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Les Jésuites desservirent la mission de Chicoutimi jusqu’en 1782; ce fut à cette époque que mourut le Père de La Brosse, dernier missionnaire de la Compagnie de Jésus qui en fut chargé. De 1782 à 1845, la mission recevait chaque année la visite d’un prêtre
séculier qui y demeurait pendant quelques semaines, pour instruire les sauvages qui sy trouvaient et leur administrer les sacrements. En 1844, les Oblats se chargèrent des missions du Saguenay, et fixèrent leur résidence à la Grande-Baie 1.
aux bonnes œuvres est bien connu, avait mis tout son zèle au service de la pieuse entreprise. M. l’abbé T. Roberge, alors
secrétaire de l’évêché de Chicoutimi, fit les plans de l'édifice et en dirigea l’exécution.
1—Les premiers Oblats résidant au Saguenay, furent les Révérends Pères J.-B. Honorat, F1. Durocher, M. Bourassa et P. P. Fisette. De ces quatre missionnaires, le seul survivant est st M. Bourassa, frère de l'artiste et littérateur, N. Bourassa, de Montréal ; il a quitté, depuis bon nombre d’années, la Congré- d gation des Oblats et réside maintenant à Longueuil. Dans l'été de 1888, M. l’abbé Bourassa a parcouru une partie du Saguenay v( et du Lac Saint-Jean, qu’il n'avait pas revus depuis plus de p quarante ans : on peut imaginer s’il a été étonné des progrès sl considérables accomplis dans ce territoire pendant cet espace à de temps.—Comme souvenir de cette visite, il a laissé au Sémi- n naire de Chicoutimi les portraits, d'assez grand format, des 1 quatre premiers Oblats qui ont desservi le Saguenay.
M. Faucher de Su:nt-Maurice racontant, dansu ne irtéressante n correspondance publiée sur La Presse du 15 mai 1889, la visite qu’il fit en 1888 à la Trappe de Staouëli, en Algérie, rapporte
ces mots que lui adressa le Père prieur en lui montrant le 4 cimetière de la maison :
“# Tenez, me dit-il en m’indiquant une croix, il y a Ià un de
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La première chapelle construite pour les Canadiens fut bénite le 17 janvier 1845 ; elle était située sur les bords de la Rivière-du Moulin, et a subsisté jusqu’à une couple d’années après l’arrivée de M. Racine. Au mois de mars de la même année, le Père F1. Durocher se fixa à Chicoutimi. En février 1847, M. J.-B. Gagnon fut nommé curé de Chicoutimi, où il résidait déjà depuis quelque temps comme aide des Oblats. T1 fit bâtir une nouvelle église, près du site de la cathédrale actuelle. Ce temple, construit en bois, servit au culte divin jusqu’au mois d’août 1878, et fut démoli en l’automne de cette même année. M. Gagnon demeura à Chicoutimi jusqu’en 1854, et fut remplacé par M. F.-A. Blouin ; mais, en 1856, il fut de nouveau chargé de cette cure, poste qu'il occupa jusqu’en 1862; et il eut alors pour successeur M. Racine, qui fut ainsi le troisième curé de cette paroisse.
vos compatriotes, un Canadien-Français, qui à été l’ami tout particulier du maréchal de Mac-Mahon. C’est un saint, et je suis heureux d’avoir été et d’être encore aimé de lui. Il est né à Contrecœur ; il s'appelait Pierre Fiset. Il a été prêtre chez nous et prieur de la Trappe. Ilest mort ici, le 3 septembre 1878, à l’âge de 57 ans, après avoir été 32 ans en religion.
“ Et pendant que le prieur disait le De profundis, je lus sur la modeste croix du trappiste :
Nonnus Edmundus monachus sacerdos. 3 sept. 1878.’
Ce Père Edmond est, sans aucun doute, le P. Fisette, l’un des quatre premiers Oblats du Saguenay.
Quant aux PP. Honorat et Durocher, ils moururent, le premier à Paris, et le second à Québec.
