LAPO.STOI.AI
ses Apôtres, dans son discours après la Cène, « je » suis la vigne, et ^us êtes les sarments. De môme » que le sarment ne peut de lui-même porter au- » cun fruit, s'il ne demeure dans la vigne, ainsi en » est-il de vous, si vous ne demeurez en moi. De- > meurez donc en moi, et je demeurerai en yous ; » celui qui demeurera en moi et en qui je demeu- » rerai, portera beaucoup de fruit; mais sans moi » vous ne pouvez rien faire. Que si vous demeu- » rez en moi et moi en vous, vous demanderez » tout ce que vous voudrez , et cela vous sera ac- » cordé (1). »
Comprenons-nous maintenant la raison de l'efficacité infaillible de nos prières? Comment ne seraient elles pas efficaces, comment ne seraient-elles pas toue-puissantes, alors que ce sont des prières vraiment divines? De même que les paroles que prononce la bouche de l'homme, les regards que jettent ses yeux, sont des paroles, des regards intelligents, non qu'il ait de l'intelligence dans la bouche ou dans les yeux, mais parce que ces regards et ces paroles sont produits dans les organes corporels par une âme intelligente; de même, les soupirs
(1; Manete in me, et ego in vubis. Sicut palmes non potest ferre fructum a semHipso, nisi manserii in Mie, sic nec vos, nisi in memanserUis. Egu sum vitis, \os palmitesjqui manet in n.e, et ego in eo, hic feit fructum mullum; quia sine me niuit potesiis lacère.... Si manserili» in n,e, ei \erba mea in vobis manserint, quodeumque volueritis pelelis.et fiet vobis. Joan. xv, 4 et seq.
n F. LA rrm ni ] Kh
du cour chrétien, les demandes qae formulent
lèvres, sont choses vraiment divines, à musc du principe divin d'où elles émanent.
Si nous voulons avoir une juste idée de mitre .lignite de chrétiens, il faut la considérer connue une participation à l'incarnation du Fils de Dieu. Ce n'est pas, en effet, à un seul corps et à une seule ftme que le Fils de Dieu avait dessein de s'unir, en s'incarn ant dans le scinde la bienheureuse Vierge Marie, c'est à L'humanité tout entière et à chacun de ses membres. Oui, l'incarnation a eu pour luit de nous diviniser. Les saints Pérès n'hésitent pas à employer cette e\pn ssion, et ils en garantissent la justesse.
Sans doute, il ne devait y avoir qu'un seul corps et une seule Ame unis si intimement à la personne du Fils de Dieu, qu'ils lussent privés de leur personnalité propre pour se revêtir de la sienne; c'est le corps et L'Ame qui forment l'humanité sainte du Sauveur. Mais si Jésus-Christ possède seul substantiellement la plénitude de la divinité il), tous ceux qui lui sont unis par le saint baptême doivent participer à cette plénitude, chacun dans sa mesure (2) ; et c'est précisément dans ce pouvoir exclusif qu'il a de communiquer aux autres la vie surnaturelle, dont la to'.alité réside en lui, que consiste sa qualité
(1) In ipso inhabitatomnis plénitude» divinitatis rnrporaliter. COL. il. 9.
(2) De pleniludine ejus nosomnesaccepfmaâ, 't .xUi.iT. pro gralia. Joax. 1. 16.
