‹ L'ApocalypseChapitre 20 sur 239 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

que cette ville, « Épouse de l’A gneau, » existe déjà aussi sur la terre; ainsi le verset 17 du ch. xx : « L'Esprit et l'Épouse disent : Viens! » où ils agit certainement de l'Église terrestre. Les fidèles, en maints passages, même les fidèles vivants, sont représentés comme habitant au ciel et sur la terre à la fois; on peut dire que c’est l'une des idées maïtresses du livre. Par conséquent. la localisation d’une ville au ciel est purement allégorique, comme la ville elle-même. Quand elle sera descendue sur la terre {chap. xxi-xxn), le trône de Dieu s’y trouvera encore (xx, 3), quoique Dieu n'ait sans doute pas quitté le ciel. Il n’y a donc là que des différences de points de vue, d'autant plus que la Jérusalem céleste représente à la fois l'Église triomphante et militante (voir χχι, 24-97, et notre commentaire), tandis que la Femme du chap. xt ne figure l ΤΣ ΤΡ que dans son état militant. Ainsi Dieü est partout et agit partout. Il n’est plus le terrifiant Isolé du judaïsme tardif. Son action continue dans le monde est figurée par les 7 esprits qui se tiennent devant le trône (1, 4; 1v, 5) et qui appartiennent également à l’'Agneau (ιν, 6). On doit y voir sans doute le Saint-Esprit personnel, et non les sept Archanges de la tradition.

L'ANGÉLOLOGIE juive ἃ été extrèmement simplifiée, et dépouillée de tout cet aspect mythologique qu'elle avait pris aux derniers siècles, sous des influences étrangères. Un seul Ange est appelé de son nom propre, Michel, comme vainqueur du Dragon au chapitre x11:; on n’y trouve même ni Gabriel ni Raphaël. Des myriades et des myriades d’esprits bienheureux entourent le trône de Dieu. Certains président aux phénomènes de la nature, ont pouvoir sur le feu (χιν, 18), sur les eaux (xvi, 5); mais il n’est indiqué nulle part que les bons Anges aient un rapport spécial avec les astres ; seulement les « 7 étoiles » (τ, 20) représentent allégoriquement les Anges des 7 églises. Que le « tiers des étoiles » du ciel soient balayées par la queue du Dragon (c. x), ce n’est pas une allusion si certaine à la chute des Anges. Des esprits célestes offrent à Dieu les désirs et les prières des hommes (ν, 8; vi, 3) : d’autres sont les agents du gouvernement divin, et les exécuteurs ordinaires, mais non exclusifs, des jugements portés par le Très- Haut sur le monde et l'humanité (les Anges des sept trompettes, des sept

coupes, etc.). Il en est enfin qui remplissent les fonctions de guides et gardiens de certains groupes; car, en admettant que les « Anges » d'Éphèse et des autres églises soient des personnifications de la communauté plutôt que des personnes, angéliques ou humaines, le nom qui les désigne implique l'existence, puis l'extension figurée, de la notion des Anges gardiens. |

On distingue dans leur armée les traces d’une hiérarchie de dignité et de fonctions. 11 en est un, celui qui apporte au prophète le « petit livre » contenant les révélations des chapitres x1r et suivants, dont la description est d’une telle splendeur que son aspect est presque divin (c. x). Pourtant ce ne sont tous que de simples créatures, les « compagnons de service » σύνδουλοι, des prophètes et de tous les disciples fidèles de Jésus (χιχ, 10; xx11, 9). Jean mentionne « les 7 qui se tiennent devant Dieu» (vu, 2) et qui recevront les trompettes du jugement; ce