Raconter en détail l’histoire de Mgr Racine, à cette époque importante de sa vie, exigerait des développements très considérables : ce serait faire l’histoire complète du Saguenay, dont les plus grands progrès se sont accomplis pendant ces vingt-six années. Et anquel
de ces progrès n’a-t-il pas contribué, d’une manière ou d’une autre? Ila présidé à l’établissement d’un grand nombre des paroisses et des missions de ce territoire ; toutes les fondations religieuses sont son œuvre; il s’est intéressé aussi, souvent d’une façon très prochaine, À l'avancement purement matériel de cette partie du
pays. — Si nous ne pouvons pas donner à notre travail
les proportions qu’un tel sujet semble exiger, du moins
énumérons les principales de ces œuvres que le prélat défunt laisse après lui et. qui feront à jamais bénir sa
mémoire ; mentionnons aussi les événements les plus remarquables de sa vie pendant cette dernière période,
Le nouveau curé ‘ at faire en goëlette le trajet de ia Rivière-du-Loup à Chicoutimi ; car les bateaux à
vapeur, qui mettaient le Saguenay en communication avec le reste du pays, ne se rendaient alors qu’à la Baie des Ha ! Ha !1.
1—Le premier bateau à vapeur qui entreprit de tenir une
ligne régulière entre Québec et le Saguenay, fut l’Unicorne [1840-42] ; plusieurs autres vaisseaux 1e remplacèrent successivement, ne faisant que peu de voyages chaque année. Depuis
: 1861, ces voyages furent beaucoup plus nombreux, de 21 à 77
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En 1862, Chicoutimi était loin d’être la jolie petite ville que nous voyons aujourd’hui : une église de chétive apparence, des habitations isolées et peu nombreu-
ses, un simple village, en un mot, comme on en voit dans les cantons nouveaux. Il a suffi d’un quart de siècle pour remplacer cette installation primitive. Et
pendant que les magasins, les boutiques et les résidences privées se multipliaient ; pendant que l’on ouvrait des rues nouvelles et que l’on faisait de toutes parts ces plantations d’arbres qui donnent à la jeune cité un air si coquet pendant la belle saison, nous voyons surgir un à un, sous l’énergique irapulsion du nouveau curé, ces édifices religieux, aux proportions déjà remarquables, que le voyageur est surpris de contempler dans un pays si récemment colonisé.
chaque été. En 1870, la Compagnie du Saint-Laurent fit rendre ses navires jusqu’à Chicoutimi, qui n’a pas cessé depuis lors d’être le terme de cette navigation entre Québec et le Saguenay ; et même, depuis que la Compagnie du Richelieu a remplacé la Compagnie du Saint-Laurent [1886], Chicoutimi est à la tête, comme Toronto l’est dans Ontario, d’un des plus beaux parcours de navigation fluviale qui existe [791 milles].
CouvExT DE CHICOUTIMI — INFLUENCE DE M. RACINE SUR LES PROGRÈS DU SAGUENAY — L’INCENDIE DE 1870 — LE SÉMINAIRE DE CHICOUTIMI — UNE CATHÉDRALE.
ME Révérend M. Racine, qui dès la première
année de son séjour à la Rivière-du-Loup
D sy était occupé de la fondation d’un
couvent, ne pouvait manquer de vouloir
doter sa nouvelle paroisse d’une semblable
institution. Les couvents, on peut le dire sans
hésitation, ont joué un rôle considérable dans
l'établissement de notre jeune peuple ; le clergé et les fidèles en ont bien saisi l'importance, dès les premiers
temps de la colonie, et n’ont pas depuis changé d’avis à cet égard. Il y eut des couvents à Québec et à Montréal avant que l’on y ouvrit des séminaires, et les
circonstances l’exigeaient ainsi. En effet, la mère patrie
fournissait facilement les ouvriers évangéliques et les
hommes de profession que requérait le pays. Mais les
mères de famille, il fallait les former sur place ; et si
nous sommes fiers à juste titre de la politesse de nos
mœurs, si nous parlons encore avec orgueil notre bonne
vieille langue du grand siècle, si nous sommes heureux d’être bons catholiques, avouons avec reconnaissance que nous devons en grande partie ces avantages précieux au dévouement des Marie de l’Incarnation, des Marguerite Bourgeoys et de leurs saintes compagnes. — Or, à plus d'un point de vue, la colonisation du Saguenay a reproduit fidèlement, sur un théâtre moindre, sans doute, les circonstances de la fondation de la Nouvelle-France. Et, à l'exemple des premiers missionnaires du Canada, M. Racine comprit tout de suite qu’à cette population, isolée du reste du pays, il fallait procurer tous les secours nécessaires pour assurer
son avenir,
C’est en 1864 que M. Racine fonda le couvent de Chicoutimi, et le confia au dévouement des Révérendes Sœurs du Bon-Pasteur, qu'il avait pu apprécier dans l'établissement d’une œuvre semblable à la Rivière-du- Loup. Ses bienfaits envers cette institution ne sauraient être comptés ; il aida constamment à ses progrès, avec une sollicitude qui ne se ralentit jamais. Dans ses dernières années, il eut la joie de voir cette première de ses fondations à Chicoutimi prendre des développements nouveaux, sous la direction intelligente de son remplaçant à la cure de Chicoutimi, M. l'abbé Amb.
