‹ L'ApocalypseChapitre 19 sur 239 · Ἢ RER · texte numérisé non relu

Ἢ RER

INTRODUCTION

Asc. Is., etc.), d'autres les décrets concernant le salut ou la damnation des individus (mêmes livres, Baruch, plus tard Testament d'Abraham, Apocalypse de Paul, Pirke Aboth, rabbins, one)

La direction des peuples a été confiée à des Anges, au nombre de soixante-dix (les 70 Pasteurs), d’après Hénoch, Jub., Test. Nephthali hébreu, les Targums, les Midraschim, etc. Dans Hénoch, Livre des Songes, ce. Lxxxix et χα, Israël

par les bêtes sauvages, ce pourquoi ils seront jetés dans le feu éternel. Déjà le livre canonique de Daniel avait parlé de l’Ange des Perses (x, 13) en contestation avec le protecteur du peuple élu, et de l'Ange des Grecs.

Le cours du monde est divisé en périodes, dont le plus grand nombre se sont déjà écoulées au temps de l’auteur réel. Dans les anciens apocryphes, elles sont au nombre de dix, de douze, de quatorze (7 >xX 2), mais, vers le temps de l’Apocalypse, c'est la division en sept âges, d'après l'Heptameron de la Genèse, qui semble avoir dominé (Hénoch s'ave, peut-être /V Esdras, vu, plus tard EÉpitre de Barnabé, Testament d'Abraham, Livre d'Adam arménien, anciens Pères). Il faut les entendre comme six milliers d'années, suivis du sabbat du monde, l’âge messianique. Hen. sl. et Barnabé en ajoutent un huitième, indéfini, qui est la vie future. D'une façon plus générale, il faut distinguer deux dges ou siècles : le ΠῚΠ Diva, et le Ka7 y des rabbins. Tous les apo-

cryphes, même les plus anciens, enseignent que le monde présent sera détruit ou transformé; ceux du premier et du second siècle, qui sont franchement pessimistes, FF A les deux âges, ou éons, en termes explicites, et mettent entre eux l'opposition la plus violente. D'ailleurs tous considèrent l’âge présent, dans la plupart de ses périodes, comme le temps du crime et de la douleur. Le peuple de Dieu doit s'y défendre contre les Gentils au prix des luttes les plus sanglantes, il est généralement opprimé par eux; et même, au sein de ce peuple, les mauvais pasteurs et les mauvaises brebis persécutent le troupeau fidèle (Æénoch, Livre des Songes, al.). Une tendance assez commune est de représenter les peuples, surtout les peuples hostiles, sous la figure d'animaux, et c'est ici le lieu d'expliquer ce symbolisme, qui tient une grande place dans l’'Apocalypse inspirée.

Tantôt l’allégorie s en tient à des métaphores très naturelles; ainsi, dans le livre cité de l’Hénoch éthiopien, les nations ennemies sont des loups, des porcs sauvages, des aigles, des éperviers, des corbeaux. Mais il est aussi cer-

taines figures de monstres hybrides et effrayants, dont l'origine est certainement ||

mythique, et où la plupart des critiques veulent retrouver le Dragon habylonien,s ou au moins la postérité de cette déité malfaisante. Il n'y a plus qu'un pas à

lui-même est livré à ces Pasteurs, qui le gouvernent mal et le font détruire ὦ

ai faire pour rendre les Apocryphes, puis l'Apocalypse de Jean, suspects de βγη

crélisme religieux.

La chose n’est pas si claire, cependant. Qu’on en juge.

