Omont, op. cil., pp
pousse vers l’étang de feu, un groupe de quatre damnés conduits par un démon “.
Le trône éclatant est bien rendu par le cercle entouré de dents de scie. En bas, à l’angle de gauche est la mer; la mort est figurée par un personnage décapité et l’Enfer par le démon qui, à la tête du groupe, s’avance vers l’étang de feu. La scène du feuillet 39 du manuscrit de Cambrai est conforme à la description de l’Apocalypse (xx, 11-15). Nous avons donc là un exemple de Jugement dernier du type apocalyptique.
Voyons maintenant comment le Jugement dernier est traité dans les Beatus **. Dans le groupe de Morgan, la composition s’étend sur deux pages ; celle de gauche est divisée en quatre zones ; en haut, le Christ entouré d’une auréole, escorté par deux anges; sur les trois zones inférieures, les douze apôtres et la foule qui attend le Jugement. Les apôtres, assis deux par deux, tenant le livre ouvert, forment six groupes et se répartissent en trois zones. Derrière chacun de ces groupes, un personnage nimbé debout représente le Juge; devant les apôtres un groupe d'hommes. La page de droite est divisée en trois zones. Sur les deux zones supérieures est figurée la foule des réprouvés ; sur la dernière zone, l'enfer ; des damnés nus apparaissent dans les flammes.
Cependant, ce n’est pas cette scène-type qui nous intéresse le plus. Les Beatus du groupe I de M. Neuss présentent des exemples qui méritent de retenir notre attention. La scène du Beatus de Burgo de Osma se divise en trois zones; en haut, le Christ dans la mandorle soutenue par deux anges et juste au-dessous de lui, de chaque côté, un apôtre assis et un homme debout qui attend le Jugement. Sur la zone médiane se tiennent debout six hommes, les bras levés : hi sunt quos uiuos inuenerat xps. La
38. Sur le feuillet 4o, la partie supérieure de la scène est la même que sur le fol. 39. En bas, à gauche, saint Jean; devant lui, un édifice; plus loin, un groupe de six personnages debout, regardant avec effroi l’étang de feu figuré dans l'angle droit inférieur. C’est bien la représentation du passage 13 du chapitre xx, les hommes rendus par la mer, la mort et l’enfer vont être jugés.
39. Neuss, op. cit., pp. 216-217. Nous décrivons cette représentation d’après la scène du Beatus de la Biblioteca Nacional de Madrid (B. 31), reproduite par M. Neuss (fig. 190-191).
troisième zone est divisée en deux sections; à gauche, trois hommes nus dans l’eau avec des poissons : mare dedit mortuos suos; à droite, trois autres hommes, également nus, dans les flammes, et du bas sortent deux énormes têtes monstrueuses, sombres, à bouches béantes : mors et infernus dederunt mortuos suos. Une pareille représentation du Jugement dernier se trouve encore dans un Beatus de Paris (Bibl. Nat., Nouv. acq. lat., 1366) et dans le Beatus de Lisbonne ; tous les deux datent de la fin du XIIe siècle ;: le Beatus de Turin (Bibl. Nazionale, lat. 93; XI°- XII° siècle) possède également un Jugement dernier de ce genre. Sur le haut de la page de gauche, un ange sonne de la trompette, deux autres tiennent les instruments de la Passion. Tout près d’eux, le Christ trône dans la mandorle. Sur la page de droite, six anges sonnent aussi de la trompette. Dans la seconde zone, à gauche, sont assis les douze apôtres et, à droite, les damnés nus, hommes et femmes s’avancent vers l’entrée de l’Enfer. De l’autre côté, un monstre noir à tête rouge pousse un homme nu vers l'Enfer où un autre damné tombe de lui-même. Dans la troisième zone à gauche, des ressuscités, vêtus, sortent de leurs sarcophages, en levant les mains, tandis que les autres se pressent derrière eux. À côté, sur la page de droite, un groupe d'hommes et de femmes nus se trouve sur un champ noir parsemé de flammes. C’est aussi la résurrection, celle de la mort. Le Jugement dernier du Beatus de Burgo de Osma et celui du Beatus de Turin présentent certains rapports avec le Jugement dernier de l’Apocalypse de Cambrai (386). Les éléments principaux : Christ avec les apôtres, foule des ressuscités qui attendent le Jugement, résurrection de la Mer, de la Mort et de l'Enfer, sont communs aux trois manuscrits.