lit L APOSTOLAT
de chef. Il vit donc dans Ions les chrétiens comme le chef vit dans tons 1rs infini rcs. 11 poursuit en eux la grande entreprise qu'il n'a fait qu'ébaucher durant son existence mortelle. Il enseigne par eux la même doctrine; il fait en eux dis œuvres toutes semblables à celles qu'il faisait jadis; il a même promis d'en faire de plus grandes (I). 11 subit les mêmes épreuves, il accomplit les mêmes destinées, il offre à son Père les mêmes prières. Encore une fois, comment s'étonner que ces prières soient infailliblement exaucées? Dieu le Père aurait- il donc cessé d'aimer son Fils, et de trouver son principal bonheur dans la communication qu'il lui fait de tous ses biens, et dans la gloire qu'il reçoit de lui, en échange de celle dont il le couronne? Pourrait-il être avare de ses dons envers les membres du corps de son Fils? Ne serait-il plus heureux de le glorifier et de se glorifier lui-même, par l'effusion de?es grâces et par la fécondité dont il se plaît à douer les branches du cep divin (?)?« Mon Père, disait le Sauveur, au mo- » ment d'opérer un éclatant miracle, je vous rends » grâces de ce que vous m'avez écouté: car je sais » bien que vous m'écoutez toujours. «Qui pourrait se peisuader qu'il perde cette filiale et divine assurance, lorsque, pour étendre la gloire de son Père,
(ljQui crédit in me, opéra qiia? ego facio et ipse faciet, et majora horum faciet, Joan. xiv, \z.
(2 In hoc clarificalus est Pater meus, ut fructum plurimum afteratis. Joan. xv. s.
r>E i.a rnonr. ll.r>
il lui pl.ïtt de faire des hommes 1rs instrumenta de œuvres et 1rs organes de ses prières? Ah! ne le pensons pas, mais plutôt efforçons-nous de remplir la condition que ce charitable Sauveur nous indique pour obtenir de son Père : demeurons en lui afin qu'il demeure en nous 1 1 \. Ne nous contentons pas ticiK> rien faire qui puisse le ebasserde notre cœur; n'agissons jamais, ne t' rmons jamais une prière Bans imiis Être unis à lui, sans avoir pris ses instructions et noua être assuré son concours. Alors nous pourrons demander tout ce (pic nous voudrons avec la plus grande confiance, et particulièrement ce que le divin Sauveur lui-même veut par-dessus tout: la conversion dos pécl eura, le salut du monde et le tri iinphc de l'Eglise; et cela nous sera accordé.
ARTICLE II
Les prières du clirôlif n sont produites en lui par l'Esprit-Saint.
Nous n'avons [tas encore tout dit sur ce consolant mystère de notre incorporation à Jésus-Christ. Nous ne connaissons cncoïc que bien imparfaitement le lien qui nous unit à lui, qui nous rend membres de son corps mystique, et en vertu duquel
(1) Si manseiil's, et verb.i mea in vobis manserint, quodctunqoe voluerilii p>teti< et fiel vobis. loin, iv, t.
nos actions sont ses actions , et nos prières ses prières.
Ce qui fait l'unité du corps humain, c'est l'âme. Les éléments matériels dont se compose chacun de nos membres, ces éléments qui naguère appartenaient à des corps étrangers, ne sont devenus parties intégrantes de notre corps, que lorsque notre aine s'en est emparée, en a fait ses organes, les a animés et leur a communiqué, par le moyen des nerfs, cette sensibilité et cette activité dont le cerveau est sans doute le dépositaire et l'instrument, mais dont l'âme seule est le principe. C'est donc l'âme qui unit les membres au chef; c'est elle qui maintient entre eux une communication constante; c'est elle qui, présente dans toutes les parties du corps , quoiqu'elle fasse sa principale résidence dans la tète, voit par les yeux, entend par les oreilles, agit par les mains, marche par les pieds, sent par tout le corps. Nous ne nions pas qu'elle n'ait pourorgane immédiat un certain fluide vital dont la science croit avoir constaté l'existence, et dont la fonction serait de transmettre les sensations et les mouvements des extrémités au centre, des membres au chef, et du chef aux membres; mais ce fluide luimême, cet esprit vital, comme l'appelaient les anciens, ne peut recevoir que de l'âme la force d'accomplir son œuvre. Le véritable esprit vital du corps humain, nous le répétons, c'est lame raisonnable.
Il faut nécessairement qu'il y ait quelque chose de
riF. la pniRnF. 1 1:
semblable dans le corps mystique de Jésus-Christ.
