CHAPITRE II
Les peintures du porche, comme les autres peintures de Saint- Savin-sur-Gartempe, ont été exécutées sur en enduit plus ou moins humide avec des couleurs mélangées à la chaux. C’est un procédé très répandu au moyen âge en Occident, et qui est, pour ainsi dire, intermédiaire entre la fresque proprement dite et la détrempe’. Le mur de l’édifice reçoit une couche de mortier et de sable fin, soigneusement appliqué, qui sert d’ « assiette ». L'artiste se met au travail avant que l’enduit ne soit complètement sec ?. Il compartimente la surface de mur; puis il trace les esquisses préliminaires à l’ocre rouge; les principales teintes sont posées ensuite; les tons de lumière et d'ombre, ainsi que les retouches de certains détails, sont appliqués après coup sur la surface déjà colorée.
Les couleurs sont délayées dans l’eau mêlée de chaux; celle-ci sert à les fixer au mur. Elles sont peu nombreuses. Au porche de Saint-Savin nous trouvons, outre le blanc et le noir, l’ocre jaune, l’ocre rouge, le vert et un peu de bleu. En mélangeant ces couleurs, tantôt avec de la chaux, tantôt avec du noir, on obtient des
1. Voir Mérimée : Notice, pp. 49-bo; Focillon : Les peintures muralgs des églises de France, Paris, 1938, p. 16. — M. Mäle explique la technique des peintures de Saint-Savin d’après la Diversarum artium Schedula de Théophile (André Michel : Histoire de l'Art, lome I, 2 partie, pp. 76r et suiv.). Woir aussi la bibliographie de la fin de cet ouvrage.
2. Si l'artiste doil peindre sans enduit frais, ce qui peut arriver souvent, il est nécessaire d’arroser le mur abondamment jusqu’à ce qu’il soit complètement humide, (Voir le chapitre xv de Théophile.)
3. C’est à peu près la même palette que nous trouvons dans les autres peintures de Sainl-Savin; le bleu y est partout employé très rarement.
tons plus clairs ou plus foncés. Dans les peintures du porche, nous trouvons encore quelques traces de bleu. Sur le vêtement blanc du grand Christ du tympan courent de nombreux plis fins tracés en bleu clair. Sur l’auréole entourant la figure du Christ, une bande circulaire bleu clair ainsi qu’une multitude de points de la même couleur ont été ajoutés sur le fond brun rouge“. Dans la scène du Combat de saint Michel et dans celle de la Femme attaquée par le Dragon, le fond présente quelques taches bleues qui, à l’origine, ont dû former une bande horizontale avec des zones de teintes différentes.
Les couleurs sont appliquées d’une manière tout ornementale, comme nous le montre M. Mâle”. L'artiste dispose d’un certain nombre de couleurs fixes; il emploie un même ocre rouge ou un même ocre jaune tantôt sur le vêtement, tantôt sur le sol, suivant les circonstances. Ainsi, les couleurs deviennent les éléments d’une composition chromatique : l’artiste, en s’en servant pour indiquer sommairement les objets, ne les emploie pas comme moyen d'interprétation réaliste ni pour la représentation du monde en perspective.
Sur l’esquisse préliminaire en brun rouge, le peintre pose le ton local par à plat. Pour obtenir le modelé, le peintre du porche a appliqué comme ton d'ombre le ton local en plus foncé, ou parfois un brun rouge soutenu; et, pour les lumières, des blancs ou le ton local éclairci. Si le ton local est un jaune, le ton d’ombre est généralement un brun-rouge. Si c’est un blanc, l'artiste pose d’abord sur le badigeon un blanc relativement mince, ensuite il met comme ton de lumière un blanc plus épais qui donne une tonalité plus claire, sorte d’empâtement que nous pouvons observer sur le cheval blanc de saint Michel ou sur la figure de l’Euphrate. Enfin, le contour est cerné de traits brun-rouge
foncé.
4. Cette superposilion de deux couleurs, un bleu sur une teinte foncée, ne semble pas sans rapport avec le procédé qui consiste à ajouter, par deux fois, une couche d’azur délayé dans un jaune d’œuf, mêlé à une grande quantité d'eau, sur la couleur dite « Veneda », mêlée de noir et de chaux, procédé expliqué par Théophile (voir chapitre xv).