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CHAPITRE XII

Puisque, dans l’Apocalypse tout entière, nous avons reconnu l’œuvre originale d'une puissante personnalité, il est temps d'aborder une question haute et délicate, qui nous transporte bien au-dessus des minuties de la critique. Est-ce que Jean — inspiré de Dieu — a réellement éprouvé les visions qu’il décrit, et ces visions se sont-elles bien succédé dans l’ordre qu'il leur donne? Ou bien a-t-il donné simplement au fruit de ses réflexions sur le présent et sur l'avenir, réflexions qu'il sentait et jugeait dirigées par une illumination intérieure, la forme conventionnelle de visions construites avec les matériaux courants que lui fournissait sa connaissance de la Bible et des Apocryphes, afin de saisir de son grave enseignement les esprits populaires, qui devaient mieux l'assimiler et le retenir enveloppé d’un brillant vêtement d'images conformes aux goûts de ce temps-là ? :

La question peut certainement se poser, en soi, sans porter préjudice à l'inspiration divine. Il semblerait, à première vue, qu'il y eût des arguments en faveur de l’une et de l’autre hypothèse, par conséquent aussi des difficultés dans chacune d’elles. Nous devons nous garder de résoudre le problème par de purs à priori.

Dans le second cas, le Prophète de Patmos eût, matériellement, fait un travail semblable à celui de ses devanciers non inspirés (mais sans prendre comme eux un visage d'emprunt) ; il eût bâti à tête reposée, avec le même genre de matériaux, mais disposés de manière à enseigner des vérités nouvelles, et d’origine vraiment céleste. Si nous nous trouvions en face d’un livre de visions que l'Église n’eût pas reconnu comme inspiré, — qu'il se donnât comme d'origine surnaturelle ou non, peu importe ici, — nous ne serions nullement obligés d'admettre à priori que l’auteur en ait trouvé les éléments dans des extases personnelles. Ce pourrait être soit une fraude, soit une forme littéraire, choisie de sang-froid, après délibération. Et comme il ne faut pas prétendre que cette forme est nécessairement illégitime, car c’est une manière aussi admissible qu'une autre de présenter poétiquement ce qu'on croit être la vérité, il n’est donc pas impossible à priori qu’une pareille convention se retrouvât dans un livre inspiré. Forme conventionnelle ne dit pas mensonge. |

Mais, à notre avis, il n’est pas possible de concevoir ainsi l'origine de l’Apocalypse Johannique. Nous ferons plus loin la part de ce qu'elle peut contenir d’artistique ou d’artificiel dans l’arrangement des matériaux. Mais nous devons déclarer que pour tout ce qui en fait le fond, la substance, elle procède de visions éprouvées en toute vérité. {

Je crois qu’on peut le démontrer même en abstrayant momentanément de son caractère d'inspiration divine. Aujourd’hui, le moindre étudiant en psychologie

connaît la réalité des phénomènes extatiques, que les rationalistes anciens considéraient comme de pures simulations, ou des signes de dérangement cérébral. Bousset, écrivain intelligent qui atteint à toute la largeur d'esprit compatible avec sa « Weltanschanung » libérale, ne ferait pas trop de difficultés pour admettre que certains apocalyptiques juifs ont vraiment connu ces états mentaux. « Ce sont là des questions », dit-il, « auxquelles il n’est pas simple de répondre par un oui ou par un non. D'une facon générale, on ne saurait nier la possibilité d'expériences extatiques véritables. On ne peut faire valoir.contre cela la contexture souvent très fine et très minutieuse des visions, pour soulever la question de savoir comment l’Apocalyptique aurait pu, de son songe ou de son extase, retenir dans sa mémoire un nombre si énorme de particularités. Mieux vaut distinguer. On peut très bien admettre que des éléments donnés dans le songe ou dans la vision n'ont été poussés jusqu'à ces particularités et à ces finesses que par le fait du travail littéraire. Il est difficile aussi de faire valoir contre la réalité d’une expérience visionnelle cette considération que l’Apocalyptique subit manifestement l'influence de matériaux étrangers déjà monnayés, ou mème, dans l’ensemble, d’autres écrits apocalyptiques que nous avons encore sous la main. On a, au contraire, le droit tout naturel d'admettre que le visionnaire s’est” formé son monde de représentations à la lecture des écrits sacrés de la Révélation, ou d’après le reste de la tradition eschatologique, et que ce monde de représentations l’a suivi dans sa vie de songes et de visions. Le songe... est tissu des expériences et des impressions de l’état de veille. Etce qui est vrai du songe, l'est aussi des visions » (Of. p. 13).