S'il n'y avait pas un lien intime <"t rivant qui nous unit à lui, qui maintint entre nous et lui une communication constante ; un nœud assez large pour embrasser toutes les Ames qui vivent dans la rie surnaturelle, au ciel, sur la terre et au purgatoire, et pourtant assez étroit pour que chacune de ces âmes soit immédiatement unie à son chef; s'il n'y avait pas un esprit vital assez rapide dans sa transmission et assez énergique dans son action, pour que les pensées, les sentiments et les volontés du Sauveur pussent être instantanément reproduits dans ses membres, même les plus éloignés, ce ne serait que par une métaphore bien inexacte que l'Eglise pourrait ôtre appelée son corps mystique.
Mais si un pareil lien existe ; s'il y a un esprit vivifiant qui, résidant dans la personne de Jésus- Christ, comme dans son siège principal, fasse passer en nous, par un mouvement non interrompu, tous les sentiments de Jésus- Christ, comme il fait ressentir à Jésus-Christ lui-même tout ce qui nous louche; qui nous fasse voir par sa lumière, agir par sa force, en \m mot, vivre de sa vie ; comment pourrons-nous douter que nous ne soyons ses membres, dans un sens aussi vrai que nos mains et nos pieds sont les membres de notre corps? Comment pourrons-nous douter par conséquent que nos œuvres et nos prières ne soient des œuvres et des prières divines9
Or, rien de plus clairement et de plus fortement affirmé dans l'Ecriture, que cette présence réelle de l'Esprit de Jésus-Christ dans chacun des chrétiens qui si >nt en état de grâce. Si nous voulions mettre cette doctrine dans tout son jour, il faudrait transcrire des pages entières, soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament; il faudrait surtout rapporter dans leur intégrité les épîtres de saint Paul ; car c'est sur eu dogme qu'est hasée toute la suhlime théologie du grand Apôtre. Rappelons un seul point de cette doctrine qui pei mette d'en apercevoir l'enchaînement.
Quels sont les deux hommes dont saint Paul constate l'existence dans chaque chrétien (1) ? L'homme ancien, le vieil homme, c'est l'homme de la nature ; c'est l'âme en tant que douée seulement d'une vie raisonnahle, trop souvent, hélas! étouffée par les convoitises de la chair. Mais l'homme ncuveau, quel est-il ? C'est l'homme de la grâce, c'est-à-dire l'âme en tant qu'animée de l'Esprit de Jésus-Christ, qui lui donne une vie divine, de même que l'âme, ens'unissant au corps, lui donne une vie raisonnahle. L'Esprit de Jésus-Christ est donc présent, selon saint Paul, dans l'âme de chaque chrétien, et grâce à lui, nous ne sommes plus de la foule réprouvée qui mar-
'l) Deponere vos... veterem bominera qui corrumpitur... Renovamini auteai spiritu mentis vestrae, et induite novum hominem, qui secundum Deum creatus est in justitia etsanctitate. F.PHF.S. IV. 22, 23, 24.
de i.a rami no
che selon la chair i I i. Sans doute, lanl quenons serons sur cette lerre, il ne pourra dominer si absolument en nous, qu'il noua délivre de toute rébellion intérieure: comme Rébecca, nous portons dans notre sein deux hommes qui se font la guerre; la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair (?). Mais il ne lienl qu'à nous de donner la victoire à l'Esprit, de nouslnisfer conduire par sa lumière el pousser par son 01 ction, et ait rs nous serons vraiment 1rs lils de Dieu, puisque nous vivrons (h1 la vie de son Fils unique (3); nous serons libres, puisque nous aurons on nous l'Esprit souverain qui porte !a liberté partout où il pénètre (4); nous serons assurés de l'immortalité, puisque nous aurons en nous l'Esprit de vie qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts (5 ; alors, en un mot, nous serons d'autres Jésus-GhrisI ; et conséquemment nos prières ne seront plus nos prières; ce seront 1rs prières de JésuS'Gbrist. Il le faut bien; car, pourrions- nous
(l) Rom. vin, 4.
