‹ L'apostolat de la priereChapitre 47 sur 84 · J i. .\po-roi \t · texte numérisé non relu

J i. .\po-roi \t

unique de ce bien. L'Apostolat de la Prière est donc toujours l'accomplissement indispensable, et le plus souvent, le seul accomplissement possible, du précepte qui, selon saint Paul, renferme la plénitude de la loi (I), du grand précepte de la charité. Cet Apostolat entre donc aussi certainement dans les pensées de Dieu que le devoir d'aimer tous les hommes. Nous ne pouvons négliger entièrement cet Apostolat sans nous mettre en opposition manifeste avec Dieu, et nous sommes sûrs de lui être d'autant plus agréables que notre prière sera plus apostolique. Ce n'est pas un conseil ni une œuvre de pure subrogation, ce n'est pas non plus un devoir accessoire : c'est la condition essentielle de la vie de chaque chrétien, comme de la vie de l'Eglise entière; c'est, par conséquent, un devoir strict, mais aussi le plus facile et le plus doux des devoirs. C'est l'amour du bien dans toute son étendue, c'est la prière vraiment catholique, c'est l'accomplissement du précepte de l'Apôtre qui nous ordonne de reproduire en nous-mêmes les sentiments du Sauveur (2). C'est encore l'exécution de cette parole du divin Maître: « De même que » mon Père m'a envoyé enmecommuniquantsavie, » et que je ne vis plus que pour mon Père, ainsi » celui qui se nourrit de moi et qui reçoit par là » même la communication de ma vie, ne doit plus

(1) Rom. xin, 10.

(2) Hoc sentite in vobis quod et in Chrïsto Jesu. Piiil. il, 5.

M 14 PftlÈM IW

» vivre que pour moi (1\* L'Apostolat de la Prière est donc simplement L'acquittement de la dette que nous contrat Ions chaque t'ois que nous recevons une infusion nouvelle de la vie de Jésus-Christ; c'esl l'union parfaite de notre cœur avec sou Coeur, la complète fusion de nos intérêts avec ses intérêts, de nos désirs avec ses désirs, il<' notre vie avec sa vie.

Cette œuvre n'est donc pas destinée à introduire une nouveauté dans L'Eglise; à Dieu ne plaise! L'Apostolat de la Prière est aussi ancien que L'Eglise elle-même. Il a été solennellement institué 1 traque le Sauveur a dit à ses Apôtres : «Je vous donne un » commandement nouveau, celui de vous aimer les » uns les autres comme je vous ai aimés (2). » Car ce divin Sauveur nous a aimés en priant pour le salut de tous les hommes et en s'offrant pour eux en sacriticc. Nous ne pouvons donc les aimer comme il les .i aimés, qu'en priant et en nous sacrifiant pour eux, c'est-à-dire en exerçant l'Apostolat de la Prière, et l'apostolat du sacriticc, qui en est le fruit naturel.

Cet Apostolat n'est pas seulement an< ien comme l'Eglise, il est encore lanûlierà tous 1 s vrais enfants de l'Eglise. Nous-inêmc-sj nous l'avons exercé dès

(1) Sicul misit me vivent Pater, rtego vivo propter P.ttrem: et qui manducatme, et ipse vivet propter me. Joan. vi, 58. (9) Joan. xim, 31.

tS4 L'APOSTOtAl

nos premières années. Le jour où notre mère nous apprit à joindre nos petites mains et à balbutier la prière du Sauveur: « Notre Père, qui êtes aux cieux, » que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive,

» que votre volonté soit faite sur la terre comme au » ciel, etc. » , ce jour-là, nous commençâmes à remplir la vocation apostolique que nous avions reçue dans notre baptême, et chaque fois que, depuis ce jour, nous avons récité cette prière, nous avons fait une œuvre apostolique.

Que resle-t-il donc à faire maintenant : Ëst-il besoin d'une Association nouvelle pour révéler aux chrétiens une puissance qu'ils ne sauraient méconnaître, sans oublier qu'ils sont chrétiens, et peur les exciter à accomplir un devoir qu'ils accomplissent chaque jour?

Ah ! nous n'aurions plus rien à faire sans doute, si l'homme n'était pas doué de l'étrange faculté de savoir comme s'il ne savait pas, et de rendre stériles, par le défaut d attention, les vérités les plus fécondes et les plus faciles à concevoir. 11 n'y aurait rien à faire si cet Apostolat de la Prière, que nous avons vu si clairement renfermé dans le dogme de notre incorporation à Jésus-Christ, base de toute la doctrine chrétienne, dans le précepte de la charité, fondement de toute la morale évangélique, et dans l'oraison dominicale, qui renferme en abrégé tout le culte, si cet Apostolat n'était pas pour le plus grand nombre des chrétiens, ce qu'était pour

