SCÈNE VI
PAUL. FAUSTUS, LYDIE, MÉiiAHA, Esclaves.
Nous voici, nous voici, maître ! Bonnes nouvelles : Faustus va bien après ces blessures cruelles ; Pauvre jeune homme! Puis, nous avons rencontré Sur la route Elymas de licteurs entouré ; Afranius nous a raconté cette histoire ; J'en ai ri, j'en ai ri, comme tu peux le croire.
LYDIE
Trop pour une chrétienne, enfant !
Oui, j'en conviens, Tant de gaité va mal à de nouveaux chrétiens ; C'est vrai, ma sœur, il faut que je le reconnaisse. Me voilà grave comme une diaconesse !
Et pour le bien montier et prouver sans retard Je veux veiller moi-même aux apprêts du départ :
Il faut aux voyageurs, que souvent Ton repousse, Les fruits, le pain azyme et les jarres d*eau douce.
(Prenant quelques ballots aux mains des esclaves.)
Allons porter ceci dans le vaisseau d'abord.
— Faustus, aide-moi donc.
(Faustus obéit.)
Voyez comme il est fort !
FAUSTUS, chargé des ballots.
Plus que je ne pensais.
J'en voulais être sûre.
Tu ne souffres donc plus vraiment de ta blessure ?
FAUSTUS
Non.
Plus d'inquiétude alors en nous quittant !
(Les esclaves prennent les ballots des mains de Faustus et les portent dans le navire. Mégara s'arrête avec lui un moment.) •
Regarde : que c'est beau, la mer ! Es-tu content? On dirait qu'à partir chaque flot vous invite ! Voyager, c'est charmant ! — Tu nous oublîras vite.
FAUSTUS
Non, Mégara.
MEGARA, riant nerveasement.
Pourquoi? C'est très gai, le départ !
Vois-tu? les matelots chantent de toute part ! Non, je ne comprends pas que celui qui demeure
ACTK TROISIEME 71
Soit si triste... D'ailleurs, moi, jamais je ne pleure, Ne pleure pas non plus.
FAUSTUS
Mégara
C'est égal, C'est très gai le départ, mais cela fait bien mal !
(Elle tombe en sanglotant dans les bras de Lydie.)
FAUSTUS
Mégara !
PAUL
Reste ici , Faustus !
FAUSTUS
Te laisser, maître ?
PAUL
Ta présence là-bas me gênerait peut-être ; A ton âge, on n'a pas la force qu'il faudra Pour supporter et puis, regarde Mégara!
• FAUSTUS
Maître
PAUL
Soyez heureux, enfants, et, l'un et l'autre.
Souriez quelquefois au nom du vieil apôtre,
(Soariant.)
Pourtant, si son départ était mieux à ton gré, Mégara?...
Non ! Je suis heureuse : j'ai pleuré !
LYDIE
Maintenant, Mégara, Theure avance, fais trêve A ta joie, et songeons au maître après Félève : Va voir dans le vaisseau s'il ne manque plus rien.
Avec Faustus?
Sans doute.
MÉGARA, à Faustus.
Allons !
(a Lydie.)
Tout sera bien.
(Mégnra et Faustus entrent dans le navire.)