‹ L'apôtre du Saguenay [microforme]Chapitre 12 sur 25 · TN TIRE · texte numérisé non relu

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ï ! communications à cette époque de l’année, se rendirent

aussi à Chicoutimi, pour consoler leur Père bien-aimé | dans cette épreuve douloureuse ’ w’il subissait. ‘ Le |

“bon Dieu m'a demandé, cette année, deux grands il “ sacrifices : mon départ du Séminaire, et cette pénible |. ‘ maladie, ” disait-il aux Messieurs du clergé qui 4 avaient pu se réunir pour lui présenter leurs hommages

et leurs souhaits de bonheur, la veille du 1er jauvier. ‘4

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Quelle poignante émotion étreignait tous les cœurs en Î : cette circonstance, lorsque le bon évêque, réduit à une | extrême faiblesse et portant sur sa figure les indices | |

| | | des ravages effrayants que la maladie avait déjà faits, L FA à | voulut comme à l’ordinaire adresser à ses fidèles

collaborateurs les vœux que formait pour eux son cœur paternel, et leur donner sa bénédiction ! Tous étaient malheureusement si convaincus que jainais plus sen plable occasion ne les verrait rassemblés autour du Pasteur aimé, et qu’ils entendaient presque les der-

nières recommandations d’un mourant ! Li

Quand les visiteurs se retiraient, Mgr Racine,

toujours fidèle à l’extrème bienveillance et à la cour-

toisie exquise que tous ceux qni l’ont connu ont pu

écouter leurs protestations, les accomipagnait d’un pas chancelant non seulement jusqu’à la porte de son 8.

appartement, mais presque jusqu’à la porte extérieure

1h apprécier si souvent, domptait sa défaillance, et, sans

de l'Hôtel-Dieu.— Alors, si les exigences de la règle et du service de l'hôpital leur en laissaient le loisir, les bonnes religieuses accouraient à leur tour pour tenir compagnie à l’auguste malade. Quels utiles conseils pour la régie de cette communauté encore jeune, quels préc'eux avis pour leur sanctification personnelle, quels encouragements à marcher courageusement dans les voies parfois difficiles de leur vocation, elles recueillirent chaque jour de ces entretiens dont elles connais-

saient tout le prix !

Elles en conserveront toujours le souvenir, et ces traditions saintes, regardées comme le testament du pieux fondateur de la maison, demeure- $ ront à travers les années, continuant toujours de

produire des fruits de bénédiction dans le monastère,

Ainsi s’écoulèrent les jours et les semaines, jusqu’au vendredi 27 janvier 1888. L'état du malade demeurait À peu près le même ; et, s’il n’était plus guère possible d'espérer qu’il reviendrait à la santé, 11 était au moins permis d'espérer que durant encore un temps assez long le bon Père resterait au miiieu de ses enfants, C'était une de ces journées où il se disait mieux, malgré

sa faiblesse. Comme à l’ordinaire, il reçut les personnes l qui se présentèrent pour luifaire visite. Enfin, rien ne | pouvait faire prévoir un dénouement fatal et prochain, lorsque, sur les einq heures du soir, survint une hémor-

ragie considérable, accompagnée de syncopes. Les

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forces ne répondant plus à son courage, il lui fallut alors garder le lit. Maïs son état de faiblesse extrême ne lui permettant pas le moindre mouvement sans qu’il y eût danger d’autres hémorragies, qui se renouvelèrent en effet à plusieurs reprises, il conserva ses

vêtements ordinaires, et la mort le surprit revêtu de sa

robe épiscopale.

On peut imaginer quel émoi produisit partout la nouvelle de l’aggravation soudaine survenue dans l’état du malade. Tout espoir était désormais perdu, et tous redoutaient le retour dela lumière, après cette nuit qui commençait, dans la crainte qu’il ne coïncidât avec l’annonce de l’événement douloureux que l’on prévoyait.

Les révérends Messieurs A. Fafard, curé d'office de la cathédrale, et T. Roberge, secrétaire de lEvêché, voulurent passer la nuit auprès du malade. Le saint évêaue ne consentit qu'avec peine à accepter leur dévouement, tant il lui répugnait toujours de causer au prochain le moindre dérangement. A la fin, il se rendit à leur prière, mais non sans avoir demandé à la Supérieure de l’'Hôtel-Dieu, pour ces Messieurset pour le Dr L.-E. Beauchamp, son médecin ordinaire, ’autorisation de passer la nuit dans l'établissement : tou-

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l'autorité, que le prélat mourant donnait à la pieuse

eommunauté.

Dans la soirée, M. le curé Fafard, voyant que le danger, sans être imminent, ne laissait pas de causer des inquiétudes, proposa au malade de recevoir les derniers. sacrements de l'Eglise. Mgr Racine, bien qu’il ne pensât pas son état aussi grave qu’il l'était, se rendit à cette proposition: et il reçut la sainte Eucnaristie et l'Extrême-Onction avec les sentiments de la plus grande piété, répondant exactement aux

prières qui accompagnent ces cérémonies touchantes.

Pendant le reste de la nuit, il fitses dernières recommandations aux révérends MM. Fafard et Roberge qui lassistaient, entrant dans tous les détails, accordant un souvenir à tous ceux qu’il avait aimés ; et il disposait ainsi toutes choses et parlait de tout, avec un calme si grand, qu’il semblait plutôt régler les affaires d’une

autre personne.

Quand il en vint à parler de son diocèse et de son

séminaire, les sentiments les plus affectueux débordè-

rent de son cœur d’apôtre. ‘Mes prêtres et mes ‘ diocésains, s’écria-t-il, comme je les ai aimés! Quel ‘ plaisir c'était pour moi, lorsque je voyais chacun

“ d’entre eux ! Vous aurez un évêque plus savant que

“ moi, administrateur plus habile ; mais il ne vous

“ aimera pas plus que moi !....Mon séminaire. ...Mon

“ séminaire, comme je l’aimais! je puis dire de lui,

‘comme Adam de la compagne que Dieu lui avait ‘ donnée: C’est l’os de mes os, la chair de ma chair ! ‘“ J'aurais voulu faire pour lui beaucoup plus que je

‘ n’ai fait: Dieu ne l’a pas permis !”

Dans la matinée du 23 janvier, le vénéré prélat donna ses dernières bénédictions à ses prôtres, aux religieuses de lHôtel-Dieu et du Couvent du Bon- Pasteur, et à de fidèles parents et amis accourus auprès de lui, Versdix heures, ses souffrances devinrent très grandes ; à dix heures et trois quarts il tomba en agonie, et M. le curé Fafard récita les prières des agonisants, au milieu des larmes de tous les assistants. Quelques minutes avant onze heures, il rendait son âme à Dieu.

Aussitôt, les cloches de la Cathédrale, du Séminaire, du Couvent et de l’Hôtel-Dieu, sonnant à toute volée, firent connaître à toute la population la lugubre nouvelle, La jeune Eglise de Chicoutimi venait de perdre déjà son premier Pasteur ; le Saguenay, son meïlleur ami, son plus ferme soutien, celui qui était à la fois son orgueil, sa force, son espérance.

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