‹ L'Apocalypse de Saint-SavinChapitre 61 sur 73 · L’Aigle. \ 10. Le Combat des anges contre le Dragon · texte numérisé non relu

L’Aigle. \ 10. Le Combat des anges contre le Dragon

h. Le Fléau des sauterelles. 11. Les anges de l'Euphrate. (6. Les âmes ressuscitées du 12. Les Oiseaux dévorant les chapitre vi, 9-11.) cadavres des réprouvés.

13. L’Arche de Dieu. + 5-6. La foule des élus por- 14-18. Le Jugement dernier.

tant des palmes rendent l'hommage au Seigneur.

Sur ce tableau, nous pouvons distinguer trois groupes : les n°* 1,2, 7, 8 formeraient l’un d'eux et les sujets 3, 4, 11, 9, 10 en

formeraient un autre. Les deux grandes compositions constitueraient le troisième. Les scènes 12 et 13 seraient isolées ou rattachées au Jugement dernier.

Telle est la tentative de regroupement des sujets de la peinture de Saint-Benoît-sur-Loire que nous proposons. Cet ordre, quoique très vague, ne donne-t-il pas une indication sur l’arrangement des scènes des parois de l’église de Saint-Benoît-sur-Loire ? Nous y trouvons certaine affinité avec le groupement des sujets de Saint-Savin. Le second groupe 3, 4, 9-10, 11 de Saint-Benoît-sur- Loire ressemble, en effet, aux scènes de la seconde travée du porche de cette église. Si la première travée de Saint-Savin possède la scène du martyre des deux témoins, elle n’est pas sans rapport avec le premier groupe de Fleury. Saint-Savin conserve encore une grande composition finale traitant le Jugement dernier. Entre ces deux églises, il y a une certaine ressemblance dans le plan de la décoration.

Les peintures de Saint-Benoît-sur-Loire, bien que n'’illustrant pas complètement l’Apocalypse, se présentent donc comme un ensemble de caractère monumental. Nous sommes attirés surtout par les deux grandes compositions; celle de la vision de la foule des élus rendant hommage au Seigneur (chapitre vir, 4-17), et celle du Jugement dernier, où nous trouvons déjà, nous l’avons dit, le programme du tympan roman.

En ce qui concerne les deux représentations monumentales du Christ à l’époque romane : Christ entouré des vingt-quatre vieillards et Christ-Jugé apparaissant à la fin du monde, elles sont d’origine carolingienne. M. Bertaux nous présente une suggestion utile à ce sujet “*. Dans des églises à double abside opposée, les artistes carolingiens avaient mis ces deux images l’une en face de l’autre, sur les hémisphères couvrant les absides. La tradition s’est conservée et a évolué dans des compositions très développées, telles que celles de Conques, de Moissac ou d’Autun “. Or,

45. Bertaux : L’Art dans l'Italie méridionale, p. 257, note 1. h6. Pour les trois principaux types de tympan roman, voir Mâle : L'Art religieux du XIIe siècle en France, chap. xr.

ces deux compositions si importantes dans l’iconographie romane se présentent, à Saint-Benoît-sur-Loire, intimement liées au livre de saint Jean, telles deux feuilles détachées de l’Apocalypse illustrée. L'Apocalypse constitue le centre de la pensée romane; Dieu apparaît. dans l’art du XI° et du XIT° siècle, non pas comme dans l’art gothique, sous un aspect humain, mais sous un aspect apocalyptique et surhumain.

Réunissant les conclusions auxquelles nous sommes arrivés en étudiant séparément ces sujets, nous essayons de les résumer en une conclusion générale sur les peintures de Saint-Benoît-sur- Loire. Et d’abord quelle place occuperait l’œuvre de Saint-Benoîtsur-Loire dans les différents cycles de l’Apocalypse illustrée ? Elle n'appartient pas au cycle archaïque des manuscrits de Paris (Nouv. acq. lat., 1132) et de Valenciennes, auquel son contemporain, le manuscrit de Bamberg, se rattache dans les grandes lignes. L’enlumineur de ce manuscrit à connu sans doute d’autres exemples plus évolués des Apocalypses illustrées, mais il a choisi son modèle en raison de la simplicité et de la clarté de chaque composition. Le conservatisme et l'attachement au premier art chrétien du milieu ottonien lui ont convenu plus que tout autre. La solution adoptée par l'artiste de Saint-Benoît-sur Loire semble tout à fait opposée. Il a dû choisir d’autres types d’un caractère plus narratif, riches en détails et composés de miniatures beaucoup plus nombreuses : il les trouvait dans des manuscrits semblables à ceux du groupe de Cambrai et de Trèves ou dans le cycle des Beatus. L'Apocalypse de. Saint-Benoît-sur- Loire se rattacherait donc tantôt au groupe Cambrai-Trèves, tantôt au cycle des Beatus. Les éléments iconographiques dont elle se composait existaient déjà, pour la plupart, dans ces manuscrits, soit sous des formes déjà développées, soit, ce qui est le cas le plus fréquent, sous des formes embryonnaires. L'Apoealypse de Saint-Benoît-sur-Loire devait présenter, en. effet, un type plus avancé que celui du groupe Cambrai-Trèves, dont elle sèmble avoir éliminé l'aspect disparate, les détails symboliques souvent bizarres. D'autre part, le texte de la Vie de l'abbé Gauzlin ne nous laisse-t-il pas souvent supposer l'expression réaliste parfois