La poésie biblique, dans les Psaumes, les Prophètes, le livre de Job, présente des figures qui ont certainement de l'analogie avec la Tidmat de l'Enuma elis. Mais il faudrait d'abord s'entendre sur la portée et la diffusion de ce mythe, puis ne pas le mêler à d'autres qui n’ont rien à faire avec lui. Il est assez évident que la monstrueuse déesse Tiâmat (avec son époux Qingu) représente, non pas

les intempéries de la mauvaise saison, mais la mer primitive et chaotique,

domptée par Mardouk, le luminéux Démiurge. Mais le mythe du Poème de la Création est-il primitif? Sans doute des bas-reliefs et des cylindres représentent la victoire de Bel ou de Mardouk remportée sur divers monstres, dragons, lions, griffons, mais tous, contrairement à Tiâmat, sont du sexe masculin; il en est de même du musrussu de la porte d'Ishtar à Babylone, du #usmahhu à sept têtes mentionné dans un hymne à Ninib (Zimmern, ΚΑ Τ 3, 504, 512), et d’autres figures du même genre qu'on n’a aucune raison plausible d'identifier à Tiâmat, la funeste grand'mère des dieux. Il faut certainement admettre l'existence en Babylonie de vieux contes narrant la victoire remportée par quelque dieu bienfaisant sur un méchant dragon; ils pouvaient avoir de nombreuses variantes, et les origines être très diverses d’une localité à l’autre ; mais le sens cosmogonique donné au triomphe de Mardouk dans l'épopée de l’Enuma Elis peut bien n'être, suivant le P. Lagrange, qu’une allégorie savante, aussi artificielle que la théogonie d'Hésiode (Études sur les religions sémitiques?, p. 377). Dans la mythologie ou les contes populaires de tous les pays, on retrouve des traditions semblables. Elles sont parfois arrivées à prendre une importante valeur religieuse, comme le mythe d’Indra et de Vrtra dans l'Inde, de Rà et d’Apophi, d'Horus et de Seth en Égypte, pour ne parler que de ceux-là, qui étaient peut-être naturistes et étiologiques dès l’origine; mais ils ont un sens tout différent de celui de Mardouk-Tiâmat, et ne paraissent nullement en dépendre directement, ni avoir des sources communes. Peut-être faut-il en dire autant des figures du même ordre qui apparaissent dans la poésie des Hébreux.

Le oÿnn (abyssus du chap. r°" de la Genèse) signifie bien la mer primitive,

J chaotique, et le mot Thehôm est identique à Tidmat; mais le récit des sept jours n’a aucune couleur de mythologie ; Élohim n’est pas en lutte contre les éléments primordiaux, et ceux-ci ne sont pas personnifiés. La « mer primitive » peut bien être une conception proto-sémitique, commune aux Babyloniens et aux Hébreux; “ mais elle n’aurait été personnifiée sous son nom propre de Tiâmtu que par les premiers. D’autres monstres de la tradition hébraïque apparaissent dans la Bible, qui ont plus de rapports avec la mer ou les eaux, mais qui ne portent pas le nom de la déesse. C’est Rahab, dans Isaïe, τι, 9-10; Ps. Lxxxrx, 10-15; Job,

1x, 13, xxvi, 12-13; Ps. Lxxxvir, 4; Isaïe, xxx, 7 (lire naval 279 au lieu de

EM URECE JS LAN" CZ

nav 07 211: Rahab assise, qui ne fait rien ?), ou encore Ps. ΧΙ, (299 = idoles, faux dieux considérés comme des êtres monstrueux). Puis Leviathan fameux dans Job; Ps. Lxxiv, 12-19, il ἃ plusieurs têtes; Ps. crv, 25-26; Job, xL-xL1, crocodile dépeint avec des traits mythiques; nr, 8 (où il faut lire D), …. « mer », au lieu de nÿ, « jour, » Gunkel); Isaïe, xxvir, 1, où il représente trois

puissances politiques. Ensuite Béhémoth, le monstre des fleuves, la bête des —. roseaux de Job xL, οἷν. Ps. Lxvinr, 31, les ΠΩ ΤΠ, image Roue par les

᾿ξ ᾿ πιοίϑ suivants My ‘9y2 ὩΥἽΞΝ, (au lieu de ὩΣ 12) « les forts, dominateurs

1 des peuples ». Béhémoth forme un couple avec Léviathan. Il y a encore le Jin, ou

᾿ς dragon personnification des thehômüth, les vagues de la mer, dans Job, vur, 12; … Ezéchiel, xxIX, 3-6; ΧΧΧΙΙ, 2; le serpent, ὉΠ qui mord dans la mer, Amos,

