TROISIÈME PARTIE
Intérieur du Temple de Pythô. Hautes murailles en hémicycle. Au fond, le Sanctuaire de Loxias. A la droite de la statue du Dieu, sur un bloc cubique de marbre blanc, le Trépied d'airain de la Pythonisse.
SCÈff^E T\EéMIÈl{E.
KRÉOUSA, LE CHOEUR DES FEMMES
KRÉOUSA.
Père ! qu'un Dieu terrible engloutit autrefois
Dans la terre béante et noire, tu le vois !
Ta fille misérable est vouée au supplice.
O Père ! se peut-il qu'un tel sort s'accomplisse !
Quoi! Je suis de ton sang illustre, et vais mourir,
Et le fer d'un esclave osera me flétrir,
j8 l'apollonide
Sans que l'Époux royal et la Patrie Attique
Me puissent préserver de la haine Pythique !
Je dors sans doute et rêve. Est-il bien vrai ? Mes yeux,
Femmes, sont-ils ouverts à la clarté des cieux?
Touchez mes belles mains, parlez! Si je sommeille,
Vos chères voix seront douces à mon oreille.
Éveillez-moi ! L'horreur du songe où je gémis
Fuira si je repose entre vos bras amis.
Mais, non, non! ce n'est point un vain songe; ma honte
Est certaine. Le flot inévitable monte ;
Rien ne peut m'arracher à cet embrassement
Mortel ! Je vais mourir ! O Daimôn inclément,
Qui me vois, malheureuse, à tes pieds abattue,
Toi qui m'aimas jadis, c'est ta main qui me tue!
Loxias Apollon, Dieu cruel, Roi du jour,
J'ai vécu de ta haine et meurs de ton amour !
PREMIÈRE FEMME