Fafard.
Chaque année, le 24 janvier, on solennisait au
eureux Couvent l’anniversaire de la naissance du Fondateur issance bien-aimé, et ceux qui ont eu la bonne fortune d’être récieux témoins des réjouissances que ce beau jour ramenait 8 Mar- avec lui, n’oublieront jamais de quelle délicate manière is on s’ingéniait à témoigner au bon Père l’amour, la on du vénération et la reconnaissance qui remplissaient les héâtre cœurs. Le 24 janvier 1888, qui précéda de si près la dation mort de Mgr Racine, la fête était préparée comme à emiers l'ordinaire, tellement l’on voulait espérer même contre out de toute espérance. Mais, hélas ! ces pieux préparatifs ays, il furent inutiles ; il fallut se contenter d'offrir au Pasteur ant tendrement aimé des souhaits de bonheur, des vœux pour sa guérison et des cadeaux, précieux gages de
nt dù gratitude, qui réjouirent le cœur du malade ; mais anis l’offrande du plus grand prix fut une communion dans générale faite par la communauté, le matin de la fête, RE A pour demander son rétablissement.
sau- Monseigneur Racine, depuis son élévation à l’épiscoprès, pat, célébrait chaque matin la sainte messe dans la Dans pieuse chapelle du couvent de Chicoutimi, et c’est 1
ière qu’il offrit pour la dernière fois le saint sacrifice, le 10 PPpe- novembre 1887.
> son Lib. Mais le curé de Chicoutimi ne renferma pas l’action
de son zèle dans ses fonctions de pasteur des âmes ;
jusqu’à la fin de sa vie, nous le voyons remplir pour le Saguenay le rôle important du clergé canadien dans la
direction spirituelle et temporelle de notre jeune peuple, violemment séparé de sa mère patrie. En effet, on peut dire que, de 1862 jusqu’à l’époque de sa mort, il ne s’est rien fait d’important au Saguenay, sans la coopération, et scuvent l'initiative, de Mgr Racine. Ainsi, pour ne parler en ce moment que des développements matériels de ce territoire, quels efforts et quelles démarches ne s’est-il pas imposés pour l’ouverture des chemins de colonisation ! Il avait bien saisi l’importance de ces améliorations pour l’avenir du Saguenay; et les événements sont venus plus tard justifier ses prévisions. Lorsqu'on ne crut pas devoir agir suivant ses conseils, on eut à regretter des travaux inutiles et des dépenses sans résultats. Cette voie ferrée, qui relie À présent le Saguenay au reste de la Province, et qui fut enfin complétée dans ces dernières années, grâce au bon vouloir des gouvernements d'Ottawa et de Québec, avec quel dévouement et quelle énergie il travailla à sa réalisation ! Disons, en un mot, qu’il s'était si bien identifié avec ce pays du Saguenay, qu’il faisait de ses pr?grès en tout genre comme son affaire personnelle, Aussi, les gouvernants le savaient si bien renseigné sur cette contrée, ils s'étaient si bien habitués à lui voir plaider la cause des colons en toute circonstance, qu’ils ne prenaient aucune décision sur ce qu’il fallait faire au Saguenay, sans l’avoir consulté auparavant. De même, le peuple du Saguenay, qui l’avait vu à l’œuvre pendant
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euple, t, on ort, il ns la acine, relopts et uUver- | l’imenay; " ses vant S et relie fut au bec, la à ien ses lle, sur roir ils au ne, ant
un si grand nombre d’années, et savait qu’il pouvait compter sur lui comme sur un ami dévoué et un protecteur puissant, s’était accoutumé à recourir à lui dans tous ses besoins et toutes es difficultés : aussi son découragement fut-il profond, quand il se vit privé de celui qu’il regardait avec raison comme son plus ferme soutien, comme son meïlleur ami ! Il ne voulut être consolé, que le jour où il vit que la Providence lui donnait de nouveaux Pasteurs si aptes à recueillir cet héritage difficile, de nouveaux Pères dont le cœur renferme de pareils trésors de bonté et de dévoue-
ments..,...