1x, 2-3. Rahab est un monstre marin vaincu par Dieu, et image de l'Égypte: .Léviathan est aussi une sorte de poisson fabuleux, qui a plusieurs têtes et peut

INTRODUCTION

bouleverser la mer; Dieu l’a également écrasé et subjugué. Il en est ainsi du Thannin, ou Dragon. Béhémoth semble un hippopotame hyperbolique. Tous ces monstres ont certainement une origine mythique, chez les ancêtres des Hébreux ; il existait sans doute un mythe, ou plusieurs mythes, sur le « serpent de mer » et les monstres des fleuves. Mais ce n’est ni la mer immense, comme Tiamat, ni les eaux des inondations en général. Ce mythe, dégradé à l’époque historique, vidé de tout sens religieux ou cosmologique, nous le trouvons réduit à l’état soit de conte populaire, comme les gros animaux de Job, soit de personnification poétique des flots de l'Océan, quand il s’agit de faire ressortir la puissance de Dieu sur la nature, soit d’ cnbieie des puissances politiques orgueilleuses et cruelles, ennemies ou alliées trompeuses d'Israël, de l'Egypte principalement. Ce sont des lieux communs littéraires, qui n’ont aucune portée mythologique, encore moins religieuse, et n'offrent que des analogies bien lointaines avec les personnages du « Poème de la Création ». :

Quant aux autres monstres, tels que le serpent Python des Grecs, l'Azhi- Dahaka de la mythologie pehlvie, Loki ou le serpent Midgard des Scandinaves, nous en parlerons en temps et lieu. 115 ont encore moins de rapports que Tiâmat avec le folklore hébraïque.

Ces considérations un peu longues ont pour but de nous méttre à même d’apprécier justement la zoologie symbolique des Apocryphes. Rien ne démontre qu'elle soit plus mythologique, dans sa signification actuelle, que les images bibliques expliquées ci-dessus. Le Dragon céleste du Baruch grec pourrait être cosmique, par exception; mais il paraît surtout jouer un rôle moral, pour la punition des impies : c’est l'enfer, ou le diable, à cause du serpent de la Genèse. Le Dragon à sept têtes de l'Ode de Salomon xxn, qui rappelle à la fois le musmahhu, le Thannin et Leviathan, est certainement le chef des esprits mauvais, en un sens qui n’a rien de paien. Alu dans le 11 Psaume de Salomon, le dragon représente Pompée, qui avait pris Jérusalem; ceci se rattache tout à fait à l’habitude biblique de personnifier les puissances hostiles en Rahab, Thannin ou Leviathan. Quant à l’Aigle fantastique de ZV Esdras, c. x1, qui représente sans aucune équivoque l’Empire romain, c’est une figure construite de toutes pièces pour l’allégorie, à l’image d'Ezéchiel XVII, et probablement à tête reposée; elle part d'une métaphore toute désignée, à cause des « aigles romaines ».

Une observation s'impose donc : la tradition des monstres cosmiques, à cou-

leur babylonienne, a laissé des traces plus pauvres encore dans l'Apocalyptique

juive que dans la Bible. Il est par conséquent impossible de la suivre ininterrompue depuis l’'Enuma Elis jusqu’à l’Apocalypse de saint Jean. Celle-ci, en plus du Dragon, représentera bien l'Antéchrist et le faux prophète sous la forme d’animaux fabuleux (c. xur). Mais le prototype de cette vision est difficile à chercher plus haut que Daniel, chap. vu, où les empires païens, qui doivent faire place au Fils de l'homme (16 Messie et la domination des saints), apparaissent comme des animaux effroyables et composites; pourtant, par leurs traits fondamentaux, ils ressortissent encore du symbolisme animal tout ordinaire et naturel, tel qu'on le trouve au chapitre xc d'Hénoch; leur caractère composite peut très bien s’être formé pour la première fois dans l'esprit de l’auteur sacré, peut-être par analogie avec des représentations figurées qu'il aurait vues.

