‹ L'Apôtre de SaguenayChapitre 1 sur 7 · MGR DOMINIQUE RACINE · texte numérisé non relu

MGR DOMINIQUE RACINE

^ L n'y a pas encore longtemps, le terri-

fé^^ toire dn Saguena^' et du Lac Saint-Jean

^^4^ n'était parcouru que par les tribus

indiennes ; d immenses forets recouvraient 'Y^'^d! ce sol que nous voyons aujourd'hui produire de si belles moissons. Ils vivent encore en ^ bon nombre, ces vaillants colons qui, les premiers, entreprirent ici la lutte sans cesse renouvelée de la civilisation contre la barbarie : à présent, ils jouissent paisiblement des fruits de leurs durs labeurs, et notre chère patrie canadienne-française voit briller, à sa couronne trois fois séculaire, un nouveau joyau

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qui, pourtant, n'a pas acquis encore tout l'éclat qu'il aura uu jour.

On a déjà beaucoup écrit sur le Saguenay : et plusieurs des travaux qu'on lui a consacrés ont attiré l'attention à juste titre, tant par leur mérite intrinsèque que par la célébrité de leurs auteurs. Un jour, sans doute, s'inspirant de ses devanciers et profitant de leurs recherches, Cjuelque écrivain voudra refaire d'une manière plus complète l'histoire intéressante de cette colonie du Saguenay, dont les commencements, les progrès et les épreuves rappellent un peu les premiers temps de la !N"ouvelle-France. Cet historien que nous prévoyons, devra faire large place à celui qui est l'objet du présent travail, et qui est suffisamment désigné quand on l'appelle V Apôtre du Saguenay^ qualification qui résume ^larfaitement sa carrière, tant il s'est identifié lui-même, pour ainsi dire, avec les progrès matériels et spirituels de cette partie du pays.

Si les circonstances nous le permettaient, nous serions heureux d'entrer dans tous les détails pour raconter la vie et les œuvres du premier évêque de Chicoutimi; il nous serait doux de tracer le tableau fidèle de ses talents, de ses qualités, de ses vertus. Mais il ne nous est possible que d'esquisser à grands traits cette existence si bien remplie.

Cet humble travail, tout imparfait qu'il est, nous le déposons pourtant avec bonheur sur cette tombe qui s'est creusée si prématurément, comme un pieux hommage de reconnaissance et de dévouement filial à la mémoire du regretté prélat.

Dans la famille — Citez les Huroxs — Au Séminaire de Québec— Les " fin'issants " de 1818-49 — Le sacerdoce.

OIsrSEIGîs"EUR Dominique Racine naquit, le 24 janvier 1828, à Saint- Ambroise de la Jeune-Lorette. Il était fils de sieur ^-^n^ Michel Racine et de dame Louise Pépin. '*4 Son aïeule maternelle, qui a laissé le souvenir des plus solides vertus, était la sœur de M. Antoine Bédard, curé de Charlesbourg, dont la mémoire est restée en vénération parmi les descendants de ses paroissiens. Il était encore peu âgé, lorsqu'il perdit son père. Sa pieuse mère sut déposer dans son cœur les germes précieux des vertus qui devaient plus tard être pour nous un si grand sujet d'édification. Madame Racine, décédée, il y a une quinzaine d'années, après une longue vie toute consacrée à remplir ses devoirs envers Dieu et envers le prochain, peut être citée à bon droit comme un modèle accompli des vertus chrétiennes.

M. Lefrançois, l'instituteur de Saint-Ambroise, et qui était le parrain du jeune Racine, lui donna les premiers éléments de l'instruction. Le pieux enfant s'approcha pour la première fois de la table sainte en 1838. Dans nos bonnes familles canadiennes, c'est un événement considérable que la première communion de l'un de ses membres ; et si on y attache tant d'importance, c'est que l'on comprend bien que cet acte solennel est comme un point de départ dans la vie de l'enfant. Aussi ne manque-t-on pas de le bien préparer, longtemps à l'avance, à cette première participation au banquet divin.

