaune et orné d’une multitude de lignes ondulées de couleur blanche, il a deux soubassements, l’un brun, l’autre blanc. Le couvercle destiné à fermer le puits, peint en brun et ayant la forme d’un bouclier, est levé devant l’ange et laisse voir l'ouverture ronde d’où sont sorties les sauterelles. Sur le couvercle, on discerne une clef jaune tombée du ciel.
Celui-ci est représenté au-dessus du puits par un demi-cercle; un disque jaune, entouré de nuages blancs, signifie que le soleil est obscurci (Apoc., 1x, 2).
Le groupe des sauterelles, qui sort du puits, se dirige vers la droite et occupe la plus grande partie de la scène. On y voit quatre corps, peints en jaune, brun clair, blanc et brun foncé, et six têtes à longue chevelure portant des couronnes ; leurs faces brun foncé laissent voir des dents blanches; leurs couronnes, semblables à celles que nous voyons dans la scène de la Jérusalem nouvelle, sont formées de deux rectangles ornés de perles blanches. À l'exception de deux ailes peintes en vert, toutes les autres sont jaunes, avec des rehauts bruns et blancs. Sur les corps des saulerelles, nous pouvons encore distinguer quelques traces de leur armure : traits fins de couleur foncée formant des losanges; et sur leurs croupes, comme sur celles des chevaux des anges, des cercles en ton de lumière.
Une disposition toute particulière des tons mérite d’être signalée sur les pattes de certaines sauterelles. Comme l'aile droite de la sauterelle à corps blanc est peinte en jaune, sa patte droite de devant est teintée de jaune, tandis que les trois autres pattes sont blanches comme le corps. Nous observons la même particularité sur la sauterelle à corps brun foncé qui se trouve derrière la sauterelle blanche; son aile droite étant jaune, sa patte droite de de- \ant l’est également.
Sous les pattes des sauterelles, nous voyons deux groupes J'hommes; les uns gisent à terre, les pieds dirigés vers la droite
et la tête tournée vers le puits; les autres s’entassent à l'extrémité droite de la scène, corps et têtes renversés vers la droite, et leurs pieds se mêlent à ceux des hommes de l’autre groupe. Dans le premier «nous distinguons trois corps vêtus de brun foncé, blanc, brun clair, et quatre têtes à cheveux jaunes. Dans le second, nous comptons trois corps, brun clair, jaune et brun foncé, et six têtes à chevelure jaune.
La terre est peinte en jaune vif avec des rayures brunes et l'horizon est formé d’une longue bande blanche soulignée de trois ou quatre lignes parallèles également blanches. Au-dessus, le reste du fond est peint en vert pâle.
La scène est encadrée, comme les autres, d’une bande brun foncé, doublée d’une ligne blanche; au-dessous de la scène, juste sous cette bande, se trouve une bande d'inscription à fond jaune, très effacée, qui sépare la scène que nous venons de décrire de la suivante.
h° La Femme attaquée par le Dragon (PI. INT.
À gauche, dans la partie supérieure, nous voyons, peint en brun, le demi-cercle du ciel au milieu duquel se trouve un édifice ouvert, peint en jaune, vert et blanc, qui représente le sanctuaire de Dieu. On y voit l’arche divine, en forme de châsse, teintée de vert, brun, jaune et blanc. Dans le même demi-cercle, au-dessous et à droite de l'édifice, deux étoiles à huit branches.
Au-dessous du demi-cercle, Jean, vêtu d’une robe blanche et d’un manteau rouge, est assis sur une sorte de coffre dont la partie supérieure est brune et dont les deux côtés, peints en vert, sont décorés de deux rangs superposés d’arcades, dessinées en vert foncé, en jaune et en blanc. Sa tête est nimbée de jaune; ses pieds sont posés sur un rectangle brun foncé, orné de perles blanches; il contemple la scène avec un geste d’effroi. je
Devant lui, la Femme, vêtue de blanc, est assise sur une sphère rouge, ses pieds posés sur le croissant de la lune. Sa tête est nimbée de brun; un cercle brun foncé doublé d’une ligne blanche entoure le nimbe; sur ce cercle étaient autrefois disposées douze
petites étoiles, chacune composée de sept ou huit petits pétales blancs distribués autour d’un point blanc; elles sont actuellement très effacées, et nous en distinguons à peine cinq ou six. Conformément au passage de l’Apocalypse (7, 14), la Femme a deux ailes jaunes, retouchées de brun, qui apparaissent derrière le nimbe.
