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Jean Weiss, meilleur critique que d’autres, a bien çà et là quelques hésitations. 1] reconnaîtra, par exemple, qu’on ne peut rigoureusement distinguer la part de « Jean » et celle de l'éditeur dans des passages tels que le chapitre vir, en ses deux parties, ou une partie du chapitre Χαμ.
Bousser, dans son remarquable Commentaire (plusieurs éditions, de 1896 à 1906) est entré dans la ligne de Weizsäcker et de Sabatier. PFLEIDERER, dans la 2° édition de son Urchristentum (1902) s'est rangé à peu près aux mêmes opinions, et admettrait, pour les chapitres qui se suivent de ΧΙ à xvin1, une source qui pourrait être juive et continue, remontant au temps de Caligula, incorporée et complétée par l’auteur même du livre; même chose pour ΧΧι, 9-xxrr, 5. JüLicer (£'inleitung, ὅδ, 1906) est beaucoup plus réservé sur la question de pareilles distinctions. ΠΗ. J. Hozrzmanx, dans son Handcommentar, suit la même tendance de critique littéraire. Elle est également celle du Hollandais Baron (1908) et de quelques critiques de langue anglaise, Porrer, Scorr, Morrarr, CHARLES (Studies on the Apocalypse, 1913), dont le Commentaire, annoncé pour 1914, n'a pas encore paru, que nous sachions. Le commentateur catholique Carmes (1905) voit aussi, surtout depuis VI jusqu'à XVIIT, une combinaison de documents d’origine diverse, opérée par Jean. Nous aurons lieu de discuter ces opinions dans notre prochain chapitre, et plus tard en commentant les chapitres vit, 1-8; χι, 1-13; XHI-XHII; XVII-XVIII; XXI-XXHI.
Pour ce qui est des deux courants émanés de Välter et de Vischer, je ne vois guère la nécessité d'en entreprendre une critique serrée, après les chapitres que nous avons consacrés à la composition de l’Apocalypse et au traitement des symboles. Pour nous, ces systèmes dérivent uniquement, ou peu s’en faut,
… d'un défaut de pénétration dans l'esprit et dans la manière johannique. Tous
APOCALYPSE DE SAINT JEAN, k
INTRODUCTION
ces auteurs, extrêmement ingénieux sans contredit, n'ont pas compris grand chose à la structure solide de notre Révélation. S'ils parlent d'incohérences et de contradictions dans le symbolisme ou les idées (car tel est leur principal argument), c'est qu'il leur a manqué de saisir la virtualité presque indéfinie de ces symboles, et de sympathiser avec un Voyant qui, tout dominé par l’idée, attachait assez peu d'importance, relativement, à chaque image individuelle. L'école d'interprétation « Zeitgeschichtlich » — dont nous parlerons plus tard
— a beaucoup contribué à les induire en erreur, par ce jugement préconçu que chaque symbole déterminé devait répondre à quelque réalité aussi déterminée
que lui, une réalité de l’histoire du temps, souvent étroite et mesquine (voir par exemple l’Antéchrist de Renan), en tout cas pas assez élastique, ni spirituelle, ni universelle. Ils ne comprennent pas le livre de Jean, parce qu'ils ne se sont
pas élevés jusqu’à l'esprit de Jean. Alors ils ont rompu des cadres très solides, .et d'une remarquable unité, pour nous présenter à la place diverses formes
de compilations assez mal digérées. Jülicher n’est pas trop sévère, quand il leur reproche d'arriver avec leurs découpages arbitraires, au résultat que « les profanes y gagnent simplement cette impression que, sur le terrain des recherches néotestamentaires, il n’y a rien du tout, et que personne n’est sûr de rien du tout (1) ». Et nous pouvons nous demander avec Swete, aux yeux de qui ces « hypothèses... ignorent les conditions fondamentales du problème », si la « conviction (que l’Apocalypse est un écrit composite) repose sur autre chose que les assertions réitérées d'écrivains qui ont trouvé dans l'analyse du livre un champ rempli de fascinations pour leurs exercices intellectuels (2) ».
