‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 45 sur 81 · FAVORINUS · texte numérisé non relu

FAVORINUS

au talent oratoire une culture variée et des études philosophiques. |

Mais de tous les orateurs grecs de cette époque, celui qu’Apulée rappelle le plus, c’est sans contredit Favorinus d’Arles 1. Comme Apulée, Favorinus s'intéresse à tout ; comme lui, il est épris de philosophie (mais, à la différence d’Apulée, il est sceptique) ; il a le même genre de vanité, le même besoin de frapper l’attention par quelque chose d’extraordinaire: il aimait à relever ce que sa destinée avait de paradoxal ?. Mais surtout, dans la forme et dans le fond, tant par les procédés de développement que par la matière, son éloquence présente avec celle d’Apulée les ressemblances les plus frappantes #. C’est la même indiscipline, la même mobilité capricieuse à sauter d’une anecdote à une autre, le même souci de ne rien laisser perdre de ce qu’il sait.

Il nous est en effet parvenu un de ses discours 4. La tradition l’attribue à Dion Chrysostome, mais tout le monde s’accorde aujourd’hui à en reconnaître la paternité à Favorinus 5. La circonstance où il fut prononcé fait, elle aussi, songer à Apulée. Mais l’aventure est plus piquante. Apulée vient remercier ses concitoyens d’une statue qui n'existe pas encore, pour être plus sûr de ne pas la voir lui échapper. Favorinus, lui, avait été honoré d’une statue par les habitants de Corinthe ; mais comme il avait dans la suite, pour des raisons mal établies, encouru le déplaisir d'Hadrien, prudemment les Corinthiens l’avaient sup-

1 Je rappelle que nous avons surtout en vue Apulée orateur et conférencier, S'il s'agissait du caractère, il serait plus naturel encore de songer à Aelius Aristide. Cf. Lafaye, Divin. d'Alex. p. 83.

2 «° Qs rapoèoËa eneypnoppôs r® éaurod Blw tpia tadra' l'akdrns Dv EAAnviberv (ef. [Dio Prus.] XXXVII, 26), edvobyos y poryetas xpivesdat, Bastkeï diavépeodo ai Cv. > (Philostr. V. #.1, 8, p. 206; p. 9 Kayser).

3 CF, Kunstprosa,"p. 423.

# [Dio Prus.] XXXVII (T. I p. 17 ss. A.)

5 Cette opinion a été soutenue d’abord, mais d’une façon moins affirmative, par Emperius, De Oratione Corinthiaca falso Dioni Chrys. ascripta (Brunsv. 1832) (Opuscula, ed. Schneidewin, Goett. 1847). V. maintenant: Maass, De biogr. graecis (Philol. Untersuchungen, UT, 1880) p. 133 ss. Arnim (Dionis Pr. quae exstant, t. I, p. I). Norden, Æunstprosa, p. 422 sq. Colardeau, De Fauorino, p. 22 ss.

primée pour faire leur cour à l’empereur. C’est de cela que Favorinus vient se plaindre. Entre lui et les Corinthiens, dit-il pour commencer, c’est une amitié qui remonte à dix ans. Corinthe l’a adopté plus complètement qu’elle n’avait fait Arion de Méthymne, à qui cependant elle n’a pas élevé de statue. Et puisqu'il a nommé Arion, Favorinus ne se privera pas de rappeler que c’est lui qui introduisit le dithyrambe à Corinthe au temps de Périandre le sage, et de conter l’aventure bien connue d’Arion sauvé par un dauphin. Périandre fait penser à Solon, qui, sous ce prince, vint à Corinthe pour se soustraire à la tyrannie de Pisistrate. Car Pisistrate était un régaærvos, tandis que Périandre exerçait une royauté légitime, « 6» où nèv “Ellmvec tÜgavvor éxéhovr, ot dà Jeoù Baorléæ. » (5). Voilà un nouveau développement : la royauté de Périandre et sa sagesse; car Périandre est le seul tyran qui ait mérité le nom de sage. Je passe les exemples. ‘

C’est donc vers ce sage tyran que vint Solon le sage. Et cependant Solon non plus n’a pas eu sa statue, ni Hérodote, qui vint lire aux Corinthiens les parties de son œuvre qui leur étaient consacrées.

Celui qui parle est plus heureux. A peine a-t-il fait deux séjours à Corinthe: on a tout tenté pour le retenir, et n’y pouvant réussir, On à mis son portrait à des places d'honneur.

Mais en vérité, il se demande s’il n’a pas été le jouet d'un songe (9. 10) : de la statue il ne reste plus trace. Comment donc cette statue a-t-elle quitté cette ville? cette ville pour laquelle (preuve évidente de sa supériorité sur toutes les autres) rivalisèrent Poseidon et Hêlios. C’est l’occasion ou jamais de raconter les origines mythiques de Corinthe, en y rattachant l’établissement des jeux isthmiques. Et l’on ne saurait parler des jeux sans mentionner les demi-dieux et les héros qui y prirent part.

Mais qui donc, répète Favorinus, revenant à son propos, a pu décider les Corinthiens à exiler cette statue ? Pas leurs ancétres à coup sûr, défenseurs inlassables de la justice et de la liberté (et 1l rappelle longuement le glorieux rôle historique de Corinthe).

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