᾿ sont les Archanges de la tradition. Deux autres catégories de figures célestes

restent à demeure auprès du Très-Haut : d’abord « les quatre Animaux » qui portent le trône. Il est évident qu'ils répondent, au moins par leür origine, aux Chérubins ; mais on peut douter que, dans le sens propre à Jean, cette figure représente des personnalités angéliques ; elle peut n’être qu'une personnification

leu ad extra qui s’exercent aux quatre points cardinaux, … c'est-à-dire dans l'univers entier. L'autre catégorie est celle des « 24 preillards » … porteurs de couronnes et de coupes, qui entourent, assis en cercle, le trône de Dieu, et entonnent des cantiques à chaque grand déploiement de sa puissance sur l'humanité. Comme ils lui offrent aussi des « parfums, qui sont les prières des saints » (v, 8), ils jouent le rôle de représentants des hommes auprès de Dieu : mais, à notre avis, ce sont bien des Anges, et non, comme le veulent certains critiques, l'humanité idéale. On ne trouve rien qui corresponde à cette figure dans les apocryphes que nous possédons. Elle doit pourtant être traditionnelle, parce qu'il est question du conseil des Anciens, assesseurs de Dieu, dans Isaie, xxrv, 23, et que Daniel var, 9 (« on apporta des irônes ») y fait, semble-t-il 1 allusion. Quant au nombre 24 — 12 X 2, nombre de critiques actuels esti= ment, non sans probabilité, qu'il est d’origine astrale, d'après un texte de Diodore de Sicile nous apprenant que les Babyloniens avaient fait cette division en rapport avec le cercle zodiacal (Commentaire, ad loc.). On peut donc = regarder ces « Vieillards » comme des Anges qui président au déroulement du temps, aux diverses phases de l’histoire humaine. Et comme Jean ne sera pas allé prendre cette image à Babylone, ni dans des écrits païens, nous pouvons admettre, sous bénéfice d'inventaire, qu'elle était dans la tradition apocalyptique. Cette tradition a donc laissé des traces sensibles dans l’angélologie johannique,

ainsi que dans tout ce que notre Apocalypse nous montre du ciel. C’est un décor

et un scénario auxquels il faut nous habituer. S'ils surprennent au premier abord ceux qui ne connaissent pas autrement le genre apocalyptique, s’ils leur paraissent introduire trop de précisions et de matérialité dans le monde spirituel, tout autre est l'effet qu'ils produisent à qui sait faire la comparaison avec les Apocryphes.

vis

On admire alors la sobriété du prophète inspiré. Il n’a pas confondu le domaine

physique avec le domaine moral et transcendant. La présence d’une ville au ciel, le sanctuaire, l'arche d'alliance, les autels ne sont certainement pour lui que des images allégoriques. Appelé au ciel par la voix du 6. iv, 1, comme d’autres apocalyptiques, lui, du moins, est transporté du coup en présence de Dieu, sans faire de cosmologie sur la route; il ne parle point de plusieurs cieux, ses descriptions n’ont jamais pour but de faire de la science, ni de satisfaire la curiosité sur aucun sujet étranger au salut. Il ne trouve là-haut ni phénix, ni anges de la lune, ni oiseaux chanteurs. Son Angélologie n’a rien de mythique, elle n’est. qu'un développement, ou une application, des données de la Bible, qui nous apprend que les Anges sont les agents de Dieu dans la Création, et le gouvernement des hommes. Non seulement il évite les noms propres et les classifications curieuses, mais il ne reproduit même pas la terminologie dont 8 usé saint Paul pour désigner les puissances supra-terrestres (Col. τ, 16; ÆpA. 1. 21, al.). 511 fait intervenir partout les Anges, conformément à la tradition * apocalyptique, du moins l’action de ces esprits ne supprime-t-elle pas celle des ᾿ς hommes, et n'est-elle pas un intermédiaire nécessaire de celle de Dieu. On peut … donc croire qu'il n’a pas attaché une bien grande importance aux anciennes précisions ; aussi lorsque Charles (1), par exemple, entame une discussion pour savoir si l’Ange de vi, 3 est l’« Ange de la Paix » ou tel autre, nous nous

… (1) Studies on the Apocalypse, pp. 158-161. APOCALYPSE DE SAINT JEAN. d

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étonnons qu'il se donne cette peine, puisque nous ne savons même pas si Jean a jamais pensé à l’« Ange de la Paix ». Ces classifications trop nettes n'étaient pas dans l'esprit de sa révélation.