violemment dramatique des tableaux ? Cet aspect est caractéristique de certains Beatus, notamment du Beatus de Saint-Sever, intérprétation française et romane du Beatus espagnol. Que l’œuvre de Saint-Benoît-sur-Loire se rapproche, d’une part, du groupe de Cambrai-Trèves et, de l’autre, du cycle des Beatus, cela n’est pas contradictoire, car ces deux groupes, cycle français ancien et cycle des Beatus, ne sont pas sans rapports; dans plusieurs cas, nous avons montré que le schéma de l'illustration du cycle des Beatus est déjà bien esquissé dans les manuscrits de Cambrai et de Trèves. Nous sentons quelque chose d’analogue entre la position du cycle des Beatus vis-à-vis du groupe Cambrai-Trèves et celle des peintures de Saint-Benoît-sur-Loire vis-à-vis de ce groupe. Le rapport entre l’Apocalypse de Fleury et certains Beatus du groupe I est même si constant que nous sommes amenés à nous demander si le modèle de Saint-Benoît-sur-Loire n’appartenait pas à ce groupe de Beatus. D'ailleurs, ce ne serait pas un exemple isolé. Il appartiendrait à la lignée de l'illustration de l’Apocalypse qui, esquissée déjà sous la forme narrative, mais très naïve, dans les manuscrits de Cambrai et de Trèves, s’est développée pleinement au cours du X° et du XI° siècle dans la Péninsule ibérique. Plus précisément, il formerait série avec les Beatus du groupe I datant du XI° siècle. Cependant, dans l’état actuel des études, il est absolument téméraire d’être très affirmatif.

L’Apocalypse de Saint-Benoît-sur-Loire est ‘liée au cycle gothique plus étroitement qu’à d’autres cycles. La description de la Vie de l’abbé Gauzlin s'applique parfaitement en mains endroits à l'illustration des Apocalypses anglo-normandes. Nous avons constaté, par exemple, que les passages du chapitre vi du Jugement dernier ou de la scène des oiseaux dévorant les cadavres des réprouvés peuvent s'appliquer directement à ces scènes dans les manuscrits du Trinity College ou de l’Apocalypse Bodeléienne Douce 180. C’est donc, sans nul doute, que le type de Fleury forme avec les peintures du porche de Saint-Savin un des modèles de la famille anglo-normande. Sur ce point, il est plus facile d’être affirmatif.

Le texte de la Vie de l’abbé Gauzlin trahit un rapport étroit entre les peintures de Saint-Benoît-sur-Loire et les quatre scènes correspondantes de Saint-Savin-sur-Gartempe. L'artiste de Saint- Savin aurait-il eu sous les yeux un modèle semblable à celui qui a inspiré les peintures de Saint-Benoît-sur-Loire ? Nous savons que l’abbaye de Fleury était étroitement liée avec le monastère de Saint-Martial de Limoges “’. Or, le monastère limousin et l’abbaye de Saint-Savin eurent des relations suivies à travers le moyen âge. Non seulement Saint-Martial fut gouverné par deux anciens abbés de Saint-Savin, mais nos peintures présentent des accords manifestes avec les miniatures limousines. Nous sommes donc autorisés à croire aux rapports de Saint-Benoît-sur-Loire et de Saint-Savin par l'intermédiaire de Saint-Martial de Limoges. Mais il y a plus. Certains chapiteaux du porche de Saint-Benoîtsur-Loire, en effet, offrent des analogies avec ceux du rez-dechaussée du clocher de Saint-Hilaire de Poitiers, en ce qui concerne l'influence espagnole *#. En se basant sur ce fait, on peut donc supposer que les deux abbayes ne sont pas restées sans communication et ne pas repousser l'hypothèse que l'artiste de Saint- Savin à pu s'inspirer d’un modèle semblable à celui du Saint- Benoît-sur-Loire.

Il y a un caractère commun entre ces deux Apocalypses : ni l’une, ni l’autre n’appartiennent au cycle archaïque des manuscrits de Paris et de Valenciennes. D'autre part, s’il se révèle dans les peintures de Fleury une forte influence du cycle des Beatus en ce qui concerne l'iconographie, si même leur modèle a été un Beatus, elles devaient cependant rester indépendantes de l’illustration-type des Beatus. Comme celle de Saint-Savin, elles étaient certainement françaises et romanes par le style et la composition et se présenteraient comme un prototype perdu du cycle gothique. Bref, ces deux Apocalypses peintes appartiennent aw« type

intermédiaire » entre les Beatus et les Apocalypses anglo-normandes. k

h7. Chenesseau, op. cit., pp. 05, 196.

h8. D'autre part, on remarque sur le monument la trace de l'influence espagnole. Certains chapiteaux corinthiens du porche de l’église Sainte-Marie,

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