‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 59 sur 73 · SAT · texte numérisé non relu

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Le troisième passage parle de cinq groupes d'élus. Cette image ne s'inspire pas du texte de l’Apocalypse. M. James y voit la réalisation du programme byzantin. Dans un des Beatus tardifs de la Bibliothèque Nationale (Nouv. acq. lat., 2290; feuillet 61; début du XIII siècle), nous trouvons des groupes d’élus et de damnés. Il est regrettable que la page opposée soit perdue; sans nul doute, elle illustrait la résurrection sous le regard du Juge. Sur le feuillet conservé, nous trouvons une scène divisée en trois zones ; en haut, une foule, sans doute celle des justes auxquels l’accès du paradis est accordé. Parmi eux deux rois, un évêque, un abbé, des moines et des religieuses. Ils regardent avec crainte le drame transcrit sur la page précédente perdue aujourd’hui. Ils font tous le geste d’adoration. Dans la zone médiane, ce sont des réprouvés, un démon les tire par une corde passée autour de leur cou et il leur montre la gueule de l’enfer. En bas, c’est l’enfer où des démons tourmentent les damnés. Cette image correspond à la partie droite du Jugement dernier que nous avons examiné tout à l'heure dans le Beatus de la Biblioteca Nacional de Madrid (B. 31). Par ailleurs, comme le remarque très justement M. Neuss, elle montrerait certaine trace de la composition murale “?,

L'artiste de Saint-Benoît-sur-Loire aurait uni, ici comme dans la représentation des réprouvés et dans celle de l'Enfer, la disposition de la scène-type des Beatus Morgan et la composition du Jugement dernier byzantin.

(17) Les Justes ensevelis sous la pierre du sépulcre et la Jérusalem nouvelle.

Texte : Insonat haecque pis oppressis mole sepulchri ; Sanctam Hierusalem gemmis averte choruscam, Virginitate Sacer, quam vidit mente Johannes.

Le texte parle d’abord « des justes ensevelis sous la pierre du sépulcre ». [l s’agit sans doute de l’image des ressuscités soulevant les pierres des tombeaux, comme on la voit sur le tympan

h2. Neuss, op. cit., p. 217.

de Conques ou encore aux portails des cathédrales gothiques ; c’est un des éléments caractéristiques du Jugement dernier germanique. L'artiste de Saint-Benoît-sur-Loire, suivant la tradition carolingienne-ottonienne, représente deux fois la scène de la résurréction, l’une apocalyptique et byzantine, l’autre septentrionale.

Le texte mentionne ensuite l’image de la Sainte Jérusalem, brillante de pierres précieuses. Il est certain que la ville sainte y apparaissait comme un palais somptueux, richement orné, telle que nous la trouvons dans certains manuscrits du cycle gothique.

(18) L'Enfer.

Texte:

Taliter iniustu, quos punit leva tonantis, Exclusi vita, voces dant cum prece frustra.

Tartarus ignivome constrictus carceris antro, Cum mortis rabie dampnatur sic sine fine.

En dernier lieu, le texte parle des réprouvés et de l'Enfer. Le groupe des damnés, qui correspondait sans doute au groupe d'élus, puni par la main gauche du Juge (tonantis) gémit et prie en vain “’-**. Au-dessous d'eux, comme dans le Beatus (Nouv. acq. lat., 2200) de la Bibliothèque Nationale, devait se placer l’image effroyable de l’Enfer, décrite dans les deux derniers vers : la gueule de l’Enfer remplie de feu, où se mêlaient sans doute les corps humains et les démons.

Résumons les observations que nous venons de faire sur ces cinq passages relatifs au Jugement dernier. Le texte de Saint- Benoît-sur-Loire semble bien décrire, de haut en bas, un immense tableau du Jugement dernier qui commence par l’image du Christ et des apôtres et se termine par la scène de l'Enfer. C'est bien une composition de tympan roman comparable à celle que nous trouvons à Conques par exemple. =

43. À cet endroit, le texte reparle de l'image de Dieu (tonantis). Cela prouve bien que ces différents passages s'appliquent à un seul tableau.

hh. Le mot tonantis est une épithète qui appartient à ce paganisme littéraire que l’on rencontre souvent dans les textes latins du moyen âge (note de Mile J. Thiébot).

La composition de Saint-Benoît-sur-Loire constitue donc, comme nous l’avons vu, un type éclectique du Jugement dernier : fidèle dans ses grandes lignes au type apocalyptique ‘des manuscrits de Cambrai et de Trèves et des Beatus de Burgo de Osma ou de Turin, elle est enrichie d’éléments germaniques et byzantins.

Cette interprétation devait connaître par la suite un succès considérable. Le Jugement dernier de la famille anglaise lui ressemble particulièrement. Celni de l'Apocalypse du Trinity College en est, pour ainsi dire, un résumé, il témoigne à la fois de la filiation. du groupe Cambrai-Trèves et des Beatus de Burgo de Osma ou de Turin. [l se présente ainsi : en haut, au milieu est le Christ- Juge sur son trône ; à sa droite, en haut, trois anges portant les instruments de la Passion et en bas six personnages debout; à sa gauche, en haut, les hommes nus sur la mer et en bas les hommes nus debout sur la gueule de l'enfer. La zone inférieure de la scène est occupée par l’immense scène de l’enfer. Sur la gueule grande ouverte de l’enfer, des démons tourmentent les damnés LPLAÆVE, DB):

C'est ce même type de Jugement dernier que nous voyons reproduit sur les tympans romans. Ce n’est plus la figuration germanique, mais c’est bien le type éclectique et plus précisément le type apocalyptique où se mêlent les apports germaniques et byzantins. La composition de Saint-Benoît-sur-Loire était un des premiers exemples de ce genre. Le texte qui la décrit nous a gardé un reflet de sa grandeur et de sa complexité; il nous permet de supposer qu'elle dut être rarement dépassée.

Après notre analyse des dix-huit sujets de la table de M. James, nous allons rétablir et reviser la table des sujets de l’Apocalypse de Fleury.

N°S de la table

de M. James.

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