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τ Chr LE ad GR 40 FA FLAT, \ ἜΣ Ars υ. WA ΑΝ : ja LE | : . Ἵ ΓΝ, [4 MATÉRIAUX SYMBOLIQUES DE L'APOCALYPSE,. XLIII

4, L’Eschatologie.

Le passage du siècle présent au siècle futur sera précédé de signes, de mani- ΄ festations de la colère de Dieu, avec les anges ordinairement pour exécuteurs.

Dans l'ensemble, si emphatique qu'en soit la description, elles ne sortent guère des lieux communs que l’on trouvait déjà, mais traités avec un talent plus sobre et plus vrai, chez les Prophètes : la guerre, la peste, la famine,

les tremblements de terre, la sécheresse, l’obscurcissement ou la chute des lumi-#

naires célestes. Certains apocryphes, voulant renchérir et renouveler le sujet, y ont joint des traits fantaisistes qui ne renforcent pas beaucoup l'impression : le soleil apparaissant la nuit, et 165 étoiles 16 jour, les pierres qui suent du sang, les enfants qui naissent avec des cheveux blancs, des glaives dans le ciel qui ne sont que des comètes, etc. Le trait le plus notable, ce sont les persécutions des justes et la fuite au désert (Ass. Moïse, Elie copte, rabbins, etc.).

Dans tout l'exposé de la matière précédente, nous pouvions reconnaître, sous toutes les variantes, une certaine unité de tradition, due partie aux origines bibliques, partie au folklore asiatique, source commune où tous les Apocryphes puisaient plus ou moins. [1 n’en va plus de même quand on arrive à la ruine ou à la transformation du monde, et aux conditions de la vie future. C’est qu'ici la Bible donnait peu de renseignements, et les religions païennes encore moins. Désormais nous avons affaire à des traditions d'écoles, divergentes, souvent inconciliables, qu’on trouve pourtant Juxtaposées, non seulement dans les compilations de documents d’âges divers, telles qu'Hénoch, mais chez des écrivains refléchis comme l’auteur de /V Esdras, qui, ne sachant trop laquelle était la meilleure, a pris le parti d’en présenter plusieurs hétérogènes.

Ainsi, malgré la forte tradition messianique des Prophètes, le MessrANISME reste très diversement compris. Tous s'accordent à attendre la rénovation du monde promise par le Dieu de leurs pères. Ils croient aussi que l'Univers, pour arriver à la félicité dernière, passera par une série de dures épreuves, les douleurs d’enfantement du siècle futur (ὠδῖνες τοῦ Μεσσίου, les nnw27 ‘527 du rabbinisme). Ces fléaux, chose à noter, épargneront parfois les Juifs et les justes (ainsi Bar. syr. XXIX, 2; LXXI, 1). Quant à la personne même du Messie, elle est présentée sous des aspects très divers, ainsi que son rôle. Il est des Apocalypses qui se passent de lui jusqu’à ne pas le mentionner : ainsi la première partie d'Hénoch (Introduction et Livre angélologique, 1, xxxvi.); de même, dans /énoch, la partie appelée Livre de l’Exhortation et de la malédiction (Martin) ou Livre de … la Sagesse d'Hénoch (Lagrange). Par contre, il est transcendant à l'humanité, et

Fe CENT 1

IV Esdras, XI, 32, 37, 52; x1v, 9; vir, 28, 29). Par. Hén., IV Esd., sans doute Assomption de Moïse, x: 2; et V SF. au vers 414; mais, s’il doit ébordre sur la terre, il n’y prendra pas une autre nature, 1] n’est question jamais d’« incarnation ». La figure du Messie, au contraire, est très effacée dans le livre des Jubi-

… est optimiste et semble croire l’âge messianique commencé dès son époque; on … dirait une simple concession à la prophétie ancienne. Les Testaments, dont le fond … remonte à la même date, s'occupent surtout de glorifier Lévi; le Messie de la

existe déjà au ciel, auprès de Dieu (qui va jusqu'à l'appeler « mon Fils », dans |

Lu

. lés, qui, par exception, étant écrit au temps le plus florissant des Asmonéens, -