Reprenons cependant le cours de notre récit, et continuons de contempler les œuvres de cet apostolat
long et fructueux.
L'année 1870 restera tristement mémorable dans les annales du Saguenay. Le 19 maï, tous s’en souviennent encore, un effroyable incendie ravagea presque toute la partie colonisée de ce vaste territoire. L'élément destructeur, parti des environs de la rivière Mistassini, au lac Saint-Jean, ne s’arrêta qu’à la Baie des Ha ! Ha !, après avoir ravagé une superficie d’environ quinze cents milles. Ce jour-là, cinq cents familles, dont la plupart avaient pu acquérir une certaine aisance à force de sueurs et de fatigues, se virent réäaites à la plus extrême indigence. Dans la soirée, entre sept et huit
heures, l’incendie avait atteint les hauteurs qui entourent Chicoutimi, etle village était véritablement entouré d’un cercle de feu. C'est alors qu’on vit même un protestant, feu M. William Price, l’un des membres de la maison Price, accourir vers le curé de Chicoutimi et demander sa protection. M. Racine se rendit aussitôt
au Bassin de la rivière Chicoutimi, réunit la population de l'endroit au pied de la croix érigée sur le site de l’ancienne chapelle des Jésuites ; et ce peuple consterné s’unissant à son pasteur, d’ardentes supplications s’élevèrent au ciel, pour demander la cessation du fléau. Le feu s'arrêta, et le village fut préservé. Tout le
monde est résté convaincu que la prière du curé de Chicoutimi obtint cette protection extraordinaire. On se demande avec effroi quelle aurait été l’étendue de la calamité, si le village avait été incendié. Les habitants, chassés par le feu, n’auraient eu pour refuge que les eaux de la rivière Saguenay, et n'auraient ainsi
évité un genre de mort que pour périr d’une autre manière, En outre, si le village de Chicoutimi avait été dévasté, lui aussi, comment aurait-on pu pourvoir aux secours immédiats que réclamait une population en détresse, disséminée par tout le Saguenay ?
En effet, c'est À Chicoutimi qu’un comite de secours
se forma aussitôt pour venir en aide aux pauvres incendiés, et subvint aux besoins les plus urgents, en attendant l’assistance du dehors. M. Racine fut l’âme
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DU SAGCENAY
de cette organisation. On sait que tout le pays s’émut
au récit de la calamité qui avait frappé les colons du
Saguenay : le gouvernement provincial, les associations
diverses, le peuple des cités et des campagnes, tous rivalisèrent pour expédier sans délai des graius, des provisions, des vêtements, ete. Tous ces articles arrivaient en immense quantité, à Chicoutimi même, par les bateaux à vapeur. Imagine-t-on quel travail énorme exigeaient la réception, le classement et la distribution de ces envois? M, Racine, avec quelques auxiliaires intelligents, se dévoua à cette ingrate besogne pendant des mois ; les jours et les nuits étaient consacrés à ces occuvations fatigantes, et l’on s’étonne qu’il ait pu supporter de tels labeurs. Quand ïl n'aurait pas d’autres états de service, le dévouement extraordinaire qu’il montra en ces circonstances suflirait pour lui mériter à
jamais la reconnaissance du Saguenay.
