‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 46 sur 81 · FAVORINUS · texte numérisé non relu

FAVORINUS

Y aurait-il donc un jugement prononcé? Car il arrive qu’on intente des poursuites à des statues. C’est ce que firent entre autres les Syracusains dans des circonstances qu’il faut rapporter, «0» dà vooror ovx oxrow érxeufaæloueros dujyjoac dar. » (20, sq):

Sans doute, ce désordre est calculé : Favorinus s’ingénie à rattacher à son sujet, d’une façon qui paraisse naturelle, tout ce qui est propre à flatter l’amour-proprè des Corinthiens; mais c’est aussi, la suite le montre bien, l'effet de certaines habitudes prises.

Dans la seconde partie de son discours (22 ss.), Favorinus institue un plaidoyer en faveur de sa statue. D'abord, la décision par laquelle on lui a accordé cet honneur était justifiée. Et aussitôt, voici l’inévitable anecdote. De joie d’avoir entendu un ambassadeur lucanien s'exprimer en dorien, les Syracusains lui élevèrent une statue, et ils eu furent approuvés de toutes les cités grecques d’Italie. Combien plus à un Gallo-romain hellénisé, et devenu complètement grec par toute sa culture. Aussi, la statue qu’on a eu raison d’élever, est-ce à tort qu’on l’a fait disparaître.

La péroraison enfin présente encore quelques traits caractéristiques. En terminant, l’orateur déclare qu’il sait bien que les statues ne sont pas éternelles. Habent sua fata sigilla. Et de même que dans les consolations on évoquait le souvenir de grandes infortunes, Favorinus énumère des statues qui eurent le plus triste sort, en choisissant de préférence des exemples peu connus : on est savant ou on ne l’est pas.

Jusque-là, tout ce développement est un prétexte à anecdotes. La fin, par contre (43 ss.), a une couleur philosophique assez singulière. Notre corps, continue l’orateur, est pour nous un étranger. Cambyse se conduisit comme un fou le jour où il frappa de verges le corps d’Amasis (ou plutôt celui que les prétres lui firent passer pour tel). Il peut frapper : ce corps qu'il tient, ce n’est pas Amasis, ce ne serait pas Amasis si ce corps était le sien. Amasis, il est ailleurs, il vit, il respire, il est conscient. Et c’est aussi ce que signifient ces mots d’une épigramme connue : « Tu peux moudre le sac qui ren-

ferme Anaxarque ; ce n’est pas Anaxarque que tu mouds !, »

Ce lieu commun philosophique, Favorinus en fait une application assez imprévue à sa statue. Quoi, dit-il, le corps n’est qu'un vêtement dont le sort ne nous touche en rien, et nous nous affligerions de voir fondre une image de bronze? Et s'adressant à la sienne, il lui fait et il se fait à lui-même des promesses d’immortälité. Ce mouvement oratoire d'inspiration philosophique, mais d’une philosophie vague, fuyante, faite de mots plus que d’idées, ne rappelle pas moins Apulée que la première partie du discours.

Il ya donc en Grèce, à peu près à l’époque où vit Apulée, des orateurs dont, en dépit de certaines différences, on a le droit de le rapprocher. C’est de leur exemple qu'il semble s'être inspiré. On serait même tenté de croire qu'il en est un, Favorinus, qu'il a pris pour modèle. Et l’on dirait qu’à cet égard comme à d’autres, il a voulu être une sorte d’intermédiaire entre la culture grecque et la culture latine.

Aussi n'est-ce pas sans raison que, pour le caractériser d’un mot, on l’a appelé un sophiste latin ?.

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