PREMIÈRE ANTI STROPHE
Le souffle amer des Destinées Disperse à l'horizon lointain Nos jours heureux, feuilles fanées Qui n'ont verdi qu'un seul matin.
Tout fuit, beauté, force, jeunesse !
Rien qui nous reste, ou qui renaisse ! Et, pareils aux flots écumeux Heurtés contre le dur rivage, Les tristes mortels, d'âge en âge, Gémissent et passent comme eux !
KRÉOUSA.
Oui ! j'ai voulu le mal, j'ai médité le crime,
Et, s'ils m'osent frapper, le coup est légitime; Mais qu'importe l'Hadès rempli d'ombre et d'effroi ? L'opprobre plus cruel que la mort est sur moi!
TROISIEME FEMME
ÉPÔDE.
L'expiation sainte, ainsi qu'une onde vive,
Purifiera tes chères mains; Elle ne permet pas que l'opprobre survive
Aux vaines erreurs des humains. Ne désespère point, hausse la tête et l'âme,
Souviens-toi du sang des aïeux; Et, s'il te faut mourir, meurs noblement, ô femme,
En face de l'homme et des Dieux!
D EUXIÊME STROPHE.
O Désir de ma vie amère, Longtemps pleuré, si tôt flétri, Tu n'auras point connu ta mère, Ses yeux ne t'auront point souri !
Dans la Prairie aux fleurs funèbres, Où les Morts hantent les ténèbres, Si je t'apparaissais demain, Tu fuirais mon ombre étrangère,