Dès cette époque, le jeune Racine aimait le service des autels, et remplissait avec zèle les fonctions d'enfant de chœur à la chapelle des Hurons de la Jeune-Lorettc. Cet attrait pour les cérémonies saintes est souvent l'un des premiers indices de la vocation ecclésiastique. Qu'il est beau et touchant de voir, autour des saints autels, cette phalange de pieux enfants faire cortège à Xotre-Seigneur, lorsqu'il veut bien s'}^ rendre présent I Pendant que des multitudes d'esprits célestes accompagnent le Roi des cieux, invisil)k'S à nos faibles regards, l'Eglise appelle au sanctuaire, auprès du Divin Maître, ceux de ses membres qu'elle croit les plus aimés de celui qui a dit : " Laissez les petits enfants venir à moi ! " Revêtus de

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leurs blancs habits, symbole do rinnoceiice de leurs cœurs, ces jeunes chrétiens sont bien alors les anges de la terre, et Xotre-Seigneur les regarde avec amour.

La tribu huronnc n'a jamais perdu le souvenir du jeune Racine ; et depuis, sa visite était tout un événement dans le village ; la joie des bons Ilurons, surtout, fut extrême, lorsqu'ils revirent parmi eux, bien longtemps après, le petit servant de messe d'autrefois revêtu de la dignité épiscopale.

En 1840, il entrait au Séminaire de Québec, où il fit un excellent cours d'études, malgré quelques maladies assez sérieuses, notamment dans sa dernière année de petit séminaire. En cette mOme année, 1848- 49, il s'occupa l)eaucoup do V Abeille, que l'on commença alors à publier, et dont il fut le rédacteur et gérant. Il termina son cours classique en 1849. Des huit élèves qui composaient la classe à laquelle il appartenait, sept embrassèrent l'état ecclésiastique : c'étaient, outre Mgr Racine, Mgr T.-E. lîamel, protonotaire apostolique et vicaire général de Québec ; M. F.-X. Plamondon, décédé le 16 juin 1894, curé de Saint- Jean-Baptiste de Québec ; M. O. Paradis, décédé le 1er mars 1889, curé de Saint- Anselme ; le chanoine F.-E. Blouin, V. F., curé de Carlcton ; M. J. Lagueux, décédé le 23 novembre 1888, curé de Saint-Jean-Port- Joli, et M. F. Brunet, décédé le 17 décembre 1893.

De ces sept élus du sacerdoce, Mgr Racine fut le liremier appelé à recevoir la récompense que Dieu réserve à ceux que Lui-même a choisis pour travailler à sa vigne. Quant à celui de ces confrères qui n'embrassa pas l'état ecclésiastique, M. Tardif, il se voua à l'enseignement et exerça de cette manière, lui aussi, une espèce de sacerdoce.

C'est un moment solennel, pour l'écolier, que la fin du cours d'études classiques. Quoiqu'il l'ait désirée bien des fois, il la voit enfin arriver avec quelque efiroi. Outre les incertitudes d'un avenir tout enveloppé de nuages, le jeune homme a le cœur déchiré par les amertumes d'une séparation qu'il ne prévoyait pas si pénible à subir. Ces compagnons de classe, dont dix années de vie commune ont fait comme autant de frères, et qui vont se quitter tout à l'heure pour suivre dos routes bien différentes, voient alors combien ils s'aimaient sans s'en être bien rendu compte jusqu'alors. 'Ne faut-il pas quelquefois cette terrible séparation causée par la mort d'un ami, d'un parent, d'un bienfaiteur, pour que notre cœur se révèle à lui-même jusqu'à quel point il affectionnait cette personne chérie ? — Pour diminuer le chagrin de cette séparation douloureuse, pour l'adoucir par l'espérance de se revoir, les finissants de plusieurs de nos collèges ont adopté le touchant usage de déterminer certaines cjîoques où il y aura

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réunion générale de la classe. Au temps fixé, on se rassemble soit à VAlma 3fater, soit chez l'un des confrères. Là, le passé revit avec ses joies pures ; on a laissé chez soi les occupations et les soucis du présent, et les anxiétés de l'avenir. Oh ! qu'elles passent rapidement, ces heures trop courtes ! N'importe : on a renoué plus solidement les liens de l'amitié fraternelle ; et lorsqu'il faut se séparer, on se sent plus fort et plus courageux, pour affronter les luttes de la vie.