nf \ s, rniKRF. 185

les Juifs l,i rédemption si clairement prédite par les prophètes, an mystère caché. Mais s'il en est malheureusement ainsi , si 1rs vérités que nous venons d'exposer, quoique déduites évidemment «1rs principes de notre foi, sont au moins oubliées par ira grand nombre; si la plupart des Ames justes négligent d'employer comme elles le devraient l'immense pouvoir qu'elles possèdent de rendre la \ ie&ux morts, oh ! alors, avouons-le, il reste beaucoup à taire. 11 reste à mettre en relief ce dogme <|ui jusqu'ici a été trop effacé; à (aire briller à tous 1rs yeus ce que plusieurs n'ont aperçu que confusément, à rappeler à Ions les chrétiens un de leurs plus beaux titres de noblesse, dont la plupart semblent ne pas soupçonner l'existence : à leur faire accomplir avec beaucoup plus de mérite et d' Fruit, un devoir qu'ils n'accomplissent le plus souvent que machinalement et sans en saisir la merveilleuse portée;

Sans doute, les chrétiens prient pour que tous les domines connaissent et sanctifient le nom de Dieu : ils demandent l'avènement de son règne et l'exécution de sa volonté, sur la terre comme au ciel; mais combien peu, en prononçant ces grandes paroles , en comprennent tout le sens ! Combien plus puissantes seraient ces prières dans leur bouche, si les vérités que nous venons de rappeler étaient plus présentes ta leur esprit? Combien plus efficacement ne contribueraient -ils pas à l'avènement du royaume de Dieu sur la terre, s'ils faisaient partie d'une Asso-

136 l'apostolal

dation qui leur rappelât toujours que, par chacune de leurs œuvres, par chacun des soupirs de leur cœur, ils peuvent hâter cet heureux avènement ; qui leur fournit des moyens faciles, pour donner à leurs actions les plus indifférentes cette vertu apostolique, et qui leur représentât fréquemment les motifs capables d'animer leur zèle et les grandes nécessités des âmes qu'ils sont appelés à secourir ! Tel est le but que se propose l'Association de l'Apostolat de la Prière.

Ce n'est pas une innovation qu'elle introduit dans l'Eglise ; c'est un renouvellement qu'elle doit provoquer. Les innovations répugnent à la nature de i*Eglise, société divinement constituée, et par conséquent essentiellement conservatrice ; le renouvellement, au contraire, est le but constant de ses efforts, parce qu'il est le grand besoin de notre nature toujours portée à déchoir. Gomme le Saint-Esprit dont elle est l'organe, l'Eglise tâche de mettre chaque jour dans une lumière plus vive les dogmes que le divin Maître a enseignés, et qui sont loin d'avoir reçu encore leur plein développement : elle nous les suggère au moment opportun (1), et elle nous apprend à trouver dans ce pain céleste, aussi ancien qu'ellemême, un goût toujours nouveau et la satisfaction de nos besoins sans cesse renaissants.

(1) Suggeret vobis ornnia quœcumque dixero voljis Joan. xi y, 26.

DE LA PMFnF. \r

i.c ^r.iiul besoin du siècle, 1 1< >n> le prouveront bientôt, c'est l'unité. Le monvemenl parti de Babel semble avoir atteint smi dernier terme, et devoir faire place à un mouvement contraire. Les peuples,

après s'être éloignés les uns des autres et avoir rempli la terre, paraissent sabir une sorte de reflux ; toutes leurs tendances les portent à se rapprocher, en même temps que la science hmr fournil des moyens de communication inconnus jusqu'à ce jour. N'est-ce pas le moment le plus opportun pour rappeler aux chrétiens le dogme de l'unité des hommes en Jésus-Christ, et pour les exciter à mettre en œuvre le pouvoir qu'ils ont de coopérer, par la pi ière, à rétablissement de cette unité, qui est tout à la fois le salut du monde et le but suprême de l'arènement du Fils de Dieu ? N'est-ce pas dans ce sens que le divin Esprit pousse les âmes les plus dociles à son action ? Ne leur fait-il pas éprouver des instincts de prosélytisme, qui jamais peut-être ne s'étaient manifestés au même degré parmi les simples laïques ? Ne voyons-nous pas tous les jours, et sur tous les points de l'Eglise, se produire de nouveaux indices de cette flamme de zèle qui brûle dans les cœurs vraiment chrétiens ?

C'est donc répondre, et aux invitations les plus manifestes delà Providence, et aux aspirations d'une infinité d'âmes, et aux besoins les plus presssants de l'Eglise et du monde, que de former une Association qui, sans imposer à ses membres des pratiques gè-

! »rO?TOI.AT PE I.A PRIFRE

nantes et incompatibles avec leurs autres devoirs , leur fournisse les moyens d'utiliser toutes les pratiques pieuses, et les œuvres même les plus indifférentes, pour le salut de leurs frères, le triomphe de l'Eplise et la régénération de la société.

Page 1