(Si Caro e-nm concuplscil advenus spiritual, splritas autem advenus carn m. u \l. \, 17.
(3) Quicutiique spiritu Dei agmiiur, ii suai tilii D i , R.tM vin, N.
i i.a Bpiritu» vils in CbrHn Jesu I remit mp
Rom. vin, 2. — lioriiinus aiit<*m sp!|i| s est; i. lu aulem Spiriius i). m ni ii.i lilieru>>. 1! cor. m, 17.
') Quod >l Spiritu> ejiib qui su>cita\it Je*um a mortuis habitai m vobis, qui susrUavit Jesum Cbribtwna m< riuis viviuVatiit et mortaiia .eorpora vestra, prnpter inhabltantem Spiritual ejus in vobis. R<>m. viii, il.
120 LAPOSTOLAT
de nous-mêmes produire des accents en rapport avec cette dignité céleste dont nous sommes revêtus? Apprendrions-nous le langage de la société divine dans laquelle nous avons été admis, si ce langage ne nous était enseigné et comme inoculé (1). Mais l'Esprit de Dieu, qui est présent en nous, non pas aussi pleinement, mais aussi réellement que dans l'âme de Jésus-Christ (2), reproduit au tond de notre âme les sentiments du Sauveur (3); il fait éprouver à notre cœur le contre-coup des pulsations de son Cœur divin, aussi régulièrement que les moindres artères du corps humain répondent aux battements du cœur; il nous fait pousser vers le Ciel d'ineffables gémissements (4) semhlables à ceux qui partent de la poitrine du Fils de Dieu; il nous apprend à appeler Dieu notre Père (5), ou plutôt il l'appelle ainsi lui-
(1) Quid oremus, sicut oportet, nescimus. Rom. vin, 20.
[i) Nous ne parlons ici que de cette union du Saint-Esprit avec l'âme humaine de Jésus-Christ, qui constitue ou accompagne la grâce sanctifiante dont cette âme sainte a reçu la plénitude. Puisque la grâce sanctifiante de l'Homme-Dieu est, d'après les théologiens, du m^me genre que la nôtre, il s'ensuit que l'union produite p;ir cette grâce entre l'âme de Jésus-Christ el l'Espril-Saint, est aussi du même genre que l'union de ce divin Esprit avec l'âme des justes. La différence entre l'une et l'autre consiste en ce que la seconde n'est qu'une participation delà première. l'oj/.Suarez, delncarn., disp. xvin.
(3) Hoc sent te in vohisquod et in Christo Jesu. Phil., m. 5.
4 Ii'seautem Spirilus postulat pronobisgemitibus inenarrabilibns. Fom. vin,2fi.
5 Accepislisspiritumadoptionisfîliorum.in quo clamamus: Abba (Pater;. Rom. vin, 15.
di iv rmfcii 121
même par notre bouche, el il lui crie: Père! Père! avec cet accent, ce filial amour auquel lecœurdu Père céleste ne saurait résister (1).
Ah ! ilf semblables prières ne peuvent qu'être exaucées. Ne serait-ce pas le plus étonnant de tous les miracles, la plus répugnante do touivs les impossibilités que Dieu le Père repoussai les prières que son divin Fils forme en nous par son Esprit? Mais quoi! ces prières, c'est Dieu le Père qui en est le premier auteur; car cet Esprit divin que saint Paul nomme l'Esprit du Fils, parce qu'il procède réellement du Fils, et parce qu'il a été donné dans toute sa plénitude à l'humanité sainte du Sauveur, ne lui est pas tellement propre, qu'il n'appartienne également au l'ère; il n'est, au contraire, que le fruit et le terme commun de l'amour du Père et du Fils, qui s'unissent ensemble pour le produire par la plus ineffable d<- toutes les unions. Il n'est dune pas un seul désir (pie ce divin Esprit inspire au Cœur de Jésus-Christ, et qu'il communique ensuite au cœur des chrétiens, qui ne remonte à bien le Père comme à sa source. Comment donc Dieu le Père pourrait-il se refuser d'employer sa toute-puissance à l'exécution de ces désirs dont il est lui-même le principe? Comment, lui qui sonde les cœurs, pourrait-il méconnaître, dans les
(1) Misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra clamanlem : Abba Pat»r ' t,*l. iv. fi.