La classe des finissards de 1848-49 se réunit une première fois en 1874, à Chicoutimi, croyons-nous. Cette première réunion fut sans doute moins solennelle que la deuxième, qui eut lieu en septembre 1884, chez M. O. Paradis, curé de Saint- Anselme. Après les trentecinq années qui s'étaient écoulées depuis leur sortie du petit séminaire, les huit confrères se retrouvaient tous, sans que la mort eût fait un seul vide parmi eux : et, circonstance remarquable, l'un d'entre eux était revêtu de la dignité épiscopalc. Les pa^'oissiens de Saint- Anselme s'associèrent à la démonstration, et la fête fut belle. — Avant de se séparer, on décida que la prochaine réunion aurait lieu cinq ans plus tard, en 1889. Mais les huit confrères ne devaient plus avoir la joie de revoir leurs rangs encore complets

Quel bon souvenir Monseigneur Racine a toujours gardé du Séminaire de Québec, cette maison bénie qui

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a formé pour l'Eglise et pour la société tant de saints prêtres et tant de citoyens intègres, dont les vertus et le mérite proclament hautement l'excellence de l'instruction et de l'éducation qn'y reçut leur jeunesse ! Lorsque, après bien des années, l'élève de 1849 se verra lui-même appelé à fonder un séminaire, il sera heureux de donner aux élèves du nouveau collège non seulement le costume, mais aussi le règlement de l'antique maison de Québec. Toute sa vie, il parlera avec vénération de M. L,-J. Casault et de M. J. Holmes, qui avaient eu pour lui une aft'ection vraiment paternelle et avaient dirigé avec sollicitude la formation intellectuelle et morale de son âme. Sans doute, ces hommes de génie pressentaient déjà les hautes destinées qui attendaient le jeune élève.

Ce fut en septembre 1849 qu'il entra au Grand Séminaire de Québec. Pendant trois ans, il remplit avec zèle et dévouement les fonctions de surveillant, charge qui prépare si bien le jeune ecclésiastique au gouvernement des paroisses. Il passa sa dernière année de séminariste à l'archevêché, en qualité de secrétaire ; et, le 24 septembre 1853, il recevait, à Québec, la consécration sacerdotale. C'était le troisième prêtre que la famille Eacino donnait à l'Eglise de Dieu. En 1838, l'aîné, M. Michel Eacine, avait été ordonné ; mais peu d'années après, le Seigneur rappela à lui ce

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prêtre distingué, dont les talents remarquables donnaient à tous les plus belles espérances. En 1844, M. Antoine Eacine avait reçu l'onction sacerdotale. — Donner trois prêtres à l'Eglise : quel honneur, quelle bénédiction pour une famille chrétienne ! Quelle marque de prédilection de la part de Dieu ! Cependant, cette famille devait être honorée et bénie encore davantage, puisque deux de ces prêtres devaient un jour être élevés à la dignité épiscopale.

A K-D. DE Québec — La première cuke, à Saint-Basile — A la

ElVIÈRE-DU-LoUP — XOUVEAU DÉPART.

VK- ^"/^ '^ -^ révérend Dominique Racine fut nommé f^/J^ vicaire à Québec, et conserva cette p'osi- )^ 'W^-'l^ tion jusqu'à l'année 1858. Cette période lliif^'^^^"''^ de cinq ans fut l'une des plus heureuses ^i de sa vie, et il aimait à parler du bonheur p, qu'il y éprouva. Chargé de la desserte de l'église de Notre-Dame-des- Victoires, à la Basse-Ville, il réussit à faire au cher et antique sanctuaire des améliorations considérables, grâce au concours généreux des citoyens de Québec. En outre, il s'occupa spécialement de la Sainte-Famille, admirable confrérie qui continue toujours à répandre ses bienfaits parmi les pieuses dames de la ville. M. Racine se formait ainsi à toutes les fonctions du ministère paroissial, sous la conduite du curé de Québec, M. J. Auclair, qu'il vénérait comme un père. Une sainte amitié persévéra toujours entre ces deux hommes d'élite, douce

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liaison que la mort seule put h la fin briser. Et encore ce triomphe du trépas fat de courte durée ; à quelques semaines d'intervalle, ces deux cœurs se sont réunis dans la mort, comme ils l'avaient été dans la vie. PendE^nt les vingt-six ans que l'ancien vicaire de Québec résida à Chicoutimi. M. Auclair ne manqua pas de venir chaque automne passer auprès de lui quelques semaines de repos, délassement bien légitime d'un ministère fatigant. ^lalgré des infirmités croissantes et un état de santé assez inquiétant, le vénérable curé de Québec est resté fidèle à cette vieille habitude Jusqu'à la fin de sa vie.