Mais, si les auteurs de certains apocryphes ont pu, à la rigueur, passer par des états extatiques, naturels et non divins, — ce que nous ne serions pas d’ailleurs aussi disposés que Bousset à attribuer à ces personnages « livresques », — à combien plus forte raison pouvons-nous croire que Jean a vécu en pleine expérience mystique! La caractère de profonde sincérité, l'émotion ardente et communicative qui remplit et soulève tout son livre, rend déjà fort invraisemblable qu'il n’y ait là qu’une sorte de travail de cabinet, destiné à donner artificiellement une forme plus dramatique aux réflexions et aux prévisions que lui inspirait l'Esprit. Mais il y a plus. Cet écrivain sublime, dont un croyant ne révoquera jamais les déclarations en doute, affirme catégoriquement dès les premières lignes qu'il s’est trouvé sous une influence surnaturelle sensible. Il a « vu », « entendu », un Ange lui a été envoyé (r, 1). Il fixe le lieu et le jour; c’est à Patmos, un dimanche, qu’il a été enlevé par l'esprit (ἐγενόμην ἐν πνεύματι, τ, 9). Il s’est senti ravi au ciel (1v). Il a une pleine conviction de donner la parole de Dieu elle-même, et de n'y avoir pas volontairement mêlé du sien. La preuve, c'est l’avertissement très fort qu'il donne aux lecteurs de son Apocalypse : « J’atteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : si quelqu'un y fait une addition, Dieu additionnera sur lui les fléaux décrits. Et si quelqu'un retranche (rien) aux paroles du livre..…., Dieu retranchera sa part de l'arbre de vie... » (xx, 18-19). Aurait-il pu parler de la sorte s’il s’était rendu compte qu’il ne faisait que spéculer, en inventant des allégories, sur quelques idées inspirées de Dieu ? Sa qualité de prophète, ou même d’Apôtre, — en admettant que ce fût Jean fils de Zébédée, — aurait-elle sufli à lui donner cette assurance? Saint Paul, qui se savait inspiré, et qui était pourtant sûr de lui, a soin de distinguer ce qu'il tient

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INTRODUCTION

de la révélation, commune ou personnelle, et les conclusions qu'il en tire par son propre jugement : « Aux gens mariés je prescris, non pas moi, mais le Seigneur...; quant aux autres, je leur dis, moi, mais non pas le Seigneur... » (1 Cor. vit, 10, 12). Le Prophète Jean se fût-il donc senti comme constructeur d’allégories, plus infaillible que Paul comme moraliste, plus sûrement dirigé par l'esprit divin? C'est que, alors, 1] savait bien n'avoir rien altéré, par un mélange humain, de toute sa Révélation. La forme qu'il lui donnait était absolument garantie à ses yeux de prophète; comment l'expliquer mieux que par la conscience qu'il avait de communiquer aux églises non pas simplement le résultat d'un travail dirigé par un sourd instinct prophétique, mais le souvenir d’illuminations fulgurantes, indubitables, qui avaient dévoilé à sa vue le monde des mystères surhumains ?

Et cependant, son livre se présente sous une forme telle, qu'on y découvre un travail inténse de réflexion. Nous avons vu combien les parties en sont solidement liées. Il n'y a, à vrai dire, qu'une seule vision, un drame aux actes successifs, au moins depuis le chapitre 1v jusqu’à la fin. Le même décor céleste, avec ses chœurs périodiques, s'étale toujours au-dessus du flux des visions changeantes ; puis, aux derniers chapitres, il se fond avec la terre ou plutôt il l’absorbe en lui. L'unité vaut celle d’une tragédie grecque. Tout ce qui change et se développe suit les courbes d’un rythme très savant, très raffiné, s’il est bien celui que nous avons cru découvrir : ces trois moments, ces septénaires, cet épanouissement de l’idée, à des instants périodiques, en double fleur d’antithèse, tout cela révèle un travail artistique fort conscient, bien qu'encore imparfait. Est-il compatible avec le caractère de visions surnaturelles qui arrachent l'âme à elle-même, et se déroulent devant l'intelligence passive, qui ne peut les diriger, et a même de la peine à les saisir dans leur ampleur ?

