‹ L'apôtre: drame en trois actes en versChapitre 19 sur 55 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MEOARÂ.

Aussi j'aurai ce soir cet honneur qu'on envie De dire les deux chants à Sylvain, à Bacchus.

FAUSTUS

Hélas ! des dieux impurs...

AFRÂNIUS.

Pourquoi, vieillard Faustus?

ELYMAS.

Parmi ces dieux impurs que le païen adore, En effet, ces deux-là sont les meilleurs encore ; Quant aux autres...

AFRANIUS

Crois-tu que je T ignore ? Non ; Je t'abandonne Mars, Vénus même, Junon, Et Minerve surtout! — D'y voir clair je me pique. Je suis un philosophe et non un fanatique.

Cependant tous ces dieux, méchants, haineux, jaloux, Fins comme des renards, voleurs comme des loups, Ont une qualité qui remplace les autres :

Leurs énormes défauts rendent petits les nôtres. Je m'admire en voyant ce qu'ils sont ; c'est pourquoi J'aime beaucoup mes dieux qui valent moins que moi !

ELYMAS.

Tu ne crois même pas à tes dieux !

AFRANIUS

Je m'explique : J'y crois, quand il le faut pour raison politique.

Vous savez que l'on s'est, à Rome, décidé, A mettre au rang des dieux tout César décédé ; Dire du mal des Dieux, en ce cas, c'est d'un traître ; N'en disons que du bien : mon empereur peut Tètre !

ELYMAS.

Ris ! sais-tu ce qui perd tout dans ce siècle-ci ? C'est le scepticisme.

AFRÂNIUS.

Oui, — le fanatisme aussi !

LYDIE

Et toi tu ne dis rien, étranger ?

PAUL

Non, j'écoute.

LYDIE

Partages-tu l'avis du duumvir !

PAUL

Sans doute.

LYDIE

Mais ta religion, tes dogmes et ta foi ?...

ELYMAS.

Pour lui, je vais répondre : il est Juif comme moi ; Ses traits me sont restés gravés dans la mémoire, Je le connus jadis et ce fut à sa gloire.

Quoiqu'il fût un enfant presque en ce temps ancien, Et quoiqu'il eût, je crois, pour maître un Pharisien.

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