gémissements du chrétien, l'écho des;i propre voix, l'accent de son propre Esprit, l'expression de son propre amour (1)? Nous no craignons pas de le redire: en présence de cetie doctrine, ce n'est pins la toute-puissante efficacité des prières du chrétien qui peut être pour nous un mystère et un sujet d'étoouement. Nous n'avons plus le droit de nous étonner que d'une seule chose, c'est que cette puissance sans horncs que le Saint-Esprit met sans cesse à la disposition de tous les chi étions en état de grâce, n'opère pas chaque jour de plus grands miracles, et qu'elle n'ait pas encore changé la face du monde.
ARTICLE III
La sainte communion, moypnde renouveler la vie de J As us- Christ en nous, et d'unir plus intimement nos prières aux siennes.
Malheureusement, cette vie de Jésus-Christ dont l'Esprit de Dieu a déposé en nous le germe par le saint baptême, et que tous les efforts de sa grâce tendent à développer, n'est pas tellement enracinée dans notre âme, qu'elle ne puisse être arrachée par le péché, étouffée par les convoitises charnelles,
(1) Qui scrutatur corda, scit quid desideret Spiritus. Romvu i, 37.
DR I.A PIURRF. Itl
flétrie el desséchée par fair empesté «lu monde. Quel moyen prendra notre divin Chef pour empè* cher (juc ses membres ne perdent peu à peu cette fie, fruit de sa moi i ' In moyen digne < I « * lui et qui
portera le cachet d'une sagesse, d'une puisa
d'un amour infini. Non-seulement la ne divine en nous sera préservée de tonte altération, mais elle recevra chaque jour de nouveaux accroissements; chaque jour notie union avec Jésus-Chi i>t deviendra plus étroite; chaque jour son Esprit nous sera communiqué avec plus d'abondance; chaque jour nos désirs et nos prières se confondront mieux avec les désirs et les prières de son Sacré Cceur. Ge moyen, c'est la sainte Eucharistie.
Toute vie doit avoir un aliment proportionné à sa nature, et ce n'est que parle fréquent usage de cet aliment qu'elle peut réparer ses pertes quotidiennes. Donc à notre vie divine il fallait un aliment divin; et, comme nous sommes composés d'un esprit et d'un corps, il convenait que cet aliment ne lut pas purement spirituel, mais que la grâce y fût renfermée sous une enveloppe sensible. Rien de mieux choisi que la chair du Sauveur, cette chair divine, toute pénétrée du Saint-Esprit et rendue présente sous l'apparence du pain. Ineffable nourriture, elle nous fait participer toujours davantage à la plénitude de Dieu(l). Ce n'est pas, en effet, une chair
i Ql impleamini in omnem plr>nitiit1inipm Dei. Eru. m. \o.
morte et purement matérielle que nous mangeons: une pareille chair ne nous servirait de rien [\)\ c'est une chair vivante, spirituelle et vivifiante (2), la chair du Verbe de vie qui était dans le Père au commencement, et qui possédait en lui-même la vie de tout ce qui devait un jour exister (3). Cette chair divine, en s'unissant à notre chair, nous fait vivre de la vie de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ luimême vit de la vie de son Père (4).