Il serait téméraire à un critique de préjuger des opérations de Dieu dans l’esprit de ses saints, et de leur assigner à priori telle ou telle forme. N'avons-nous pas, parmi les révélations que l'Église traite avec honneur, le Dialogue de sainte Catherine de Sienne, qui, d’après l'affirmation de témoins sûrs, aurait été dicté par la. sainte en plein état d’extase? Il fait pourtant un livre très cohérent. Il est vrai toutefois que les visions divines, telles que nous les décrivent ceux qui en ont été favorisés, ne se déroulent pas généralement ainsi. Même quand elles sont « imaginatives », usant de couleurs et de sons, elles sont simples et d'ordinaire durent peu; mais elles laissent une impression très profonde, qui se pro= longe longtemps, et le peu de traits qui les constituent est d’une virtualité de signification si étendue, qu'il est difficile de les rendre par des mots humains. Plus elles ont été hautes, plus les traces qu’elles laisseront dans la mémoire sensible seront confuses, quoique indélébiles. Aussi, quand le Voyant voudra les décrire, surtout s'il laisse un certain temps s’écouler depuis leur apparition, il sera obligé de se livrer à un travail humain (humain au moins, dans son mode, car 1] peut être dirigé lui aussi par le charisme de l'inspiration) ; comme écrivain, le Prophète dont les visions se sont évanouies, devra chercher, parmi les images pour lesquelles il possède des paroles, celles qui se rapprocheront le plus de ce qui lui ἃ été montré quand il était sous l’action de l'Esprit révélateur; en sorte que l'expression parlée ou écrite d’une vision d’extase sera une transposition, une traduction dans une langue dont sa mémoire claire lui fournira les termes. Souvent ces termes seront insuffisants pour rendre adéquatement des impres-

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sions indicibles: il faudra donc les multiplier pour égaler autant que possible la

virtualité des images de la vision; et l'écrivain mystique n'arrivera pas toujours à se satisfaire, il se rendra compte qu'il ne donne que des reflets, des approximations de quelque chose d'indescriptible ou d’ineffable; il dira : « C'était à peu près comme ceci : ὡς », cette particule dont les Apocalyptiques font un si grand usage.

S'il s’agit de visions, non plus « imaginatives », mais « intellectuelles » la difficulté sera encore bien plus grande à les rendre en mots humains. Or, la vision purement intellectuelle, d’après saint Thomas, est la plus haute et la plus parfaite de toutes (II-I[*, cLxxiv, 2). Les sens et l'imagination n'y exercent que le rôle nécessaire qu'ils ont dans toutes les pensées humaines, sans que Dieu ait imprimé directement d'images nouvelles dans l’esprit du prophète (id., ad 4°*). L'illumination divine a bien pu ne mettre en jeu que des images qui peuplaient déjà la mémoire; et cela même aussi dans les visions proprement « imaginatives ». Ce qui sera surnaturel, alors, ce ne sera pas la présence de ces images dans l'esprit, mais la disposition, l’ordre dans lequel elles se dérouleront de façon à représenter des vérités dépassant la portée naturelle de l’intellect humain (cczxxur, 2, ad 2", ad 3%). C’est d’ailleurs chose indifférente à la prophétie, en soi, que les apparences ou les images sensibles sous lesquelles l'idée prophétique s’exprimera; comme le dit la G/ossa sur Amos : « Il est naturel que ceux qui veulent comparer un objet à un autre cherchent leurs comparaisons parmi les objets dont ils ont l'expérience, et au milieu desquels ils ont été élevés; par

exemple, des marins compareront leurs ennemis aux tempêtes, la perte au nau-

frage ; c’est ainsi qu'Amos, qui fut berger, assimile la crainte inspirée par Dieu au rugissement du lion » (cLxx11, 3).