XLIV INTRODUCTION

tribu de Juda, qui semble n'avoir rien de transcendant dans sa nature (v. Testament de Joseph, et ailleurs, passim), y est bien éclipsé par les grands prêtres lévitiques (1). Le Messie des chapitres Æén. éth. rxxx-xc (Livre des Songes), le « taureau blanc » qui assure le triomphe des brebis fidèles, ne vient pas du ciel davantage. Pour δὲδ. III, c’est un roi qui vient du soleil ἀπ᾽ ἡελίοιο, cad. de l'Orient

(au vers 652). Dans les Psaumes de Salomon, xvni et xvnr, c’est un roi humain, | fils de David, plein des dons surnaturels de Dieu, et dont la puissance pacifique :

et spirituelle s'exerce dans le monde entier, jusqu’au fond des consciences (2). Au milieu des temps d'angoisse qui précéderont le triomphe messianique, plusieurs apocryphes, tant juifs que chrétiens, mettent en scène deux personnages qui se sont enracinés dans la tradition ultérieure : l’Antéchrist et le Prophète Élie. Le premier, dont nous disserterons à loisir dans des excursus du commentaire, est désigné sous ce nom à cause de la ["° épître de saint Jean, τι, 18; iv, 3. « Vous avez entendu dire qu'il vient un Antéchrist », quoique l’Apôtre l'interprète tout autrement que d'un Antéchrist personnel. Dans nos Apocryphes, il apparaît, sous diverses. formes : ou bien comme le Diable lui-même opérant sous une forme visible au milieu des hommes, sous le nom de Belial (Beliar, Berial), qui lui est donné en tant qu'il séduit et égare (Jubilés, τ, 20; Test. Lévi, 1, 3; XVII, 12; cf. énoch sl. xvirr, xxix, xxxt : Martyre d’Isaie, Sib. xx, v, 175, sq, : peut-être ZV Æsd. v, 6), et que Charles veut mettre, sans raison suffisante, croyons-nous, en rapport avec le Dragon babylonien. Ou bien c’est un prince païen, ennemi de Dieu et des fidèles, dont 16 prototype est à chercher dans

Antiochus Épiphane (Daniel, vnr et χα); ainsi apparaît-il dans les Psaumes de: |

Salomon, τι et xvir, dans Baruch syriaque, xxxvi et xL; après le règne sinistre | de Néron, la légende de sa survie et de son retour futur fit considérer cet empe-

reur comme l’Antéchrist à venir, ainsi dans les Sibyllins IV et V qui exècrent Rome, appelée « Babylone » au livre V. Le Diable devait même s’incarner en lui, soit qu'il l'eût ramené d'au delà de l'Euphrate (dans l'interpolation de διό. III, au vers 63) soit qu’il l’eût ressuscité (4.56, Js.1v, 2-4; Sib. V, aux vers 28-sqq.,

214-544; Sid. VIIT, vers 88, 157). Les Pères qui ont reçu cette tradition juive le ? considèrent comme un faux Messie instrument du diable, qu'il soit juif : ({rénée, Hippolyte, Jérôme, Théodoret), ou un empereur romain, encore le Néron }

redivivus (Véctorin de Petau, Cyrille de Jérusalem). Certains chrétiens le dédoubleront en empereur romain et Antéchrist juif de la tribu de Dan. (Com-

modien, Lactance). Des Juifs en feront plus tard le fils du diable et d’une femme,

S'imeon ben Jochaï, Apocalypse de Daniel (3).

L’Antéchrist, avant d'être vaincu définitivement par l'apparition de Dieu ou du Messie, trouvera un adversaire dans Ælie réapparu au milieu des hommes. Nous étudierons ce point au commentaire du chapitre xr. Cette tradition, qui se rattache ‘à la prophétie de Malachie comprise au sens matériel, paraît avoir été très répandue dans le monde juif aux environs de notre ère, de là elle passa aux chrétiens. Hen. χα, 31 l’insinue; 10 Æsdras, vi, 26 semble y faire allusion; le

(1) Nous suivons ici l'autorité du P. Lagrange, Messianisme, p. 69- -Suiv., contre Charles, dans la question du messie personnel fils de Lévi.

