‹ L'ApollonideChapitre 18 sur 47 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La Reine Kréousa, fille d'aïeux anciens,

Setonne, non sans droit, de ma prompte fortune.

Vois, mon aspect déjà la trouble et l'importune.

Elle n'a point de fils, et, dans son cœur jaloux,

Certe, elle haïrait l'enfant de son époux.

Tu sais que de douleurs, d'actions inhumaines,

De forfaits imprévus sont sortis de ces haines.

Tu ne les préviendrais qu'en me sacrifiant;

Ou, moi-même, inquiet, furtif et défiant,

Plein de l'amer regret de l'enfance sereine,

Peut-être qu'à mon tour je haïrais la Reine.

Ah! laisse-moi plutôt jouir obscurément

Des humbles biens goûtés sans trouble et sans tourment.

XOUTHOS.

Mon fils, ne doute pas des bonnes Destinées.

Loin de flétrir la fleur de tes jeunes années,

La Reine, à qui les Dieux n'ont point donné d'enfants,

Te servira de mère. En vain tu t'en défends :

Tu céderas, mon fils, à ma plus chère envie

En siégeant sur mon thrône, au terme de ma vie.

IÔN.

Hélas ! Le noir essaim des soucis mécontents Vole, dit-on, autour des thrônes éclatants, Et l'imprécation de l'opprimé qui pleure

Épouvante les Rois dans leur riche demeure. Mais ici, chacun m'aime et me sourit; l'autel Y mêle ses parfums à la fraîcheur du ciel; On n'y dédaigne point mon obscure naissance; Je vis dans la lumière et dors dans l'innocence. Père, ces bois sacrés me pleureraient loin d'eux. N'emmène point ton fils, permets-lui d'être heureux.

XOUTHOS.

Il te faut obéir au Dieu que tu révères !

Un astre inattendu luit sur ton horizon.

Après les jeux, mon fils, viennent les temps sévères,

Et le fruit d'or mûrit après la floraison.

LE CHOEUR DES GUERRIERS

STROPH E

Prince ! le sceptre au poing, les tempes couronnées,

Tu jugeras les têtes inclinées, Ou, debout sur le char aux lourds moyeux d'airain, Menant le tourbillon de la foule guerrière,

Tu pousseras à travers la poussière Le belliqueux quadrige impatient du frein.

Je n'ai jamais versé, fidèle aux saintes règles,

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