L'année suivante, en 1871, les amis de M. Racine eurent la joie de voir changer son titre de vicaire forain, qu’il avait depuis 1862, pour celui de vicaire général de Mgr Taschereau: c’était une preuve non équivoque de l’estime et de la confiance que lui témoignait l’éminent archevêque de Québec, estime et confiance que les années n’ont fait qu’augmenter encore dans la suite, (C’était aussi le mettre en position de travailler avec encore plus d’eflicacité aux progrès du
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Saguenay ; et le nouveau grand vicaire ne faillit pas à la tâche.
Nous arrivons ici à la fondation du Séminaire de Chicoutimi : ce fut l’œuvre de prédilection du grand vicaire Racine, celle qui lui tint le plus au cœur Comme pour ses autres fondations, et beaucoup plus même, il mit à contribution ses ressources personnelles, jusqu’à se dépouiller de tout ce qu’il possédait, pour ainsi dire, afin d’aider cette institution. Lorsque fut construite la première aile de l'édifice actuel du Séminaire, on le vit travailler de ses mains, ne se contentant pas de consacrer à cette œuvre ses ressources, son intelligence et son cœur. — Il sera intéressant, croyons-nous, de donner ici quelques détails sur les débuts de cette maison.
Dans l’été de 1870, un ministre protestant vint s'établir ! à Chicoutimi, et ouvrit une école où l’on enseignait le français et l'anglais et dans laquelle on recevait gratuitement les enfants des Canadiens. A la vue du danger que courait son troupeau, M. Racine forma le dessein de fonder une école commerciale, afin d’ôter à ses paroissiens la tentat1n d'envoyer leurs enfants à
1—Cette mission protestante a été abandonnée, il y a déjà plusieurs années, et le temple que l’on avait construit a été vendu et consacré à des usages tout à fait profanes. Nous pouvons espérer que le Saguenay sera toujours, comme aujourd’hui, une terre canadienne-française et catholique.
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l’école protestante ; avec le temps, cette maison d’éducation deviendrait un collège. A part cette raison de prudence, d’autres motifs justifiaient le projet de cette fondation. Les colons d': Saguenay, isolés du reste du pays, n’étaient pas dans une condition de fortune qui leur permit d'envoyer leurs enfants dans les collèges de la Province, tous situés à une grande distance. Et une nombreuse jeunesse, pourvue de talents comme celle des autres parties du pays, y demeurait dans l’ignorance, privant la religion et la patrie des secours qu’elles ont droit d’attendre de tous leurs enfants.
Après plusieurs essais qui n’eurent pas de résultat, M. Racine se décida, dans l’hiver de 1872, à tenter un nouvel effort, et il exposa à l’archevêque de Québec la nécessité d'ouvrir sans retard cette maison d'éducation dont il attendait de si heureux effets. Mgr Taschereau lui répondit, le 18 avril: “Je donne de tout mon cœur ma bénédiction au futur collège dont les humbles commencements promettent, comme tout ce qui est humble, une grande prospérité et une longue durée, Erxaltavit humiles..Je ferai tout en mon pouvoir pour l'aider et le favoriser 1... Courage ! Confortare et esto
1— Personne n’ignore avec quelle générosité Son Eminence a tenu sa promesse ; aussi le Séminaire de Chicoutimi conservera toujours, avec une reconnaissance sans bornes, le souvenir de la part très grande qu’Elle prit dans l’œuvre dela fondation, et de l'intérêt qu’Elle a porté à ses développements.
42 L'APÛTRE
robustus. Une œuvre comme celle-là ne se fait pas en un jour, ni sans des peines infinies. Vous serez tenté plus d’une fois de regretter de l'avoir entreprise, vous vous trouverez souvent en face de difficultés qui paraîtront insurmontables ; mais ne craignez rien, car Dominus erit vobiscum, et à la fin vous direz avec joic : Bonum certamen certavi.... Voilà donc la première pierre de l’édifice que je pose ct qué je bénis ; vous allez dire peut-être qu’elle paraît lourde et hérissée d’angles menaçants. C’est néanmoins une pierre de la
meilleure espèce.”
Ayant appris le projet que l’on avait formé, les commissaires d’écoles du village de Chicoutimi offrirent une maison pour la réalisation de ce dessein (14 nov. 1872). Cet édifice, qui servait déjà d’école, était en bois et à deux étages 1. Pendant l'hiver et l’été de 1873, on fit à la bâtisse les réparations et les modifications nécessaires, et, le 28 juillet, Mgr l’archevêque la
bénit solennellement.
