DEUXIÈME PARTIE
KREOUSA.
Qu'importe! Réponds-moi. Le doute me dévore. Dis-moi s'il est vivant.
PREMIER JUGE
Certe, il respire encore.
Loxias l'a gardé de son vil assassin, Et l'horrible liqueur n'a point brûlé son sein; Mais Némésis commande et veut une victime.
KREOUSA.
Je te rends grâce, ô Dieu, qui m'épargnes un crime ! Laissez là ce vieillard, il n'a fait qu'obéir, Et, si je n'étais Reine, il m'en faudrait punir. C'est moi, moi seule, hélas ! qui, dans ma noire envie, De l'Éphèbe innocent voulais trancher la vie ! Mais puisque Loxias nous a sauvés tous deux, Moi de ce crime et lui d'un destin malheureux, Puisqu'il respire encor, c'est bien !
PREMIER JUGE
Femme ! nous sommes Établis par les Dieux sur les Rois et les hommes. Viens ! L'Érinnys qui suit les meurtriers sanglants
f4 LAPOLLONIDE
Se rit des sceptres d'or et des fronts insolents ; Et, les déracinant de leur orgueil superbe, Elle les foule aux pieds comme la fange et l'herbe. Coupable, tu seras frappée, et tu mourras.
KREOUSA.
Mourir ! Et de vos mains ? Vous ne l'oseriez pas ! Le peuple d'Athèna, par la lance et l'épée, Renverserait Pythô d'un sang royal trempée, Et rien ne survivrait du Temple ni de vous, Insensés! Laissez là cet homme. Arrière, tous!
PREMIER JUGE
Suis-nous au Sanctuaire où siège la Justice.
KREOUSA.
N'approche pas! Je suis Reine!
PREMIER JUGE
Qu'on la saisisse !
KREOUSA.
Loxias! Loxias Apollon! Défends-moi!