(2) Le « Messie ben Joseph » n'est qu'une création postérieure du rabbinisme.

(3) Voir BOuasET, Der Antichrist.

Dialogue de Justin avec Tryphon (vin, 4, al.) l’affirme. Le Talmud, les Midras- + chim, et un grand nombre de rabbins d'âge plus récent y adhérent. Beaucoup d'auteurs donnent à Élie un compagnon, qui est ordinairement Hénoch, quelquefois Jérémie ou Moïse (1); mais Tryphon, le 11" Sibyllin, Lactance nomment Elie tout seul. Cette tradition est attestée par la question des disciples au Sauveur,

“dans” les Évangiles synoptiques, après la Transfiguration ; Jésus leur dit dans quel sens figuré il fallait prendre la prophétie ancienne, mais ce passage de l'Évangile ne fut guère compris aux premiers siècles.

L'apparition du Messie mettra fin au siècle présent, ou bien marquera seulement la transition entre le Règne du Mal et le siècle futur. Ici nous pourrions déjà parler du Millénarisme; mais il vaut mieux réserver au Commentaire cette question, qui demande à être exposée et discutée avec le plus grand soin. Disons seulement que cette fameuse théorie apparaît Hénoch, xcr, Bar. syr. xxix, xL, et: IV Esdras vi, xu, par-ci par-là dans le Talmud, et chez les rabbins du Moyen . Age. La durée de ce règne intermédiaire, prélude de la vie bienheureuse, est très variable ; elle flotte de 40 ans (livre hébreu d’Élie), ou 400 (ΔΚ Esdras, vu), ou 1000 (Apocalypse d ’Étie copte, chrétiens chiliastes) jusqu'à des centaines et des milliers de siècles chez certains rabbins. Plusieurs apocryphes parlent de l'attaque que le royaume aura à subir de la part de Gog, roi de Magog (ailleurs Gog et Magog), ce dernier ennemi eschatologique qu'avait prédit Ézéchiel, ch. xxxvurr, image peut-être ire du souvenir de l'invasion cimmérienne en Asie Mindüre et en Syrie, mais qu'il n’y a pas lieu de croire mythologique (2) (δ 6. LIL, 315 544, Eldad et Modad, livre d’Élie hébraïque; οἷν. Par. Hen. au ch. Lvi, « οἰ Mèdes et les Parthes », Bar. syr. Lxx, « les nations préparées par Dict » et Esd. ὁ. χη.) Cette tradition se généralise dans le rabbinisme.

Le rôle du Messie n’est pas uniforme. Dans certains apocryphes, il est laissé dans l'ombre, et sa venue paraît coïncider seulement avec l'amélioration définitive du monde. Mais en général il vient pour exercer lui-même le jugement de Dieu !! contre les Gentils et les impies, et établir la domination du peuple juste. Quel- ἡ quefois, ainsi dans la première partie d’Aen. éth., c'est Dieu lui-même, et tout seul, qui viendra ici-bas perdre les méchants, et assurer aux justes un bonheur soit temporel {Æen. 1-v, et vi-xr), soit spirituel et plus ou moins transcendant, sur la terre renouvelée, dans Jérusalem (//en. x11-xxxvr). Les J'ubilés ne concoivent qu’un bonheur terrestre, dans les conditions actuelles améliorées; les âmes des justes continueront à trouver le bonheur dans l'Au-delà, celles des i impies à tomber … au Shéol. Même conception, ou peu s’en faut, dans le corps des Testaments; les saints mangeront de l'arbre de vie { Test. Lépi, x, 11); Dieu habitera au milieu

—… d'Israël (Test. Lévi, v, 2) Le 1115 Sibyllin ne parle ni du jugement dernier, ni des sanctions éternelles, et le Messie n’apportera à Israël que la victoire et la paix

… donnera le ciel à Israël, mais n'aura pas de règne terrestre; dans ce dernier

…… dernier, accompagné de la résurrection générale. Son rôle continuera au ciel;

… (1) Noter toutefois que, pour 1V Esd., 11, 18, les deux prophètes eschatologiques sont Isaie 4 et Jérémie.