Si l'esprit humain travaille ainsi suivant ses lois naturelles pour fournir une expression à la révélation prophétique ordinaire, il en peut encore être de même lorsque l’illumination a pris la forme d’une vision, soit d’une vision intellectuelle, usant d’un minimum de «phantasmes », trop inadéquats à l’idée pour en exprimer la richesse, soit même d’une vision « imaginative » trop haute ou trop abstraite pour que les simples mots du langage habituel qui y correspondent de loin puissent dire ce qu’elle était vraiment. On peut appliquer à certaines révélations, même sensibles, et toute proportion gardée, ce que le Docteur Angélique dit à propos du « rapt » de saint Paul, qui se souvenait d'y avoir entendu « des paroles indicibles, dont il n’est pas permis à l’homme de parler » (11 Cor. xix, 4) « Memor fuit illorum, quae in illa visione cognoverat, per aliquas species intelligibiles habitualiter ex hoc in ejus intellectu relictas; ... unde nec totam illam cognitionem aut cogitare poterat, aut verbis exprimere » (cLxxv, 4, ad 855), En d’autres termes, certaines visions d’un caractère très-transcendant se sont profondément gravées dans l'esprit; mais elles le débordent. Elles ont éveillé de profondes résonnances dans la masse des idées et des images qui y étaient accumulées déjà; mais l'esprit, quand il entend s’y reporter et les revivre, ne les saisit plus que dans ces résonnances accessoires, et celles-ci seulement sont capables de recevoir une expression verbale. |

Je ne prétends pas expliquer à fond, avec ces considérations, le mécanisme divin des visions Johanniques, ni leur rapport exact avec les descriptions que le Prophète nous en a laissées. Que des théologiens et des psychologues plus auto-

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risés tranchent la question — si elle peut être tranchée. Mais les principes cidessus m'autorisent au moins à suggérer quelques hypothèses de nature à éclairer la question que nous nous sommes posée.

Les visions de Jean étaient-elles intellectuelles ou « imaginaires », au sens | théologique du mot? C'est ce que nous ne saurions dire avec certitude. Il est | assez vraisemblable qu'il en ait éprouvé des deux sortes. Le caractère intellec- 3 tuel que nous avons constaté chez lui, la transcendance de ses vues, et jusqu’à | la négligence qu'on relève par-ci par-là dans l'emploi des symboles, la difficulté à en donner parlois une représentation plastique, nous porteraient à supposer qu ‘elles ont été surtout intellectuelles, sans l'être exclusivement. En tout cas, il n'a pas voulu — ou peut-être pas pu — dire tout ce qui lui avait été révélé; tel est le sens de l'interdiction d'écrire ce qu’avaient dit « les 7 tonnerres » (x, 4). Sans doute ces idées étaient-elles trop hautes, et ces images elles-mêmes trop épurées, dans leur simplicité et leur virtualité immense, pour se trouver des moyens d'expression entièrement suffisants dans le langage humain. Mais elles avaient éveillé en lui la mémoire de visions pareilles qu'il avait lues dans les Prophètes; certains traits, certaines paroles semblables avaient pu impressionner, dans l’extase, ses yeux, ses oreilles ou ses sens intérieurs. Par association d'idées, elles avaient déclanché le souvenir de toute l'imagerie apocalyptique qu'il possédait dans sa mémoire. Cet éveil, dans certains cas, pouvait précéder la vision, d’autres fois l'accompagner et lui fournir des phantasmes où il lisait l'idée divine, d’autres fois la suivre. En tout cas, quand il a voulu transmettre aux autres ce quil avait vu, il lui était naturel, les limites du discours humain s’opposant à ce qu'il fit mieux, de se servir du style et des images devenus familiers dans son milieu pour ce genre de communications. Alors il a pu faire un travail humain de mémoire, d'imagination, de combinaison, de style. Ce travail était d’ailleurs dirigé par l'inspiration divine; mais il ne fournissait parfois que des équivalences approximatives, et c'est pour cela que l’auteur, qui en avait conscience, use si volontiers de la particule ὥς, qui pourrait çà et là se traduire : « à

peu près comme ».

En un mot, nous ne devons pas hésiter à croire, avec tous les Pères et les anciens commentateurs, que Jean répète uniquement — mais en l'appropriant par endroits, en le traduisant dans un langage dont il n'était pas le créateur — ce qui lui a été montré dans de réelles et divines extases. Parler d'un simple « instinct prophétique », si surnaturel et si conscient qu'il fût, ne semble pas répondre aux exigences de ses affirmations, ni à l'impression invincible de « chose vue » que produit sa lecture.

Seulement nous pouvons nous demander encore sur quels points le travail humain de son esprit d'écrivain a principalement porté.

Sera-t-on obligé de-croire que Jean a vu se dérouler toutes ces scènes au cours d’une seule ample vision, comme la structure du livre, et les fils qui en unissent les parties, semblent l'indiquer au premier abord?

Nous ne le pensons point. Sans doute rien n’est impossible à l’action divine.

