‹ L'Apologie d'ApuléeChapitre 52 sur 81 · VALEUR DES TRAITÉS PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

VALEUR DES TRAITÉS PHILOSOPHIQUES

Pour commencer, écartons le traité du Monde. Non parce que de bons juges en ont contesté, à tort d’ailleurs, selon nous, l'authenticité. Mais quand bien même cette authenticité serait prouvée et reconnue, qu'est-ce que le de Mundo ? Une adaptation latine d’un original longtemps attribué à Aristote (xegi x6ouov), et qui est bien, dans son fond, avec un certain nombre d’éléments étrangers, d'inspiration péripatéticienne. Si Apulée s’était proposé de transmettre en disciple Penseignement d’un maître, la question se présenterait sous un autre jour : il y aurait lieu de se demander alors comment le platonicien qu’il prétend être concilie avec tant de souplesse et peut-être d’inconscience, des opinions d’origine différente et souvent contradictoires entre elles. Ce n’est pas, à la vérité, que le platonisme d’Apulée ne soit, en effet, assez éclectique. Mais vouloir en tirer la preuve du de Mundo serait se méprendre sur le vrai caractère de ce traité, œuvre impersonnelle, travail de traduction et de rédaction, dont l'auteur n’entend pas donner les idées pour siennes. (est ce qu’on voit mieux encore en le rapprochant d’un autre opuscule philosophique d’Apulée, de Platone et etus dogmate.

Quand on lit cette sorte de catéchisme platonicien, résumé

scolaire dont la sécheresse n’exclut pas toujours lobscurité ni la confusion, et qui ressemble aux dialogues de Platon «comme un bâton qu'on rapporterait pour donner Pidée d’un arbre épanoui ! », on a peine à concevoir qu'il soit du même auteur que les Mélamorphoses, les Florides où même le discours sur le démon de Socrate. C’est qu’en effet, Apulée y a mis si peu de lui-même que c’est à peine s’il a fait œuvre d’écrivain. Quel était donc son but en le composant?

Dans une étude encore récente?, Th. Sinko a mis en lumière de nombreuses analogies entre le traité d’Apulée et louvrage grec intitulé 46yos didaoxalixôs vov Hldrwvos doynérwy, qu'on a longtemps attribué à Alkinoos, et qui est, en réalité, du philosophe platonicien Albinus #%. Cet Albinus, dont Galien suivit les leçons à Smyrne en 1524, paraît avoir été disciple de Gaius5, qui enseignait la philosophie platonicienne à Athènes. Or il résulte de la comparaison consciencieuse à laquelle s’est livré Sinko que les deux traités, celui d’Apulée et celui d’AIbinus, remontent à une source commune. Cette source, ce seraient les leçons de Gaius, dont il circulait peut-être, comme il arrivait souvent, des rédactions, mais dont il est très possible aussi qu'Apulée ait été auditeur.

Le de Platone, de même que le de Mundo, est adressé à un nommé Faustinus, qu'Apulée appelle « Faustine fil? »; ce devait donc être un Jeune homme. Le de Mundo aurait été composé à un moment où Apulée et Faustinus se trouvaient à Athènes $, mais après le de Platone*. Sinko conclut que Faus-

1 Taine, Voyage en Italie, T. Il, p. 254 (Image appliquée, bien entendu, à tout autre chose).

2 De Apulei et Albini doctrinae Platonicae adumbratione. (Cracovie, 1905).

3 Cet opuscule figure dans l’Appendixæ Platonica (Platonis dialogi ed. C. F. Hermann t. VI) p. 152 (8) ss., sous ce titre : Alxvoov dÜaczaltxos Toy Iarwvos-doy- LATUv. Pour l'attribution à Albinus, Sinko renvoie à Freudenthal, Der Platoniler A lbinos u. der falsche Alkinoos (Hellenist. Studien, H. 3, Berlin 1879).

4 Galen. De propr.. libr, XIX, 16 K. (Scripta minora, I, p.97 Mueller).

5 Sinko, p. 1 n.3. ET

6 id. p. 42 sq.

T De Plat. WU, 1. De Mundo, init.

8 Cf. de Mundo 32,361 : « Phidian illum ..….uide ipse in clipeo Mineruae, quae arcibus Atheniensibus praesidet, oris similitudinem colligasse, etc, »

9 Sinko p. 44 ss.

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