(2) Contre GRESSMANN, Ursprung, p. 174-192.

terrestres. Dans l’Assomption de Moïse et les Paraboles d’'Hénoch, le Messie : \

— livre, c'est 1 « Élu, » ou le « Fils de l’homme » qui présidera au jugement } /

- bonheur terrestre dans ce monde amélioré; les Jubilés xxx nient même la

que l’histoire des idées scientifiques populaires. Il paraîtrait plus indiqué de

INTRODUCTION

mais, sur terre, il se borne à cela; le Messianisme ancien est comme oublié.

Là où ilest question du règne intermédiaire, les traits qui y dominent sont ceux de la félicité temporelle. Les saints descendront du ciel avec le Messie et régneront avec lui (2V Esdras, vu, 28; Asc. Isaïe, livres d’ Élie) sur les justes qui seront heureux, et se nourriront FA chairs de Béhémoth et de Léviathan tombés, peut-être sous des influences perses, à ce rôle comestible (ΤΥ Æsd. vi; Βα»... syr., ΧΧΙΧ), ainsi que de la manne du ciel (Bar..). La Jérusalem céleste, descendue ! sur la terre, leur servira de lieu d'habitation (Æsd., Bar. etc.). Quand ce bonheur prendra fin, par l'invasion de Gog et de Magog (vide supra), ou même la mort du ἢ Messie et de tous les hommes (7/V £sd. vu), alors aura lieu le grand jugement : et la résurrection.

La plupart des Apocryphes, avant le chiliasme chrétien, ne connaissent cependant qu'un règne de Dieu, soit terrestre comme dans les Jubilés, soit céleste. Quant à la résurrection, l'opinion la plus ancienne n’en admettait qu'une, qu’elle fût pour les justes seuls (opinion des Pharisiens d'après Flayius Josèphe) ou bien pour tous les hommes. Mais l'idée du règne intermédiaire amena quelques auteurs, :: comme nous le verrons plus tard, à en admettre deux, celle des justes, coïncidant : avec la descente du Messie, et l’universelle. él

La résurrection générale se fera au son de la trompette (Apoc. Abraham, οἷν. /V Esd. vi,) Les livres du ciel seront ouverts et consultés (Hénoch, χα, Par. Hen., IV Esd. vu); les anges mauvais et les impies seront jetés dans la géhenne, ] que DE nomme l’abime de feu ; les justes jouiront du bonheur éternel dans le. ciel, ou dans la Jérusalem nouvelle, qui se présente souvent sous les mêmes traits | ! que le Paradis de la Genèse. Nous reviendrons là-dessus dans notre Commentaire. ᾿

Rappelons toutefois qu’un certain nombre d’Apocalypses ne pensent qu'à un

résurrection.

Nous pourrions parler encore des spéculations astronomiques, cosmographiques, comme celles d'Hénoch éthiopien; mais elles n'ont pas de portée religieuse, malgré leur insertion dans un livre de révélations, et n’intéressent

parler du caractère moral des Apocryphes; mais ils n’ont rien de bien particulier à ce point de vue; si quelques-uns, fidèles à l'esprit des prophètes, font place aux Gentils dans la Jérusalem nouvelle, cette place sera toujours bien restreinte, et, naturellement, dépendra de leur soumission préalable aux Juifs. Leur Messie est un juge, mais n'a guère l'aspect d'un Sauveur. Son action est extérieure avant tout. Les Apocalypses ne marquent aucun progrès, loin de là, de la religion universaliste et intérieure, de la foi qui agit par l’amour. Toute leur exubérance est de surface, et le fond religieux en reste glacé. Le P. Lagrange a raison de dire : « Entre la sève religieuse des Écritures inspirées et le naturalisme sensé des Grecs, les apocalypses apparaissent comme un genre faux, dont les ardeurs ,u surchauffées ne peuvent émouvoir les gens de sang-froid. Elles ont voulu se placer " entre ciel et terre; elles n’ont ni l'inspiration d’en haut, ni l'attrait de la Ft Ἶ et de la vie. » (Messianisme, p. 135.) |

