‹ L'ApocalypseChapitre 53 sur 239 · LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CVII · texte numérisé non relu

LES AUTRES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT. CVII

“concrètement comme probable ou possible qu'il serait vivant à la Parousie; il ne fait qu'envisager théoriquement la double hypothèse, comme nous pourrions le faire nous-mêmes, nous chrétiens qui n'avons guère d'espoir d'assister vivants “au retour du Seigneur. Nous pouvons donc laisser ce texte-là de côté, comme “trop peu instructif pour notre sujet. Examinons les autres, qui sont nombreux, et “que l'on peut partager en deux classes, sans nous occuper pour l'instant de leur “ordre chronologique : 1° les uns n'ont qu’une valeur d’indication donnée en passant, au cours d'instructions qui ne traitent pas spécialement d’eschatologie; 2° les autres en traitent directement et formellement. Ce sont : ὦ deux passages des lettres aux Thessaloniciens ; ὁ le chapitre xr de l'Épître aux Romains; ὁ la description de l’état religieux des derniers temps dans les Épiîtres pastorales. I. Textes où Paul parle d'eschatologie per transennam. — Nous avons le droit . de faire abstraction de leur ordre chronologique, car, en fait, le même mélange de perspectives ou de points de vue se retrouve dans les épîtres de toutes les époques.

Déjà beaucoup d’allusions au jour du Seigneur ont été notées ci-dessus. Relevons seulement ici les plus significatives.

Au cours de son instruction sur la virginité et le célibat, 1 Cor. vir, v. 26 suivants, Paul conseille cet état non seulement à cause de la plus grande liberté qu’il donne, en tout état, pour s'occuper de Dieu, mais à cause de la condition du monde, qui est sur son déclin. Il invoque comme motif « la nécessité présente » | — ou imminente — (διὰ τὴν ἐνεστῶσαν ἀνάγκην, v. 26); le fait que le temps — ou le | temps propice — s'est resserré (ὃ χαιρὸς συνεσταλμένος ἐστίν, v. 29); la tribulation | dont la menace est suspendue sur les affections terrestres (θλίψιν δὲ [τῇ σαρχὶ ἔξουσιν | of τοιούτοι, v. 28) ; et il affirme que la forme, la disposition actuelle du monde est en | voie de disparition (παράγει γὰρ τὸ σχήμα τοῦ κόσμου τούτου, v. 31). Il se juge donc au } moins aux débuts de ce processus de destruction. Mais nous avons vu qu'il en était de même pour l’auteur de l'Apocalypse.

Dans la même épitre, xv, v. 51 et suivants, l’Apôtre décrit la résurrection des | fidèles, au jour de la Parousie : « Voici que je vous dis un mystère : Nous ne dor- | mirons pas tous; mais tous nous serons transformés, en un instant, en un clin | d'œil, à la dernière trompette; car la trompette sonnera; et les morts ressusci- | teront incorruptibles, et nous serons transformés ». On en a conclu que saint | Paul, se rangeant dans la catégorie de ceux qui seront seulement transformés, se met par là en dehors de la catégorie de ceux qui ressusciteront (καὶ of vexpoi ἐγερθήσονται ἀφθαρτοὶ καὶ ἡμεῖς ἀλλαγησόμεθα); donc il ne sera pas mort, selon ses ᾿ prévisions, au jour du Seigneur. Le texte donne en effet cette impression à pre- | mière vue; pourtant il est moins catégorique qu'il en a l'air. On part en effet de cette idée que la transformation (ἀλλαγησόμεθα), s'oppose irréductiblement à la . résurrection (ἐγερθήσόνται). Or il n’en est rien; car, au verset précédent, saint Paul Ἴ attribue cette transformation à tous sans exception, Υ compris par conséquent à … ceux qui, étant morts, devront ressusciter, non moins qu’à ceux dont le corps τ corruptible vivant passera subitement à l’incorruptibilité (πάντες où χοιμηθησόμεθα, navrec δὲ ἀλλαγησόμεθα). Aussi n'est-il pas impossible de comprendre ainsi le ver- ᾿ set 52 : « Les morts — c'est-à-dire ceux qui sont morts à l'heure qu'il.est, au | moment où je vous écris — ressusciteront incorruptibles, et nous — nous qui 26 sommes pas morts encore, — nous serons transformés — transformés, cela

