‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 28 sur 81 · MARIAGE A LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

MARIAGE A LA CAMPAGNE

Car, pour se marier à la campagne (voilà la réponse au troisième argument de l’accusation) (c. 88), Pudentilla avait ses raisons, des raisons de ménagère qui sait le prix des choses. Une fête de famille, mariage ou autre, célébrée à la ville, n'allait pas sans gros frais. Pudentilla s’en était aperçue : à eux seuls, le mariage de Pontianus et la prise de toge de Pudens lui avaient coûté pour cinquante mille sesterces de distributions au peuple. C’est pour éviter ces dépenses, ainsi que les dîners, réceptions et autres corvées d'usage, qu’on avait célébré le mariage à la campagne.

D'ailleurs, est-il besoin de donner des raisons pour une chose aussi simple, et comprend-on qu’on vous en fasse un grief ? Pourquoi cette soudaine hostilité contre la campagne chez un homme qui y passe sa vie? Aucun article de la loi Julia n'interdit de se marier aux champs; bien plus : les enfants y viennent sous de bien plus heureux auspices. Apulée trouve donc, dans cette union loin de la ville, la preuve de la ferme raison de Pudentilla, et l’occasion de placer un couplet d’idylle: il n’a négligé qu’une chose, c’est de répondre à l’objection de ses adversaires, qui lui reprochaient évidemment non de s'être marié à la campagne, mais d’avoir voulu éviter une publicité gênante, et d’avoir éloigné sa femme pour mieux la dominer. Il savait bien que c'était ainsi qu’on l’entendait, et plus tard, quand il écrira le conte de Psyché, peut-être est-ce en songeant à sa propre histoire qu'il fera dire à Vénus : « Le mariage est nul : il a été consommé dans une campagne, impares nuptiae et praeterea in uilla sine testibus et patre non consentiente factae legitimae non possunt uideri.! »

Il n’en reste pas moins qu'Apulée et Pudentilla avaient, après tout, de bonnes raisons pour vouloir se soustraire aux obses-

1 Met. VI, 9. Cf. Sen. Contr. MIIL,:6, 2.VII,/6, 12.

sions et aux commentaires d’un entourage dont ils ne connaissaient que trop bien les dispositions. Ce n’est pas seulement par raillerie et en manière de plaisanterie qu'Apulée dit à Emilianus : « Oui, voilà pourquoi elle a été à la campagne : pour éviter une dépense — et aussi pour éviter de diner en ta compagnie, (ne esset) tecum aut apud te cenandum. » (88,

On prétendait encore que Pudentilla avait à ce moment soixante ans. (était dire qu'Apulée n’avait épousé que par intérêt une femme qui aurait pu être sa mère, et d'autre part, que, dans cette union mal assortie, la raison, pour Pudentilla, avait eu moins de part qu’un dévergondage, inexplicable sans l’intervention de quelque influence magique t. Apulée avait déjà répondu à cet argument en faisant remarquer qu'au contraire, un homme jeune et d’agréable figure était en droit de compter sur ses seuls avantages personnels, et avait moins besoin qu'aucun autre de recourir à la magie?. Mais il peut se dispenser de discuter : l’assertion est fausse. Pièces en mains, il prouve par l’acte de naissance de sa femme qu’elle n’est âgée que d’une quarantaine d’années. (c. 89.)

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