Surtout si la vision était intellectuelle, Jean aurait pu y voir, même en un clin d'œil, la substance de toutes ces révélations qui prennent tant de temps à imaginer l’une après l'autre, et à revêtir d'une expression verbale. Ce ‘qui lui fut montré pouvait être, AE sa riche mais simple transcendance, beaucoup moins

compliqué comme représentation que la traduction qu'il a fallu en donner en

images et en mots humains. Pourtant, il est aussi fort possible, et vraisemblable selon nous, que Jean, pour intégrer la connaissance surnaturelle qui lui fut donnée à Patmos, au jour du Seigneur, ait fait appel à d’autres visions qu'il avait eues en des temps divers, peut-être anciens, et dont chacune prise à part lui parut devoir bien rendre un aspect ou une partie des vérités qu'il avait perçues en cette grande circonstance. Il est possible aussi qu'il ait eu plusieurs visions successives, dans son exil de Patmos, après l'apparition du « Fils d'Homme ». Séparées peut-être par des intervalles plus ou moins longs, et sans continuité psychologique, elles demeuraient en continuité objective, chacune projetant une lumière nouvelle sur les précédentes. Enfin rien n'empêche non plus d'admettre que Jean, au lieu de créer toujours ses expressions figurées, se soit servi de temps à autre de fragments d’apocalypses écrites par d’autres, et non inspirées, qu’il jugeait aptes, en en modifiant le sens par le contexte où il les introduisait, à bien rendre ce qu'il avait vu et entendu lui-même. Nous touçchons ici à la question des « Sources ».

Tous ces éléments, personnels ou empruntés — empruntés seulement dans leur forme matérielle, non dans leur idée — il les aurait, par un travail de réflexion et de style, juxtaposés et combinés. Afin d'en constituer un tout répondant bien à l'ampleur de sa vision, il eût créé ces cadres, ces correspondances, ces jeux de succession, d'emboîtement et d’antithèse, qui font de l’Apocalypse un livre si calculé et si réfléchi, disons le mot, si artistique, en dépit de sa spontanéité ardente, de ses négligences, et de son défaut fréquent d'harmo-" nisation plastique. Cela montre deux choses : d’abord, que l'auteur a été plus dirigé par le souci de l’idée que par celui de la description; ensuite, qu'il n’a pas songé à effacer complètement la trace des origines variées de ses diverses scènes, tout en les appropriant soigneusement aux circonstances actuelles, et au but qu'il poursuivait pour l'instruction des églises d'Asie, pendant son exil à Patmos.

Grotius (voir ci-dessus, chapitre précédent) fut le premier à exprimer cette idée que les visions de Jean, à l’origine, et avant d’être écrites ensemble, ne formaient pas un tout continu. Il voulut préciser, et reconnaître à leur imagerie que les unes dataient du règne de Claude, d’autres de la guerre juive, ou du règne de Vespasien, ou de Domitien. Ces déterminations étaient poussées trop loin, et reposent en partie sur des erreurs d'exégèse, ou sur une fausse date assignée à l'exil de Patmos (vide infra, chap. xm1). Nous croyons pourtant qu'il avait vu juste on principe. Schleïermacher a remis cette théorie en honneur, mais il est allé trop loin, car il ne reconnaît aucun lien entre les visions (Ærn/.

ben d. N. T., 1845), |

Pour ce qui est des « sources », nous en admettons bien théoriquement, et

. sous les réserves indiquées ci-dessus, la possibilité. Nous réservons au com= mentaire la discussion des principaux passages que les critiques considèrent comme empruntés à des écrits antérieurs. Disons seulement ici qu'il est impos-

….sible de démontrer apodictiquement aucun de ces emprunts. Nous ne sommes

ΠΟ pour notre part nullement convaincus que les chapitres vir, 1-8, ni χι, 1-13,

… et encore bien moins certains passages de ΧΧΙ.ΧΧΙΙ, OU XII-XIII et XVII-XVIII se

soient jamais trouvés rédigés dans des écrits antérieurs. Les arguments tirés

É on « su rune compatibilité d'é époques ou εν Las

ébaiue, α qui nous ἸΆΒΡῚΡΡ δος doutes sérieux. Aut total, nous nous jihec n droit d'affirmer qu'il n'y a pas dans tout le livre une péricope entière — sant peut-être celle-là — qui ait le caractère d’un bien emprunté, d’une san | ation de document antérieur. À preuve le grand nombre de mots, de tournures, οἱ de Lime da de l'auteur qui se retrouvent en de d'un bout : à 1

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