2, Le Messie. — Il n’y a naturellement guère de comparaison possible entre le rôle futur, transitoire, extérieur et plus ou moins abstrait, assigné par les Apocryphes à leur Messie, et celui que remplit dans l'Apocalypse, Jésus, l'Homme- Dieu, le tout-puissant Seigneur et Rédempteur qui actuellement déjà dirige tout, et au ciel, et sur la terre. Il est trois formes sous lesquelles Jean le contemple tour à tour : d’abord l’Étre pareil à un « Füls d'homme » qui lui donne sa mission (1, 13-suiv., οἷν. χιν, 14), puis 1 « Agneau » immolé qui, au ciel, entre en possession du livre des décrets divins (c. v), qui siège dans Sion au milieu des saints (e. xv, οἷν. xx), et qui, dans la Jérusalem nouvelle, s’asseoit sur le trône même de Dieu (c. xx); enfin le « Cavalier » royal victorieux de tous les ennemis

terrestres et infernaux (c. ΧΙΧ, οἵ». VI, 1). Naturellement la deuxième, qui sym-

bolise la Rédemption par la Croix, ne trouve aucun parallèle dans les Apocryphes. La première rappelle le Bar nashd de Daniel et le « Fils de l'Homme » des Synoptiques, mais n’a qu’un rapport bien douteux avec le « Fils de l'Homme » des Paraboles d'Hénoch; certains traits pourtant se retrouvent ailleurs ; ainsi la blancheur de la chevelure a son prototype dans Hénoch (xLvi, 1j; seulement l'Apocryphe la réservait à Dieu, la « tête des Jours » {cfr. l’ « Ancien des Jours », de Daniel), comme symbole de son éternité, et Jean l’a transportée du Père au Fils qui a aussi la nature divine. La troisième figure répond au rôle de Juge et de Vengeur que les Apocryphes assignaient tantôt à Dieu, tantôt au Messie, La ressemblance n'est que générique, et peut s'expliquer sans emprunt, par les descriptions bibliques qui sont la source commune. D'ailleurs le sens de la vision est bien plus étendu et bien plus spirituel dans notre Apocalypse.

3. Le monde des esprits mauvais. — Ici encore rien ne rappelle la fantasmagorie inutile que nous avons exposée : ni noms propres, ni classifications, ni légendes sur les fautes des esprits déchus. Jean a gardé de la tradition l'image du Dragon (6. x, xvi) pour signifier le Diable, Satan; 1] l'idenüfie en termes explicites au serpent ancien de la Genèse. Il n’a certainement plus rien d'un monstre cosmique; c’est le chef d’une armée d’Anges, mauvais comme lui (xn, 7, 9). Peut-être n’a-t-il même aucun rapport avec le Thannin, et le nom de Dragon ne lui est-il donné que comme synonyme de serpent. Ses « sept têtes » font bien penser au Musmahhu et à Léviathan; mais elles ne sont peut-être qu’un symbole, créé

chez Jean lui- même, des « sept esprits de Béliar » (Test. Ruben, ch. n), puissance d’égarement et d’oppression, contre-partie des sept esprits de Dieu et de l Agneau.

Un FRPRPOREEn avec l'Angro-Mainyu des Perses serait plus soutenable ; mais ce n’est qu'un parallèle accidentel. Il n’est rien dit sur l’origine de la malice et de la chute des démons. Seulement, après le triomphe du Cine) le Dragon a été précipité du firmament sur la terre par Michel (c. xn), RE" ς qu'il a perdu sa domination, naguère si considérable, de Prince du monde; il est vaincu et ne peut plus accuser si facilement les hommes, que le sang du Christ ἃ justifiés. En tout cela l’allégorie est visible et transparente. Si le Dragon était d'abord au ciel — ou bien dans l'air, sous le firmament — c'est là une image ‘empruntée à la tradition apocalyptique, mais qui ne couvre plus qu'un sens moral. Au moment où Jean écrit ses Révélations, le Démon est sur la terre, où il soulève contre

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l'Église la puissance politique et spirituelle du paganisme, les Deux Bêtes; mais il y est invisible, c’est un Esprit.