IT, COMPARAISON DES SYMBOLES DE L'APOCALYPSE DE SAINT JEAN AVEC LA TRA= DITION APOCALYPTIQUE GÉNÉRALE. — Le long aperçu que nous venons de donner

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était utile et presque nécessaire, pour nous permettre d'apprécier comme il convient le symbolisme de l’Apocalypse inspirée. Ce livre a en effet puisé un grand nombre de ses images au même stock que les autres. Comme œuvre littéraire, on ne peut prétendre qu'il soit tout à fait exempt des défauts du genre. Mais il ἃ

mis cette imagerie au service d’un tout autre enseignement ; et nul de ceux qui,

le lisant sans préventions, le comparent à l'ensemble de cette littérature, ne peut méconnaître combien il est, au point de vue humain et artistique, supérieur aux plus beaux, fût-ce à Esdras. Pour ce qui est de la valeur religieuse, tout le monde doit avouer qu’il leur est simplement incommensurable, comme le judaïsme vieilli l’est au christianisme dans sa première ferveur. Si on le compare enfin aux apocalypses chrétiennes qui l’ont suivi, on saisit toute la différence qu'il y a entre le génie naturel surélevé par l'inspiration divine, et l’exaltation imaginative de « prophètes » qui n’ont reçu mission que d'eux-mêmes, ou d’auteurs qui copient servilement des traditions.

Ce serait empiéter sur le terrain du Commentaire que d’énumérer et d’expliquer dès à présent tous les symboles johanniques. Nous ne voulons en donner qu'une vue d'ensemble, pour en indiquer les sources générales. Nous distinguerons ceux qui se rattachent soit à la tradition apocalyptique commune, soit à la Bible, et ceux qui paraissent avoir été créés dans l'esprit de Jean. Nous insiste= rons aussi sur ce qui fait l'originalité de notre auteur, dans l’usage ou l’omission de symboles traditionnels. |

$ I — Jean et l'Apocalyptique traditionnelle.

Ce n'est pas seulement l'emploi fréquent des mêmes images qui montre que l'auteur de l’'Apocalypse a connu la tradition consignée dans les ouvrages ci-dessus étudiés; mais encore tel ou tel trait, qui ne se révèle qu’à la lecture attentive du texte original, peut s'expliquer seulement comme une référence à des symboles consacrés que nous ne retrouvons cependant pas dans les autres écrits du genre : ainsi, au c. x11, 14, les « ailes du grand Aigle », dont il n’a pas été question auparavant; au c. x, 3, « les sept tonnerres » qui font entendre leur voix. Cet aigle et ces tonnerres sont déterminés par l’article. C’étaient donc des figures déjà connues, dans la tradition apocalyptique évidemment.

La meilleure méthode, pour bien saisir similitudes et divergences, c'est de … suivre le même ordre que dans l’étude précédente, et d'examiner successivement - les ensembles principaux de représentations figurées, relatives au monde céleste, infernal, terrestre, à l'eschatologie et au monde futur.

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- au Chap. 1v,est analogue à d'assez nombreux tableaux d’Hénoch, de l'A poca- … lypse d'Abraham, et d'autres écrits. Les quatre « Animaux » (Chérubins, Ἢ quoique le terme ne soit pas employé), qui supportent le trône, peuvent être un emprunt direct, mais très libre, au prophète Ézéchiel. La « mer de cristal » qui ….s étend autour du trône, et est mêlée de feu {xv, 2) est, comme dans les autres mapocalypses, le ciel empyrée des anciens. Dans cet empyrée se trouvent un “sanctuatre (vin, 15; χι, 19; x1v, 15-17; xv, 5-8); l'arche d’alliance(xr1, 19): un ou deux autels (νι, 9; vu, 8,5;1x, 13). La « Nouvelle Jérusalem » existe déjà au ciel, d’où elle doit MÈRES sur la terre (xxr, 10 sq.). Mais plusieurs traits indiquent

1. Dieu, la cour céleste et les Anges. — La description de Dieu sur son trône,

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