La peinture de Saint-Benoît-sur-Loire appartenait aussi au type apocalyptique du Jugement dernier et s’écartait du programme germanique tel que nous le voyons réalisé dans l’Apocalypse de Bamberg. De plus, la description trahit, en beaucoup d’endroits, une affinité avec les Jugements derniers du manuscrit de Cam-
brai, du Beatus de Burgo de Osma et du Beatus de Turin. Nous allons analyser le texte.
(14) Le Jugement dernier.
Texte :
Partibus a dextris rectores hi residentes Digne discutiunt summo cum iudice mundum, Maiestate potens qui sic diiudicat orbem.
Ce passage montre le grand Juge qui préside majestueusement à la fin du monde. Il est accompagné d’un groupe de personnages désignés sous le nom de rectores et qui sont sans doute des apôtres. Ce groupe semble se tenir à droite de la composition; cette asymétrie ne serait pas extraordinaire : elle existe dans le Beatus de Turin et plus tard dans l’Apocalypse de Trinity College pour le Jugement dernier. Enfin le tympan d’Autun nous en offre un troisième exemple. Mais on peut aussi se demander si, sur le côté gauche, ne se trouvait pas l’image de la Jérusalem céleste dont le texte parle plus loin, ou plutôt des anges portant soit les instruments de la Passion, soit des trompettes “°.
(15) La Résurrection.
Texte :
Agmina millenis semper vexata gehennis Inferus ore vomit, repetendaque corpora mittit. Equor et exesas per tempora longa catervas, Rursus subductas tradit pacienter ad auras.
Parturit absconsos hominum quoque terra maniplos, Occursu domini, quos offert laeta trementi.
Le second passage parle de la résurrection. La scène se déroulait sans doute immédiatement sous le grand Juge. Les trois manières de résurrection y auraient été représentées : celle de l’Enfer, celle de la Terre et celle de la Mer. Comme dans l’Apocalypse de Cambrai, nous pouvons imaginer à Saint-Benoît-sur-Loire, trois groupes d'hommes nus se tenant debout, l’un sur la gueule de l’enfer, le second sur la surface de l’eau, le troisième sur la terre. Le mot « maniplos » exprime bien l’image d'hommes réu-
ho. Neuss, op. cit., p. 263, fig. 280.
nis que nous trouvons dans le manuscrit cité. Dans l’Apocalypse, il est dit que la mer, la mort et l’enfer rendirent leurs morts (xx, 13). Dans les illustrations de l’Apocalypse, nous trouvons, en général, deux groupes de ressuscités seulement, ceux de la mer et ceux de l'enfer, la troisième image, la résurrection de la mort, étant exprimée dans celle de l'enfer; à Saint-Benoît-sur-Loire, la résurrection de la mort est figurée par celle de la terre. Dans l'ouvrage de saint Ephrem le Syrien, nous trouvons les trois modes de résurrection : celle de la mer, celle de la terre et celle de l’enfer. Sur la scène du Jugement dernier du manuscrit grec 7h de la Bibliothèque Nationale, nous voyons les bêtes de la mer, de la terre et de l’enfer vomir, de leur bouche, des corps humains “. Puisque notre texte indique formellement ces trois résurrections, cela nous conduit à penser que les peintures de Saint-Benoît-sur-Loire étaient du type éclectique, s'inspirant à la fois de la résurrection byzantine et de celle des Apocalypses.
L’Apocalypse française 4o3 de la Bibliothèque Nationale présente un exemple fort intéressant de cette scène (PI. XV, B). Audessous de l’image du Christ dans une mandorle, nous voyons ces trois résurrections de la Mer, de l'Enfer et de la Terre; trois groupes d’hommes nus se tiennent debout, de gauche à droite, l’un sur l’eau, le second sur la gueule de l'enfer, le troisième sur la terre. En général, dans les Apocalypses gothiques nous ne voyons que deux résurrections : celle de la Mer et celle de l'Enfer. Les trois résurrections du manuscrit français 403 de la Bibliothèque Nationale ne semblent-elles pas avoir suivi la tradition de Saint- Benoît-sur-Loire ?
(16) Les groupes d'élus.
Texte :
Fulgida sanctorum consortia cerne virorum £ Necne heremitarum meritum scandantia regnum.
Hic et virgineas gaudentes inspice turmas, me
Et confessorum preclaras necene phalanges, Atque triumphantes in Christi laude tyrones.
hr. E. Bertaux, op. cil., pp. 262 et suiv., fig. 100.
(D’après James)
ypse Bodeléienne (Oxford, Douce, 180).
A. Apoca
B. Apocalypse (B. Nale Paris, Fr. 403).
CPR