Au moins leur fallait-il bien reconnaître l'unité d'inspiration générale, et l'unité de la langue. Suflit-il, pour rendre compte de la première, de considérer, avec Vischer, comme des additions chrétiennes tout ce qui porte la marque de croyances évangéliques? Mais ces passages sont tellement fondus avec le reste que, en les supprimant, on retranche tout ce qui fait l'originalité et l'intérêt de l'Apocalypse. L'hypothèse du « rédacteur » est aussi faible pour expliquer l’'homogénéité de la langue. Presque toutes les singularités grammaticales les plus marquantes se retrouvent en divers endroits du livre, auxquels les critiques assignent pourtant des sources différentes (voir au ch. précédent). Singulier rédacteur, et compilateur vraiment extraordinaire, que celui qui eût pris ainsi à tâche de déformer d’une manière uniforme la langue de ses sources! Certains recourront à l'hypothèse qu'il les avait traduites de l’hébreu, de sa propre main; mais la plupart trouvent aussi des sources grecques. Il faudrait donc au moins admettre qu’il les a refondues exprès — ou mieux encore, qu'il n'avait pas ces sources écrites sous les yeux; mais alors, s’il était obligé de chercher toute cette matière dans sa mémoire, un homme à l'imagination puissante comme devait être ce « rédacteur », un homme qui se croyait inspiré lui-même, n’a pu manquer de mettre partout du sien, de plier les vieux matériaux à ses idées comme à sa langue. Et la théorie des sources ne signifie plus alors grand’chose : ce ne seraient que des réminiscences, utilisées en vue d’un enseignement tout à fait personnel.
(1) Ein. 5-6, p. 246.
(2) The Apocalypse of St. John, p. 1, li.
Parmi les fines et judicieuses observations que Swete multiplie sur le sujet qui nous occupe, il nous plaît surtout de traduire celle-ci :
Comment Jean pouvait-il se comporter à l'égard des ouvrages d'apocalyptiques plus anciens? « Il se réfère au livre de Daniel à peu près en quarante-cinq passages... et les livres d’Isaïe, d'Ezéchiel et de Zacharie lui servent presque aussi fréquemment, tandis que les autres Prophètes, le Psautier et le Pentateuque sont souvent en vue. Aucun livre dans le Nouveau Testament n’est si imprégné jusqu’au fond de la pensée et de l'imagerie des Écritures hébraïques. Et pourtant l’écrivain n’a pas cité une seule fois l'Ancien Testament, et il en emploie rarement les ipsissima verba. Il est rare qu’il y emprunte une scène ou la 580"gestion d’une vision sans en modifier les détails, sans s’écarter de l'original avec la plus entière liberté, ou combiner des traits qui ont été rapprochés de contextes différents. Cette manière d’user des matériaux de l'Ancien Testament a cours d’un bout à l’autre de l’Apocalypse, et elle est caractéristique du livre. Que l'écrivain soit redevable de quelque chose à des apocalypses non-canoniques, c'est moins certain; mais, s’il l’est, il aura toujours suivi le même principe... Les coïncidences entre l’œuvre de Jean et les livres juifs qui existent encore sont à peu près limitées à des points secondaires, en rapport avec la manière de peindre et de parler. Dans ces conditions-là, il est plus que hasardeux de postuler des sources dont rien ne nous est connu » (op. laud. p. liïi).
Le même Swete étaie d’ailleurs son opinion d'arguments très positifs, notamment quand il s’agit de la langue. Il relève l'identité d'expressions très carac« téristiques, au nombre de onze, entre les Lettres et les deux derniers chapitres : au nombre de deux, entre le chap. 1v et le chap. τ; d’une entre le c. v et le chap. ΧΧΙΙ, Ou entre v et 1; d’une entre Ιχ et xx; d’une entre xr et XXI, entre xvi et mr, etc. Le lecteur les trouvera toutes signalées, et d’autres encore, dans notre commentaire; il nous suffit, pour l'instant, de le renvoyer au beau travail du savant Anglais (pp. xlvi-xlix).
L'Apocalypse est donc certainement d’une seule main, et construite sur un plan rigoureux, écrite dans un langage remarquable, unique dans toute la littérature. Le style est peut-être plus soigné en certains passages, ainsi dans les Lettres, ici plus simple, là plus emphatique. Mais il n’y ἃ aucune diversité essentielle entre ces différents endroits, ni pour l'inspiration, ni pour le traitement des symboles, ni pour la langue; donc rien ne nous donne le droit de les attribuer à différents auteurs. Nous chercherons dans le chapitre qui va suivre, si Jean s'est énspiré de sources non canoniques, s’il en ἃ eu de longues réminiscences, capables de donner une tournure particulière à l’ensemble de quelques visions. La question est tout autre que celle qui vient de nous occuper; de quelque façon qu'on y réponde, l'unité d'auteur est un fait acquis à la vraie critique objective.
Car les théories que nous venons de critiquer ont heureusement déjà vieilli. Jülicher — une autorité peu suspecte de traditionalisme — a bien raison de dire : « Une critique sensée doit renoncer en principe ἃ résoudre la question du
nombre des sources, et renoncer absolument à reconstituer celles-ci; l’auteur
a traité avec trop de souveraine maïtrise tout ce qu'ont pu lui fournir des
. couches antérieures » (Eïnl. p. 250).
PRIMO τς TN ἈΝ Ὁ τὰ υΣΝ TIR : NS at RUN