MGR DOMINIQUE RACINE
‘ L n’y a pas encore longtemps, le territoire du WE et du Lac Saint-Jean
Ils vivent encore en
bon nombre, ces vaillants colons qui, les pre-
miers, entreprirent ici la lutte sans cesse renouvelée de la civilisation contre la barbarie : à présent, ils jouissent paisiblement des fruits de leurs durs labeurs, et notre chère patrie canadienne-française voit briller, à sa couronne trois fois séculaire, un nouveau joyau
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qui, pourtant, n’a pas acquis encore tout l'éclat qu’il aura un jour.
On a déjà beaucoup écrit sur le Saguenay ; et plusieurs des travaux qu’on lui a consacrés ont attiré l'attention à juste titre, tant par leur mérite intrinsèque que par la célébrité de leurs auteurs. Un jour, sans doute, s'inspirant de ses devanciers et profitant de leurs recherches, quelque écrivain voudra refaire d’une manière plus complète l’histoire intéressante de cette colonie du Saguenay, dont les commencements, les progrès et les épreuves rappellent un peu les premiers temps de la Nouvelle-France. Cet historien que nous prévoyons, devra faire large place à celui qui est l’objet du présent travail, et qui est suffisamment désigné quand on l'appelle l'Apôtre du Saguenay, qualification qui résume parfaitement sa carrière, tant il s’est identifié lui-même, pour ainsi dire, avec les progrès matériels et spirituels de cette partie du pays.
Si les circonstances nous le permettaient, nous serions heureux d’entrer dans tous les détails pour raconter la vie et les œuvres du premier évêque de Chicoutimi ; il nous serait doux de tracer le tableau fidèle de ses talents, de ses qualités, de ses vertus. Mais il ne nous est possible que d’esquisser à grands traits cette existence si bien remplie.
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Cet humble travail, tout imparfait qu’il est, nous le déposons pourtant avec bonheur sur cette tombe qui s’est creusée si prématurément, comme un pieux hommage de reconnaissance et de dévouement filial à la mémoire du regretté prélat.
DANS LA FAMILLE —CHEZ LES HUROXS — AU SÉMINAIRE DE QUÉBEC — LES ‘ FINISSANTS ?”’ DE 1848-49 — LE SACERDOUE.
; dela Jeune-Lorette. Ii était fils de sieur Michel Racine et de dame Louise Pepin.
Son aïeule maternelle, qui a laissé le souvenir des plus solides vertus, était la sœur de M. Antoine Bédard, curé de Charlesbourg, dont la mémoire est restée en vénération parmi les descend.".cs de ses paroïssiens. Il était encore peu âgé, lorsqu'il perdit son père. Sa pieuse mère sut déposer dans son cœur les germes précieux des vertus qui devaient plus tard être pour nous un si grand sujet d’édification. Madame Racine, décédée, il y à une quinzaine d’années, après une longue vie toute consacrée à remplir ses devo’rs envers Dieu et envers le prochain, peut être citée à bon droit comme un modèle accompli des vertus chrétiennes.
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M. Lefrancois, l’instituteur de Saint-Ambroise, et qui était le parrain du jeune Racine, lui donna les premiers éléments de l'instruction. Le pieux enfant s’approcha pour la première fois de la table sainte en 1838. Dans nos bonnes familles canadiennes, c’est un événement considérable que la première communion de l’un de ses membres ; et si on y attache tant d'importance, c’est que l’on comprend bien que cet acte solennel est comme un point de départ dans la vie de l’enfant. Aussi ne manque-t-on pas de le bien préparer, longtemps À l'avance, à cette première participation au banquet divin.
Dès cette époque, le jeune Racine aimait le service des autels, et remplissait avec zèle les fonctions d'enfant de chœur à la chapelle des Hurons de la Jeune-Lorette. Cet attrait pour les cérémonies saintes est souvent l’un des premiers indices de la vocation ecclésiastique. Qu'il est beau et touchant de voir, autour des saints autels, cette phalange de pieux enfants faire cortège à Notre-Seigneur, lorsqu'il veut bien s’y rendre présent ! Pendant que des multitudes d’esprits célestes accompagnent le Roi des cieux, invisibles à nos faibles regards, l’Egiise appelle au sanctnaire, auprès du Divin Maître, ceux de ses membres qu’elle croit les plus aimés de celui qui a dit : ‘ Laissez les petits safants venir à moi!” Revêtus de
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leurs blancs habits, symbole de l’innocence de leurs cœurs, ces jeunes chrétiens sont bien alors les anges de la terre, et Notre-Seigneur les regarde avec amour.
La tribu huronne n’a jamais perdu le souvenir du jeune Racine ; et depuis, sa visite était tout un , y . . " événement dans le village ; la joie des bons Hurons, surtout, fut extrême, lorsqu'ils revirent parmi eux, bien longtemps après, le petit servant de messe d’autrefois revêtu de la dignité épiscopale.
En 1840, il entrait au Séminaire de Québec, où il fit un excellent cours d’études, malgré quelques maladies assez sérieuses, notamment dans sa dernière année de petit séminaire. En cette même année, 1848- 49, il s’occupa beaucoup de lAbeille, que lon commença alors à publier, et dont il fut le rédacteur et gérant. Il termina son cours classique en 1849. Des huit élèves qui composaient la classe À laquelle ïl appartenait, sept embrassèrent l’état ecclésiastique : c’étaient, outre Mgr Racine, Mgr T.-E. Hamel, protonotaire apostolique et vicaire général de Québec ; M. F.-X. Plamondon, décédé le 16 juin 1894, curé de Saint-Jean-Baptiste de Québec ; M. O. Paradis, décédé de 1er mars 1889, curé de Saint-Anselme ; le chanoine F.-E. Blouin, V. F., curé de Carleton ; M. J. Lagueux, décédé le 23 novembre 1888, curé de Saint-Jean-Port- Joli, et M. F. Brunet, décédé le 17 décembre 1898.
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De ces sept élus du sacerdoce, Mgr Racine fut le
premier appelé à recevoir la récompense que Dieu réserve à ceux que Lui-même a choisis pour travailler à sa vigne. Quant à celui de ces confrères qui n’embrassa pas l’état ecclésiastique, M. Tardif, il se voua à l’enseignement et exerça de cette manière, lui aussi, une espèce de sacerdoce.
C’est un moment solennel, pour l’écolier, que la fin du cours d’études classiques. Quoiqu'il l'ait désirée bien des fois, il la voit enfin arriver avec quelque effroi. Outre les incertitudes d’un avenir tout enveloppé de nuages, le jeune homme a le cœur déchiré par les amertumes d’une séparation qu’il ne prévoyait pas si pénible à subir. Ces compagnons de classe, dont dix
années de vie commune ont fait comme autant de frères,
et qui vont se quitter tout à l’henre pour suivre des routes bien différentes, voient alors combien ils s’aimaient sans s’en être bien rendu compte jusqu'alors. Ne faut-il pas quelquefois cette terrible séparation causée par la mort d’un ami, d’un parent, d’un bienfaiteur, pour que notre cœur se révèle à lui-même jusqu’à quel point il affectionnait cette personne chérie ? — Pour diminuer le chagrin de cette séparation douloureuse, pour l’adoucir par l'espérance de se revoir, les finissants de plusieurs de nos collèges ont adopté le touchant usage de déterminer certaines époques où il y aura