Les agents du Diable, ce sont d’abord ces Deux bêtes, représentant toutes deux des collectivités humaines ; ensuite des figures d'aspect plus mythologique. Telles sont les « étoiles tombées » des chapitres vur et 1x. [ci nous trouvons une des rares traces de l’ancienne identification des astres avec des esprits; l'ensemble du livre montre assez qu'il n’y faut pas voir plus qu'un symbole. Les sauterelles étranges et les monstrueux cavaliers du chapitre τχ représentent certainement aussi des puissances infernales. Dans leur description si chargée, mais pourtant terrifiante, faut-il voir des personnages préternaturels, ou bien seulement des personnifications de l’action du diable, des vices, des remords, des discordes et des guerres qu'elle excite dans le monde? Nous étudierons plus tard la question. En tout cas, nous pouvons dire que ces traits fabuleux, dont le sens nous échappe parfois dans le détail, sont encore de l’allégorie et de l’hyperbole, et que Jean ne s'attend pas à ce que les hommes voient jamais de leurs yeux de chair des apparitions aussi fantastiques. Les trois démons-grenouilles du chapitre xvr, 13, doivent être interprétés dans le même sens, d'autant plus que le Dragon, la Bête et le Faux Prophète de la bouche desquels ils sortiront, sont un esprit invisible, et de simples images des puissances humaines inspirées par lui. Quant aux trois derniers cavaliers du ch. vr, nul ne doutera que ce soient de pures personnifications des fléaux typiques, Guerre, Famine, et HER l'Hadès qui leur est associé n’est pas plus personnel.

Bref ce que Jean nous révèle du monde diabolique est extrêmement sobre, et ne montre aucune accointance avec la mythologie des Apocryphes. D'image commune avec eux, il n'y a que le Dragon, avec la mention de son ancienne

\ place au ciel, et l’étoile qui ouvre le puits de l’abîme, au chap. 1x. D’autres, comme les sauterelles et la première Bête, viennent de la Bible, mais fort

amplifiées et dramatisées. Le reste ἃ pu être créé de toutes pièces dans l'esprit

du Voyant.

4. Le monde terrestre, l'histoire future, et les signes de la fin. — Jean qui na pas eu besoin, comme ses devanciers non inspirés, de faire remonter son livre, par une Re au temps d’un ancien patriarche ou prophète, ne s'occupe nulle part de l’histoire passée du monde; sa révélation ne concerne que les temps commencés à la naissance de Jésus en pour s'étendre jusqu’au Jug'ement général. A-t-il, suivant l'exemple ancien, partagé la vie du monde en périodes? On pourrait le croire à première vue, à cause des sept tr ompetles

(ca. vins et 1x), au son desquelles sept catégories de fléaux fondront sur l'univers, et des sept coupes de la colère de Dieu que des Anges répandent au ch. xvr. Ensuite viendrait le Millénaire heureux (c.xx), finissant à l'invasion de Gog et Magog, puis le Jugement. Il y aurait donc quatorze Éons funestes, sept avant ᾿ς l'apparition de l'Antéchrist, et sept après, puis une quinzième époque, heureuse L Ἢ celle-ci, répondant au Règne intermédiaire du Messie Juif. Mais ce serait interἢ préter l’Apocalypse, nous le verrons, d’une manière beaucoup trop matérielle 4 D'abord l’effusion des sept coupes Ὁ Ἢ en tout ou en partie, à l’histoire déjà comprise dans la vision des sept trompettes, puisque la septième trompette … doit annoncer la fin du monde (c.x1). Ensuite, il n’est pas sûr que les trompettes elles-mêmes sonnent les heures diverses de l’histoire. Beaucoup de commenta-

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