MIe Maillard : Monographie, p. La
20. André Michel : Histoire de l'Art, tome I, seconde partie, p. 959; Me Maillard : op. cit., pp. 39-43.
dernier datant de la fin du VIII siècle environ. L'Allemagne ottonienne semble avoir particulièrement collaboré au développement de ce thème; la peinture de Saint-Georges d’Oberzelle (fin du X° siècle), la miniature de l’Apocalypse de Bamberg (début du XI° siècle), la scène de Burgfelden (XI° siècle) nous en font entrevoir l'évolution *’. La composition du tympan du porche de Saint-Savin en est aussi un exemple.
Cependant la scène de Saint-Savin offre la particularité de représenter les douze anges et les douze apôtres. Mile Maillard à très justement montré que cette représentation se rapporte au texte de saint Jean. Dans le Beatus de Saint-Sever, nous voyons ce passage illustré de la manière suivante : le plan d’une enceinte carrée, vue d'en haut, avec trois portes de chaque côté encadrant trois apôtres debout, chacun sous une arcade. Au-dessus des portes, les bustes des douze anges, qui symbolisent les douze tribus d'Israël dont les noms étaient inscrits sur les douze portes de Jérusalem; au milieu de l’enceinte, l’Agneau divin portant la Croix et, à sa gauche et à sa droite, saint Jean et un ange en train de mesurer la ville sainte. C’est d’une semblable représentation de la Jérusalem nouvelle que proviennent les images des douze anges et des douze apôtres de Saint-Savin *.
La composition du tympan offre, croyons-nous, un exemple de contamination de deux thèmes différents : le Jugement dernier et la Jérusalem céleste. A Saint-Savin, la représentation de la Jérusalem céleste prend un sens plus général et plus important que celui qu’elle offre dans les autres illustrations de l’Apocalypse. Par la présence de la grande Croix et par le geste du Christ, elle a la signification du Jugement dernier.
Il semble que les scènes de la fin de l’Apocalypse, la Jérusalem céleste (xx1, 1; xx, 5) et le Fleuve de Vie (xx1r, 1-5), aient été reproduites souvent sur les murs des églises. Le tympan du portail royal de Chartres en montre un exemple. Le Christ, accom-
21. E. Mâle : L’art religieux du XIIe siècle en France, Paris, 1928 (32 édit.), pp. 4o6 et suiv.
22. Voir André Pératé : L’Archéologie chrétienne, Paris, 1892, fig. 172, pp. 262-264.
pagné des quatre symboles évangéliques, est entouré des douze anges et des douze apôtres. Les vingt-quatre vieillards des voussures encadrent cet ensemble. Le sculpteur de Chartres aurait superposé les deux visions apocalyptiques : celle de Dieu entouré des quatre symboles des Évangélistes et des vingt-quatre vieillards, et celle de la Jérusalem céleste. La présence des douze apôtres et des douze anges s'explique uniquement par le passage sur la Jérusalem céleste de l’Apocalypse. À Vicq, sur la paroi méridionale du sanctuaire, sont représentés le Paradis et l'Enfer : dans le Paradis figure l’image du Seigneur entouré de douze personnages sous arcades; de chaque côté du Christ, il y en a six à mi-corps, superposés les uns aux autres sur trois registres, deux par deux. Une scène analogue se rencontre aussi à Aiguilhe, près du Puy *; elle offre une parenté étroite avec l'illustration de certains Beatus où figure le Christ trônant, accompagné des élus sous les arcades; comme dans la scène déjà décrite; et audessous de ces personnages, on voit le fleuve et les arbres de ME Com. 1)
Dans le manuscrit de Saint-Sever, nous voyons le Christ dans la mandorle, accompagné, de chaque côté, de douze personnages assis sous des arcades, qui représentent les douze apôtres; audessous du Christ, sont figurés le fleuve et les arbres de vie: tout en bas de la scène, un ange, au sommet d’une montagne, désigne et présente la Jérusalem nouvelle.
Si la scène de Vicq ne suit pas le type des Beatus, il est certain, en tout cas, que les deux représentations dérivent d’un modèle commun, Ce qu'il faut noter tout particulièrement, c’est que les exemples monumentaux de Chartres et de Vicq, de même que celui de Saint-Savin, illustrent la scène du Jugement dernier plutôt qu'un passage de l’Apocalypse.
En
23. Gélis-Didot et Laffillée : La peinture décorative en France du XII au X VIS siècle, Paris, 1889, Vicq (sans pagination). Une représentation simplifice de celle image se rencontre sur un des chapiteaux du porche de Saint-Benoîtsur-Loire (n° 10 de la lable de M. Chenesseau: voir Chenesseau : L'abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire, Paris, 1931, PP. 182-183, pl. xxm). |
2h. W,. Neuss : Beatus, p. 220, fig. 194.
La décoration du porche de Saint-Savin-sur-Gartempe est donc consacrée entièrement à l’Apocalypse. Au-dessus de la porte d’entrée existait sans doute aussi une peinture représentant une des première visions de saint Jean : Jésus-Christ apparaissant au milieu des sept chandeliers (1, 9-20), ou Dieu accompagné des quatre symboles évangéliques et entouré des vingt-quatre vieillards (iv, 1-11) . Dans la première travée du porche, des fresques fort endommagées nous font entrevoir quelques scènes tirées du même texte : sept anges tenant les trompettes (ou les coupes) (vur, 6, ou xvr, 1), la Mort des deux témoins (?). Dans la seconde travée nous avons vu, du sud au nord : 1° le Combat de saint Michel contre le Dragon (x11, 7-12); 2° la Délivrance des anges de l’Euphrate et le Fléau des cavaliers (1x, 13-21); 3° le Fléau des sauterelles (1x, 11-12); 4° la Femme attaquée par le Dragon (x, 1 et suiv.); et 5° la Jérusalem nouvelle (ou la Vierge recevant les élus dans le Paradis).
Au tympan, le Christ en gloire dans la Jérusalem céleste est à la fois le Souverain Juge et le Dieu de l’Apocalypse. Il unit en lui deux pensées. Il est l’expression suprême de l’Apocalypse de Saint-Savin.