genre; nous tenons cette hypothèse pour possible). Ou bien, si nous concédons

CVIII INTRODUCTION

va sans dire, de la manière qui conviendra à notre état, laquelle manière pourras être une résurrection, ou autre chose. » Il faut noter en effet, comme l'ont relevé“ à très bon droit Cornély et d’autres conservateurs, que saint Paul se place tout” aussi bien, dans cette même épitre aux Corinthiens, parmi ceux qui seront res= suscités (vi, 14 : ὃ δὲ θεὸς καὶ τὸν χύριον ἤγειρεν, καὶ Aus ἐζεγερεῖ) Et dans ΠῚ Cor. 1v, 14, nous lisons : Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera aussi avec Jésus ». Ἵ

Dans l’Épitre aux Philippiens, écrite durant la captivité romaine, lorsque, suivant la plupart des exégètes, les idées de Paul auraient subi une évolution sur ce point-là, nous retrouvons pourtant 1, 6, 10, et surtout 1v, 5 (ὃ κύριος ’eyyüs οἶδ΄ le Maranatha de Ï Cor. xvi) autant d’insistance sur la préparation au Jour du Seigneur que dans les épitres aux Thessaloniciens elles-mêmes. L'apôtre y parle, au chapitre nr, 11, de sa résurrection souhaitée (εἰ πῶς καταντήσω εἰς τὴν ἐξανάστασιν τὴν ἐκ vexpüv), quoiqu'il ait suffisamment indiqué auparavant qu'il ne” croyait pas que son jugement dût aboutir à une sentence capitale, et qu'il ne fût pas arrivé à l'extrême vieillesse, qui ouvre des perspectives de mort prochaine. Neuf versets plus bas (111, 20-21), il revient à l'attente de la Parousie, et d'une « transformation » dont lui aussi sera bénéficiaire : « Notre vie de citoyens est dans les cieux, d’où aussi nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera (κατασχηματίσει, verbe apparemment synonyme des ᾿ἀλλάττειν des Corinthiens) le corps de notre humiliation en le configurant au corps de sa gloire. »

Ainsi Paul dit indifféremment de lui-même, comme de ceux au nombre desquels il se place, ou bien qu'il ressuscitera, ou bien qu'il sera transformé, au Jour de la Parousie. C’est donc, ou qu'il n'oppose pas strictement la résurrec= tion à la transformation (celle-ci serait le genre et l’autre une espèce de ce

qu'il les oppose formellement, s’il distingue deux catégories, les « ressuscités » et les « transformés », il se place lui-même, suivant les cas, dans l’une ou dans l’autre. C’est donc que le pronom nous, ἡμεῖς, signifierait au fond dans ces passages : ceux d’entre nous, les uns parmi nous. Paul envisageait comme un tout l’ensemble des chrétiens, et il n'est pas nécessaire de restreindre cette col= lectivité « nous » aux chrétiens présents, elle peut fort bien embrasser les fidèles du passé, du présent et de l'avenir. Très surprenante est l’objection qui prétend qu'une telle manière de parler eût été ἸΒΟρΤΩΡΕ ΘΠ ΘΗΒΊΒΗΙ dans les premières épitres, parce que leurs destinataires n'auraient pas connu la doctrine de l'Épitre aux Éphésiens sur l’unité de l'Église, considérée comme un seul corps: Mais cette incorporation des fidèles au Christ, qui fait l'unité du chef avec les membres, et des membres entre eux, n'était-ce pas, dès le jour de la conversion sur le chemin de Damas, devenu l'idée maîtresse de l’Apôtre des Gentils® Pouvait-il la laisser ignorer à ses néophytes ? N’en parle- t-il pas déjà, de cette unité, dans la Première aux Corinthiens, et s'est-il écoulé seulement dix ans entre les lettres à Thessalonique et l’épître aux Éphésiens ? ἕ

Toute cette première catégorie de textes ne peut donc à elle seule trancher la question de savoir si Paul, qui, à toute époque de sa carrière, a eu l’éme remplie par l'attente du retour triomphal de Jésus, a jugé que ce retour aurait

lieu de son vivant.

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