En 1858, M. D. Racine était nommé à la cure de Saint-Basile, dans le comté de Portneuf. Ce fut un vrai sacrifice pour lui que de se séparer du curé et des vicaires de Québec : il fallait quitter ces confrères aimés, qui, animés d'une ardente charité sacerdotale, ne faisaient ensemble qu'un cœur et qu'une amo. Mais si le premier vicariat laisse des souvenirs si profondément gravés, jamais on n'oublie non plus la première cure ; et bien que M. Racine ne demeurât qu'une année à Saint-Basile, la mémoire de son séjour en cette paroisse resta toujours dans son cœur. Il eut à peine le temps de s'occuper du soin de construire un presbytère en cjtte i)aroifse, œuvre pour laquelle il mit à contriluticn ses propres ressources, que déjà la

Providence l'appelait à un nouveau poste. En effet, «n 1839, le jeune curé disait adieu à ses paroissiens de Samt-Basile, et allait prendre possession de la cure de Saint-Patrice de la Eivière-du-Loup. Pendant trois années, il se dévoua à l'avancement de cette belle paroisse, dont ou pouvait prévoir, dès cette époque, la prospérité future. En même temps qu'il y continuait les travaux qui restaient k faire à un temple magnifique, de construction récente, il consacra ses soins au progrès d'un couvent qu'il avait fondé, en 1860, et confié à la direction des religieuses du Pon-Pasteur de Québec. Depuis, il n'a pas cessé de s'intéresser à cette institution, aujourd'hui si florissante, qui conservera toujours, avec amour et vénération, le souvenir de son fondateur.

^ Les paroissiens de la Rivière-du-Loup, témoins du zMe et du dévouement sans bornes de leur i3asteur édifiés de ses vertus, espéraient sans doute le conserver longtemps au milieu d'eux. Mais bientôt les supérieurs ecclésiastiques, qui avaient vu le jeune curé à l'œuvre et savaient de quelle confiance il était digne, crurent opportun de l'appeler à une position plus diflicile et plus importante. Pourtant ces liens qu'un temps relativement court avait formés entre le pasteur et ses paroissiens, ne furent pas brisés complètement : toujours, cette brave population se rappellera les titres de

son ancien curé à son respect et à son amour ; et, de son côté, celui-ci n'oubliera jamais ceux qui furent, pendant trois ans, les cliers objets de sa sollicitude. Xous en avons la preuve dans les belles paroles que Mgr Racine, s'en allant prendre possession de son siège épiscopal, le 6 août 1878, adressa à ses anciens paroissiens de la Rivière-du-Loup, qui lui avaient présenté leurs félicitations et leurs souhaits de bonheur durant ce trajet de Québec à Chicoutimi qui fut une ovation continuelle. " Pendant les quelques années que j'ai ' eu l'avantage de passer au milieu de vous, leur ' disait-il, bien dos fois j'ai eu l'occasion d'apprécier ' les sentiments profondément religieux qui vous ' animent ; bien des fois aussi, j'ai constaté avec bon- ' heur quel amour, quel respect, quel attachement vous ' portez à ceux que la divine Providence vous donne ' pour pasteurs. — Depuis mon départ de votre belle ' et florissante paroisse, vous m'avez donné une nou- ' velle preuve de votre estime et de votre reconnais- ' sance. C'était en 1870, alors qu'un immense ' incendie avait jeté dans la plus grande misère au delà ' de six cents familles du Saguenay. A la nouvelle ' de ce désastre, vous vous êtes rappelé votre ancien ' curé, vous avez compris toute la peine dont il devait ' être affligé : et, avant qu'aucun appel ne fût fait à ' votre charité, vous vous êtes empressés de le conso- ' 1er en lui envoyant d'abondantes aumônes, pour le

DU SAGLIEXAY

Il mettre en état de secourir tant de pauvres infor-

" *^ï^és." Ces paroles font sans doute l'éloge de

ceux qui les avaient méritées; elle sont aussi à lUionneur de celui qui les prononça ; il faut avoir un mérite remarquable,des talents et des vertus dignes d'attention, pour laisser un souvenir aussi vivace après une longue séparation.