De ses deux mains, elle tient l’Enfant sur ses genoux. Il est vêtu d'une robe jaune à plis blanc et à bordure inférieure brune; son nimbe est également jaune, et entouré de deux cercles blanc et brun foncé. Il grimpe sur les genoux de sa mère et tend les mains vers l'ange. Celui-ci, sortant de la partie inférieure du ciel, saisit l'Enfant par les mains pour l'emmener auprès de Dieu.
L’énorme corps du Dragon occupe presque entièrement la partie gauche de la scène. Nous le voyons lever ses deux pattes et, déployant ses deux grandes ailes, l’une brune et l’autre blanche, vue à revers, s’élancer contre la Femme assise au milieu de la scène. Î[l ouvre la gueule et paraît vouloir dévorer l'Enfant. Sa grande tête rappelle celle d’une panthère; ses six autres têtes, beaucoup plus petites, peintes en blanc et munies chacune d’une corne blanche, se dressent sur son cou grand et long, cinq en arrière, une en avant; la grande tête a, en outre, quatre cornes blanches. Les têtes du Dragon portent, toutes, des nimbes jaunes cernés de cercles blancs et bruns, à l’exception de celle qui se trouve en avant et qui porte un nimbe brun. Le corps du monstre est brun clair et modelé par des traits brun foncé; c’est celui d'un serpent ; il s’allonge derrière les ailes, forme trois boucles et dresse la queue, L’extrémité de cette queue entraîne une espèce de nuage blanc que nous voyons en haut, à droite. Entre la Femme et le Dragon, se trouve une bande blanche représentant le fleuve vomi par ce dernier.
Le fond est composé de plusieurs zones de teintes différentes. Le sol est jaune et parsemé de fleurettes brun-rouge à tiges blanche. L’horizon est indiqué par une longue bande blanche qu'’accompagnent plusieurs lignes parallèles de la même couleur. Audessus s’étend une vaste zone verte, au milieu de laquelle, à la
hauteur de la tête du monstre, on voit la trace d’une bande de couleur foncée, qui semble avoir été bleue.
5° La Jérusalem nouvelle (PI. IV).
Cette peinture a été découverte sous un badigeon, elle est très abîimée”®. Les couleurs sont tombées en maints endroits, laissant voir la surface du mur qui porte plus d’une trace d’esquisses en brun.
La moitié droite de la scène est occupée par un grand demicercle blanc représentant sans doute le ciel, où planent deux anges qui semblent sortir de deux petits nuages jaunes, figurés en haut. Ils s'affrontent au-dessus de la tête du personnage féminin assis, et tiennent chacun un encensoir jaune, qui devait sans doute avoir été suspendu à une chaîne ou à un fil, effacé aujourd’hui. Ils ont des ailes jaunes: celui de gauche est vêtu de blanc ‘et de brun foncé et nimbé de jaune; celui de droite est vêtu de jaune et de brun clair et nimbé de brun foncé.
Au milieu du demi-cercle blanc du ciel, se détache l’image d'une femme, assise sur un siège au coussin jaune, somptueusement décoré. Ses pieds chaussés reposent sur un socle brun orné de perles blanches. Ce personnage est vêtu d’une robe blanche et d’un manteau dont la couleur est presque entièrement disparue, mais semble avoir été d’un brun rouge clair. Une étoffe blanche couvre la tête et les épaules; seul, le visage ovale apparaît avec une partie du cou. Le nimbe est jaune et cerné de deux lignes, l’une blanche et l’autre brune.
De chaque côté de ce personnage, nous voyons une foule d'hommes debout, Cinq d’entre eux, plus grands que les autres, se détachent au premier plan.
A droite, un personnage vêtu d’une longue robe monacale de couleur jaune, la tête couverte d’un capuchon, tient daps sa main gauche un long sceptre et fait un geste d’adoration avec sa main droite ouverte; il s’avance en tête d’un groupe de moines
g. Me Maillard : Monographie, p. 39, n° x.
vêtus de brun et dont les têtes découvertes laissent voir les tonsures. On compte huit têtes, toutes semblables.