Par elle aussi nous acquérons avec tous nos frères une parfaite unité. Ecoutons saint Cyrille nous développant cet admirable mystère qu'aucun docteur ne semble avoir mieux compris que lui:
« Jésus-Christ désirant nous unir parfaitement » avec Dieu et entre nous, et nous fondre cnlière- » ment ensemble, quelque éloignés que nous puis- » sions être les uns des autres par nos corps et par » nos esprits, consomme tous les croyants en lui- « même, par la manducalion d'un même corps, » qui n'est autre que son corps sacré ; et, par cette » communion sainte, les rend tous concorporels » entre eux et avec lui. Car, si tous nous partici-
(1) Caro non prodest quidqiiam. Verbaquseego loquor vobis spiritus et vila sunt. Joan. vi, 64-
(2) Factus est... novbsimus Adam in Spiritum vivificanlem. 1 Cok. xv, 45.
(3) Verlmm erat apud Deum... quod factnm est in ipso vita erat. Joan. i, 2.
ti) Sicut misit rae vivens Pater, et ego vivo propter Patrem ; et qui niandneat me, et ipse vivet propter me. Joan. vi, f>8.
Di i \ mitai iw
.. pons h un même pain, noua ne pouvons manquer t. de devenir un même corps I .Jésus-Christ ne sau- » rail être divisé. C'est pour cela que l'Eglise estap- » pelée le corps de Jésus-Christ et nous ses memi bres(2). C'est cette union que saint Paul nomme n le mystère île la divine piété (3), et dont il dit » qu'elle n'a pas été connue des générations pasj, et qu'elle n'a été révélée aux fils des hom-
■ mes que par les apôtres et les prophètes par « l'Esprit de Dieu, à savoir : que les peuples sont
■ appelés à être héritiers et concorporels avec » Jésus-Christ (4). »
l nion incompréhensible ! Abîme d'amour, dans lequel le cœur se plonge d'autant plus délicieusement que l'esprit est moins capable de le sonder!
Mais qui ne voit quelle nouvelle force les prières du chrétien vont puiser dans ce mystère? Que n'osera-t-il pas demander, celui qui a dans sa poitrine le Cœur de Jésus? N'est-ce pas alors surtout que ses prières se confondront avec celles de ce divin Sauveur'!' N'est-ce pas alors qu'il aura en lui
L] Unum corpus molU samiis, omnesquide uno pane parliripumus. I Cor. x, 17.
(2j BPH. iv, 15.
(3) Magnum pietatis sacramentum. itim. m, 16. 1 Mysterio Chtisli ; rjuod aliis genenilonibua non esiagnitmii tiliis hoininiim, siruli mme revelatum estsmdis aposlolis ojiisct prophetis, in Spiritu. gentes esse eohsredes, etcun'-orporalps,etcomparti('ij!ospi'(iinis>;oiiis>>jusinclirislo Jesn.F.i'H. m, t. .".. — S. Cyrill. AU x., lib. w.inJoa», cap. il.
I?Espri (-Saint, non plus dans une certaine mesure, m;ùs dans toute sa plénitude? N'est-ce pas alors qu'il pourra présente r à Dieu le Père h s sentiments de son Fils bien-aimé, et faire monter vers lui ses propres désirs, tout brûlants de la charité immense dont il possédera en lui. non plus un rayon, mais le foyer lui-même!
Dans ce mystère d'amour, Jésus-Christ est le cœur de l'Eglise plutôt que son chef. Aussi est-ce particulièrement d;ms le sacrement de l'Eucharistie, que la dévotion au Sacré-Cœur aime à le contempler. Si nous voulons considérer le Sauveur comme Chef de son Eglise, voyons-le dans le ciel où il est assis à la droite de son Père, et d'où il meut toutes choses et gouverne la société des anges et des hommes. La tète, en effet, est placée au sommet du corps pour mouvoir et régir tous les membres. Le cœur, au contraire, est placé au milieu du corps, et là, par une action cachée et toute mystérieuse, il préside à la nutrition de tous les organes, renouvelle sans cesse le sang, et Répand partout la chaleur et la vie. Voilà précisément la manière d'être de Jésus- Christ dans l'Eucharistie ; voilà les fonctions qu'il y remplit. Or, l'acte principal de cette vie intérieure qu'il entretient dans son corps mystique, c'est la prière. L'est donc surtout pour renouveler en chaque chrétien l'esprit de prière, qu'il se donne à nous dans la sainte communion; et c'est pour conserver cet esprit toujours également fort au sein de
or. là pniF.nF. 12:
l'Eprlise, qu"il demeure sans cesse préscnl dans le labcrnai I".