Le 15 août 1873, Mgr l’archevêque érigeait canoniquement le Séminaire ue Chicoutimi, et le plaçait sous la protection de la Sainte Famille. Sa Grandeur nommait M. Racine Supérieur de l'institution. Les classes s’ouvrirent le 15 septembre suivant, avec un
ne non cet édifice est employé comme hôtel de ville,
pas en Z tenté e, vous és qui on, car : avec emière vous irissée de la
, les offrin (14 était té de fica-
1e la
oni-
personnel peu nombreux, deux prêtres ct un diacre. Durant cette année, le nombre des élèves fut de 61, et les quatre classes du cours commercial furent organisées.
Le cours classique ne commença que l’année suivante. En cette année, 1874, la première aile du Séminaire fut construite, sous la direction immédiate de M. Racine, et en 1875, le 4 août, Mgr l’archevêque en fit la bénédiction solennelle. Ce jour, qui était celui de la fête patronale du Supérieur de la jeune institution, fut un jour de réjouissances publiques pour les paroïssiens de Chicoutimi, qui comprenaient bien quels avantages ils retireraient d’une semblable maison d'éducation
établie dans leur paroisse.
Le 7 septembre 1875, la communauté prit possession de la nouvelle demeure, et, acquiesçant au désir de Mgr l’archevêque, M. le G. V. Racine vint lui-même y résider, tout en continuant à remplir la charge de curé de Chicoutimi. Il était ainsi en mesure de suivre et de diriger de plus près l’œuvre qui n’était encore qu’à ses débuts. S’astreignant lui-même à toutes les exigences de la vie de communauté, il s’étudia constamment à établir et à fixer l’esprit et les traditions de la maison. Fil ne nous est pas permis d’entrer ici dans des détails qui appartiennent à l’histoire intime du Séminaire, nous pouvons du moins affirmer que les prêtres qui ont eu l’avantage de vivre en sa compagnie de 1875 à 1887, n’oublieront jamais les beaux exemples
| de charité et de dévouement qu’il leur a donnés si ‘1 souvent. Et l’un des plus vifs regrets qu’il éprouva sur le bord de la tombe, ce fut de n’avoir pas été en 4 mesure de faire encore davantage pour cette institu- A tion ; comme il aurait été heureux, le jour où il aurait À pu ajouter de nouvelles constructions au premier | édifice, depuis longtemps trop étroit !
Ajoutons quelques faits, pour montrer combien il eut à cœur de compléter l’organisation de la maison. Le 25 décembre 1880, il y établit la Congrégation de la sainte Vierge ; le 25 février 1881, il désigna saint Thomas d'Aquin comme patron des études au Grand et au Petit Séminaire. Ce fut aussi par ses soins que le Séminaire fut affilié à l’Université Laval le 22 mai 1877, et qu’il fut érigé en corporation, en 1879, par acte du Parlement provincial. Enfin, il rédigea lui-même les Constitutions du Séminaire et les mit en force le 21 janvier 1882.
En 1882, il se démit de la charge de Supérieur, mais il continua de résider dans le Séminaire, jusqu’en 1887. Le 5 octobre de cette année fut un jour de deuil pour lui et pour le Séminaire : ce jour-là, le fon-
dateur bien-aimé, refusant de se rendre aux supplications les-plus pressantes des Messieurs du Séminaire, qui ne désiraient rien tant que le voir demeurer toujours au milieu d’eux, ce jour-là, disons-nous, il s’im-
posa le sacrifice de se séparer de son œuvre chérie, et se retira dans une maison fort modeste, en attendant qu’il fût possible de construire un palais épiscopal. Il voulait par là mettre quelque espace de plus à la disposition de la communauté, dont les développements rapides exigeaient un local de plus en plus étendu. Nous pouvons assurer que cette séparation fut bien cruelle et pour lui et pour les Messieurs du Séminaire ,...