Au Saguexay — CiircouTi.Mi — Quelques mot.s d" iiistoikh:.

^yME Saguenay, tel fut le nouveau cliarap, à ^ peine défriché, que l'on désignait à M. ^) Racine pour être désormais l'obiet de ses ^^- ^ labeurs ; tel tut le nouveau théâtre de son ÂW/ihi activité et de son zèle d'apôtre.

lwl!.Mw ^ous croyons bien fermement que la Providence dispose tout avec sagesse, et nous n'avons pas besoin qu'on nous le démontre. Comment néanmoins ne pas contempler, pour notre consolation, cette action providentielle qui, dans ce moment, choisissait pour l'œuvre à exécuter un ouvrier si apte à l'accomplir !

Sans doute, pondant les trois années que M. Racine passa à la Kivière-du-Loup, bien des fois ses regards s'étaient portés sur ce sombre rivage du Nord qui, au delà des flots bleus du Saint-Laurent, sépare brusquement, à l'horizon, la plaine licpdde et mouvante de la voûte immobile des cieux. Des hauteurs de Fraserville^ quand le temps est clair, en aperçoit cette gorge"

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ténébreuse par où, les montagnes s'écartant, semble-t-il, tout juste pour leur livrer passage, arrivent les eaux de la rivière Saguenay, gigantesque canal qui conduit le trop-plein de cent lacs et rivières d'un immense territoire. Tourné vers cet embouchure de la rivière étrange, porte mystérieuse qui donne accès dans le Royaume de Saguenay, M. Racine a-t-il pressenti parfois quel rôle Dieu lui réservait dans cette contrée alors presque inconnue ? Xous Tignorons, Mais ce que nous savons bien, c'est que la volonté de ses supérieurs étant pour lui l'expression manifeste de la volonté de Dieu, il crut n'avoir qu'une chose à faire : se rendre au poste qui lui était assigné, quelque pénible que fût pour lui ce départ inattendu d'une paroisse déjà chère à son cœur. Du reste, au point de vue purement naturel , n'est-ce pas là la vie : une série de séparations qui parfois déchirent le cœur d'une manière bien douloureuse !

Ce fut donc en 1862 que M. Racine fut nommé curé de Chicoutimi et vicaire forain. Il n'y avait encore qu'une vingtaine d'années que le Saguenay était ouvert à la colonisation \ Il n'y a pas de doute que sous la domination française, grâce à l'esprit aventurier des

1— Les renseignements historiques que nous donnons ici sur le Saguenay, et au sujet de Chicoutimi en particulier, sent pour la plupart extraits de l'ouvrage de M. Buics, sur Le Sagvenay,

coureurs de bois, et surtout au zèle des anciens missionnaires pour la diffasion des lumières de la foi, on connaissait assez bien cette partie du pays. Après la cession, les ténèbres se firent peu à peu sur le Saguenay, dans l'esprit du publie, et les renseignements fournis sur cette région par du Lact, Champlain et Charlevoix, constituèrent pendant longtemps tout ce que l'on savait du Saguenay ; et encore ces notions étaient peu exactes. Un peu après 1820, l'Assemblée législative entendit avec surprise Pascal Taché lui décrire cette région inconnue comme un pays d'un bel avenir. Enfin, en 1828, une triple exploration, ordonnée par l'Assemblée, fit connaître parfaitement cet immense territoire.

Jusqu'en 1812, le Saguenay fut affermé, d'abord à la Comimgnie des Postes du Hoi, qui fut remplacée, à l'époque de la cession du Canada à l'Angleterre, par la Compagnie du Nord-Ouest ; à celle-ci, succéda la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont le dernier bail expira en 1842. L'exploitation des bois, le commerce des fourrures et surtout l'agriculture ne devinrent libres sur ce territoire qu'à cette époque de cessation des privilèges de la puissante Compagnie. Comme on le voit, il n'y a qu'un demi-siècle que la colonisation a ses coudées franches au Saguenay ; et quels déveloi3pements prodigieux elle y a déjà produits !

Chicoutimi, qui devait en si peu de temps devenir le

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