Quelle éloquente leçon nous donne ce divin Sauveur du haut de cette chaire silencieuse où il résume ions 1rs enseignements de sa vie! Recueillons-nous un instant pour l'écouter, et < lierchons à comprendre le mystère permanent de l'amour et de l;i prière.
Que rail Jésus-Christ dans l'Eucharistie? Rien en apparence, tout en réalité. Il aime, il prie, il s'immole; telle est sa vie au Saint-Sacrement. Principe unique et cause universelle de tout le bien qui s'opère dans l'Eglise, son corps mystique, comment continue-t-il l'œuvre delà rédemption d.s hommes? Pai la prière et l'amour : Seni} er vivensad interpel' landum pn nobis (l).ll prie pendant le jour; et, tandisque toutle monde autour de lui s'agite etseremue, tandis que l'homme ingratoublieleciel, sa patric,raéconnaii et renie son Sauveur, néglige le soin de son âme et sacrifie son éternité à des intérêts périssables, à de frivoles préoccupations, la voix suppliante du divin Médiateur s'élève en sa faveur du fond des tabernacles. Il prie pendant la nuit; et, tandis que, plongées dans le sommeil, les créatures raisonnables elles-mêmes n'ont plus, ce semble, d'intelligence pour connaître, ni de volonté pour aimer leur Créateur, Jésus-€brist vit, connaît, adore, aime et ne cesse décrier: Semper vivensad interpellandwnpro
I Hkbr. VU, 35.
nobis. Les générations disparaissent tour à tour de dessus la scène du monde, les années succèdent aux années, les siècles succèdent aux siècles, et Jésus- Christ demeure toujours vivant et toujours priant, et toujours par la prière, sanctifiant les générations et engendrant à son Père de nom eaux adora!eurs. Ainsi réalise-t-il l'antique figure du sacrifice perpétuel; ainsi est-il au milieu de nous comme notre prière substantielle et vivante.
Enfermons-nous avec lui dans cette heureuse prison, où depuis dix-huit siècles l'amour le tient enchaîné, si nous voulons bien comprendre le sens de ces mots : ai'ostoiat de la prière. C'est là que cet apostolat s'exerce sans interruption, et qu'il déploie toute son énergie ; c'est de là qu'il féconde les iravaux des ouvriers apostoliques, active sans cesse la flamme de leur zèle, touche les cœurs de ceux qui les écoutent, console les justes, sollicite les pécheurs, fait descendre la grâce du ciel, détourne les foudres de la Justice divine; en un mot, c'est de là qu'il sauve les âmes et répand la vie sur la terre.
L'Apostolat de la Prière, ainsi envisagé, n'est-il pas le plus puissant, le plus fécond, le plus nécessaire, le plus doux de tous les apostolats? Mais n'esl-il pas aussi le plus accessible et le plus facile? Est-il un chrétien qui ne soit appelé à y prendre part? Impossible de professer une loi sincère à la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie ; impossible de croire qu'il y est sans cesse occupé à prier pour
Dl LA l'un m ]■>'.<
iKiiis, pour nos frères, pour Bon Eglise, sans être porté ctse reconnaître obligea unir nos prièresaui siennes. Encore moins pourrions-nous le recevoir dans notre poitrine <■( \ sentir son Cœur palpiterd'un immense
désir du salut des àuics, sans que le nôtre battit à l'unisson.