Chicoutimi doit encore à celui qui fut si longtemps son pasteur dévoué, celui de ses monuments dont il s’enorgueillit à plus juste titre. En effet, de 1876 à 1878, nous voyons le curé de Chicoutimi diriger la construction d’une nouvelle église paroïssiale, temple magnifique qui, depuis son achèvement en 1891, fait l'admiration des connaisseurs par la pureté de son architecture. —A son insu, c’était la cathédrale d’un nouveau diocèse qu’il avait construite,
D Le de « = PARA ee HERO MERE EEE à MR ne TE EE — SR, PS Es
RS EP A a Em RÉ LR en
Mar RACINF, PREMIER ÉVÊQUE DE CHICOUTIMI — UNE FÊTE REMAR- QUABLE — FRUCTUEUX ÉPISCOPAT — NOTRE-DAME DU SAGUENAY — LE MONASTÈRE DE LA MÈRE DE L'INCARNATION, A ROBERVAL.
Wé# IICOUTIMI devenir le siège d’un nou- Mes veau diocèse! Qui aurait pu le prévoir, il y a seulement vingt-cinq ans ?
C’est en 1878 que s’accomplit cet évé-
nement d’un si grand intérêt pour le Sague-
nay. À cette époque, un rameau se détachait
encore, après tant d’autres, de larbre vigou-
reux qui, croissant depuis plus de deux siècles sur le rocher de Stadacona, avait étendu peu à peu son ombre bienfaisante sur l'Amérique septentrionale presque entière. Et ce qui doubla, pour le Saguenay, le prix de cet événement mémorable, ce fut le choix du grand vicaire Racine comme titulaire du nouveau siège épiscopal. A vrai dire, personne ne fut surpris de cette nomination: tout le monde en était
certain à l’avance. Ses qualités et ses vertus émi-
nentes, les grandes œuvres qu’il avait déjà accomplies pour l’avantage matériel du Saguenay le désignaient manifestement pour occuper cette position supérieure. Aussi lorsque, le 28 mai 1878, Notre Saint-Père le Pape Léor YTII le choisissait pour être le premier évêque de acoutimi, sa parole souveraine ne faisait que confirmer, si l’on peut parler ainsi, une élection déjà faite par les vœux et les espérances de la population du nouveau diocèse.
Mais, pour cette fois, le cœur du prélat ne battit pas À l’unisson avec celui de son peuple. Ce fut avec une répugnance très grande qu'il se chargea du fardeau qu’on lui imposait, et il ne l’accepta que parce qu’il croyait que Dieu le voulait ainsi. “ Véritablement, ‘ disait-il, art la mort de ma mère, aucune épreuve ‘ dans ma . ne m’a plus dominé.” Nous pouvons croire pourtant que le poids de cette croix qu’il fallait porter désormais fut allégé par la pensée qu’il allait à présent être plus en mesure de promouvoir les intérêts de son cher Sagueriay. Car le dévouement, la générosité, le zèle pour l’avantage de ses ouailles, le renoncement et l’abnégation pour lui-même, c’étaient les qualités distinctives de ce grand apôtre !
Mgr Racine reçut la consécration épiscopale dans la Basilique de Québec, le 4 août 1878, des mains de Mgr Taschereau, assisté de Mgr Fabre, évêque de Montréal,
et de Mgr A. Racine, évêque de Sherbruoke ct frère du nouveau prélat, Il célébra sa première messe d’évêque à l’église du Bon-Pasteur de Québee, et la deuxième à Notre-Dame-des-Victoires, qu'il avait des servie autrefois lorsqu'il était vicaire de Québec,
| Le 7 août, avait lieu l’intronisation solennelle à Chi. | coutimi, Sur tout le parcours depuis Québec, à chacun | | des endroits où touchait le bateau à vapeur et qui [1] appartenaient au nouveau diocèse, les populations | étaient accourues pour saluer sur son passage le Pas- | teur que le ciel leur avait envoyé ; partout des décora- | | tions magnifiques, et des adresses de félicitations pour (| exprimer la joie qui débordait de tous les cœurs. Au | | quai de la Rivière-du-Loup, on vit les mêmes démons- | | trations, le même concours, de la part des anciens | | paroissiens de Mgr Racine. Mais ce fut à Chicoutimi |
que les fêtes furent vraiment grandioses. Les citoyens
de la jeune cité, qui se font remarquer en toute occa-
sion par une générosité sans bornes, ne s'étaient pas
épargnés pour préparer une réception solennelle à velui
qui leur revenait revêtu de la dignité épiscopale ; ils