À gauche, faisant pendant au groupe de moines, deux hommes nimbés se tiennent à côté du personnage féminin. Le premier est vêtu d’une somptueuse tunique brune dont les ornements sont encore visibles, et d’un manteau jaune retenu par un nœud sur l'épaule gauche; il porte, dans sa main droite, une couronne rectangulaire ornée de pierreries simulées par des points blancs, et 1l fait, de sa main gauche ouverte, le geste de l’adoration; un nimbe jaune entoure sa tête tonsurée; mais il porte le costume princier comme les deux autres personnages de gauche. Son visage barbu a une expression pleine de dignité. Derrière lui, un second personnage, également nimbé, porte un vêtement blanc et une robe de moine, dont la couleur, sans doute blanche, est presque entièrement effacée. Sa tête est couverte d’un capuchon blanc qui ne laisse voir que le visage ovale, comme pour le moine décrit précédemment.
Derrière eux s’avance une foule de laïques conduite par deux personnages portant des couronnes et des vêtements princiers. Leurs visages sont barbus. Ils portent de courtes tuniques brunes; le second est vêtu, en outre, d’un manteau brun. La foule, derrière eux, est formée par seize personnages dont nous voyons les têtes toutes semblables. Leurs corps vêtus de tuniques et de manteaux de forme pareille à ceux de leurs chefs, mais de couleurs blanche et jaune, sont en partie cachés par ces deux personnages princiers.
Que représente cette scène ? Mile Maillard interprète l’image du personnage féminin assis sur un trône comme la figure de la Jérusalem nouvelle, « vêtue comme une nouvelle mariée », entourée du « peuple de Dieu » (Apoc., xx1, 2-4), le peintre ayant ajouté, dans la foule, des personnages historiques : « Le ciel, figuré par une demi-sphère lumineuse, est descendu sur la terre; une femme, assise sur un trône et nimbée, bénit, tandis que deux anges l’encensent. À sa droite, deux saints, vraisemblablement Savin et Cyprien, se tiennent debout; l’un est tonsuré, l’autre coiffé d’un capuchon; deux rois, probablement les fondateurs
du monastère, Charlemagne et Louis le Débonnaire, suivent les deux saints et sont escortés par une foule. À sa gauche, un abbé, peut être saint Benoît d’Aniane, à la tête d’un groupe de religieux *°, » Cette interprétation nous semble fondée dans l’ensemble. Nous ferons toutefois des réserves sur quelques points.
Dans l'illustration de l’Apocalypse, la Jérusalem nouvelle est toujours représentée, soit par un palais somptueusement orné, soit par le plan d’une ville. Cette scène de Saint-Savin serait donc une exception.
Nous pourrions supposer que l'artiste aurait réuni dans cette scène les représentations de différents passages de l’Apocalypse (par exemple, xix, 5-8, et xx1, 2-4). On pourrait y voir encore une contamination de l'illustration de l’Apocalypse par des scènes qui n’ont aucun rapport direct avec le texte de saint Jean.
Si nous examinons la scène sans prendre én considération les passages de l’Apocalypse, le sens apparaît très clair; ce serait une représentation de la Vierge entourée de la foule des élus. De Longuemar y voit en effet le Triomphe de la Vierge qui accompagne la composition du Jugement dernier du programme byzantin !!. À Saint-Savin, elle serait en rapport avec la scène centrale du tympan qui représente l'apparition du Juge à la fin du monde.
Dans la composition du Jugement dernier byzantin, le Paradis et l'Enfer figurent au bas de la scène. Dans le Paradis, la Vierge assise sur un trône et accompagnée de deux anges, reçoit les élus qui se pressent à l’entrée du Paradis: à ses côtés sont assis les trois patriarches qui tiennent quelques âmes élues dans leur sein. Dans l’art de l'Orient, les exemples d’une pareille représentation sont nombreux !?. Au réfectoire de Lavra, le Paradis
10. Mlle Maillard, ibid., pp. 38-39. 11 faut aussi noler que les deux saints patrons sont représentés différemment : Savin est vètu comme un prime, la tête tonsurée et la couronne à la main, tandis que Cyprien, en habit de moine, présente un aspect féminin. Cette différence n'existe pas dans les scènes de la cryple.