Cependant, il est des Ames qui sont appelées a prendre une pari toute Spéciale à cet Apostolat et à prêter au Cœur de Jésus une coopération plus el'ficace; ce sont celles qui, instruitespar ledivin Bspril des secrets de la vie intérieure, soit qu'elles vivent à l'ombre du cloître, soil qu'elles aient su se faire une solitude au milieu du monde, entretiennent avec le Cœur de leur Dieu une communication plus intime, un commerce plus familier. Elles se revêtent mieux de ses sentiments et travaillent plus activement dans ses intérêts. Ces aines seront dans le corps de l'Eglise comme ces organes si nécessaires, quoique invisibles, qui entourent immédiatement le cœur de l'homme, et concourent avec lui à donner aux bras, aux pieds, à tous les membres, le mouvement et la vie. Ainsi obtiendront-elles aux ministres de l'Eglise et à tous ses membres les grâces nécessaires pour remplir leurs fonctions. Leur action sera cachée, mais combien elle sera utile '.Elles seront devrais organes de prières; à elles reviendra la plus grande partie du mérite de la vie de l'Eglise et desœuvres accomplies par ses apôtres et ses pasteurs; à elles aussi sont réservées les prédilections du Cœur de leur Dieu.
13* t'APOSlOt-AI
Mais quoique dans certaines âmes d'élite l'Apostolat de la Prière >loivc être porté à une plus grande perfection, il n'est pourtant le lot exclusif d'aucune classe particulière de personnes.
Il n'est pas un seul chrétien qui nesoituni au Cœur de Jésus par le caractère sacré du baptême et par le lien de la foi ; il n'eu est pas un qui ne doive et ne puisse lui être uni par le lien bien plus intime encore de la charité, et par la participation réelle à son esprit ; il n'en est pas un seul qui ne soit invité à renouveler fréquemment cette union spirituelle parla participation également réelle à la chairdudivin Sauveur ; il n'en est pas un seul enfin j ourqui le Cœur de Jésus ne prie sans cesse au saint Tabernacle, et dont il ne soit disposé à présenter les prières à Dieu son Père. Donc il n'en est pas un seulqui ne puisse et qui ne doive exploiter cet immense trésor, prier par Jésus-Christ, prier avec Jésus-Christ, prier en Jésus- Christ, prier enfin pour toutes les intentions pour lesquelles prie Jésus-Christ; car, dans un corps bien organisé, les membres ne sauraient avoir d'autres tendances que le chef.
ARTICLE IV
Conclusion de toute la première partie.
Dans tout ce que nous avons dit jusqu'ici, nous n'avons eu qu'une chose en vue, découvrir les sources
M t * rtilKltt. 131
nu l'Apostolat de la Prière pnise sa force, et mettre dans loul leur jour les éléments « I « > : 1 1 il se comp< Mais nous n'avons pu le faire suis que des diverses considérations que nous avons m l'occasion ■!<■ développer rcssorttl celte conclusion : que cet apostolat sérieusement mis «'ii œuvre et étendant son influence non pas sur quelques actions particulières, mais sur l'ensemble de la vie, n'est autre chose que la charité chrétienne pratiquée dans toute sa perfection, el délivrée de toutes les entraves que le retrécisseinenl de notre cœur tend à mettre à son universalité.
Deux choses sont égalemenl certaines: c'est que nous sommes tenus d'aimer tous les hommes, etque, pour l'immense majorité des hommes, nous n'avons d'autres moyens d'exercer l'amour que nous leur devons, sinon la prière. Du re>'te, aurions-nous d'autres moyens de leur témoigner notre amour, que nous ne serions pas encore dispensés d'employer celui-là, le plus facile et le plus nécessaire de tous. Qu'es! ce qu'aimer, sinon l'ou/oir/eWendecelui qu'on aime:' Et qu'est-ce que prier pour le salut du prochain, sinon exprimer à Dieu le désir de son véritable bien! Mais s'il en est ainsi, qui ne voit que l'amour de tous les hommes et la prière offerte à Dieu pour le salut de tous les hommes ne constituent qu'un seul et même devoir, puisqu'un amour assez réel pour nous faire vouloir sérieusement le salut du prochain ne peut manquer de solliciter en sa faveur l'auteur