pensaient avec raison qu’ils avaient plus que tous les N : autres des raisons particulières de manifester en ce ; jour une allégresse si justifiée. Aussi, de l’aven de
tous ceux qui en furent témoins, la fête fut brillante
au delà de ce qu’on pouvait attendre. La présence de
presque tous les évêques de la Province et de près d’une
. céntaine de membres du clergé ne contribua pas peu
à rehausser l’éclat de la solennité. Aussi avait-il bien räison, le prédicateur du jour, M. l’abbé Apollinaire Gingras, lorsqu'il s’écriait en commençant son remarquable discours : ‘ Jamais encore le Saguenay n’a été témoin d’une fête religieuse aussi imposante et aussi solennelle. Ces augustes prélats—ces princes de l'Eglise —dont la présence vous pénètre d’un respect si profond ; cès prêtres vénérables, venus au milieu de vous pour un grand nombre de si loin ; cet immense concours de fidèles,..., voilà un spectacle qui vous fait tressaillir, voilà une solennité qui remplit vos cœurs d’un sentirient nouveau: aussi, à travers votre recueillement, quélle joie religieuse, inconnue de vous jusqu’à ce jour, semble déborder en ce moment de toutes vos Îmes et se répandre sur vos figures ! ”
Citons encore ce passage où le distingué prédicateur donnait si heureusement le secret de l’allégresse universelie : “ Votre joie, mes frères, est bien légitime :
vous assistez, non pas à la formation d’un royaume,
mais à quelque chose de plus grand encore, —vous,
assistez à la naissance d’une église ! Vous acclamez
, pour la première fois comme évêque celui que vous
aimez devuis si longtemps comme un nère ! Vous venez, pour la première fois, recevoir la bénédiction
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épiscopale du saint prêtre qui a blanchi au milieu de vous dans la prière et le travail ; vous venez, pour la première fois, contempler, sous ses ornements d’évêque, celui que vos vœux avaient placé à la tête de cette nouvelle église avant même que Rome eût entendu prononcer son nom.”
Cependant la fête est terminée ; les feux variés d’une brillante illumination se sont éteints ; iis ont repris leur silence majestueux, ces puissants échos des montagnes du Saguenay, un moment excités par la voix des canons et surtout par les acclamations enthousiastes d’un peuple qui comprend son bonheur ; ces amis, qui sont accourus de touies parts pour faire honneur au nouveau Prélat, ont repris le chemin de leur demeure. Alors commence ce laborieux épiscopat qui ne durera pas un grand nombre d’années, mais qui contribuera puisraimment aux progrès et aux développements du Saguenay.
L'organisation d’un nouveau diocèse, avec des ressources presque nulles, n’était pas chose facile. Cependant, avec l’activité et l’énergie qu’il mettait dans toutes ses œuvres, Mgr Racine réussit à faire beaucoup. Des missions et des paroisses nouveiles. furent établies, à mesure que la colonisation s’étendait de tous côtés. La dette considérable qui avait été contractée pour la construction de la cathédrale, fut pres-
que éteinte grâce aux secours que procura l'Œuvre de Saint-François-Xavier, établie et dirigée par M. Ambroise Fafard, curé de Chicoutimi. De nouvelles fondations religieuses, comme nous le raconterons plus loin,
s’établirent et se déveioppèrent rapidement. Et au milieu de ces travaux qui concernent l’administration spirituelle, l’évêque de Chicoutimi s’occupa encore des besoins temporels de son diocèse. S'il avait autrefois si bien mis à profit, pour l’avantage du Saguenay, sa position et ses excellentes relations sociales, il ne négligea rien pour travailler dans le même sens, lorsqu’une éminente dignité le mit à même d’exercer une influence bien plus grande. Les hommes d'Etat qui ont administré la chose publique, de 1878 à 1888, à Ottawa et à Québec, pourruient ici nous fournir des renseignements bien précieux. Et si la population du Saguenay est heureuse de voir les locomotives côtoyer les rives du lac Saint-Jean et atteindre le centre même de ce territoire, à Chicoutimi, sur les bords de la rivière Saguenay, elle sait qu’elle doit, en bonne partie, ces bienfaits inestimables aux efforts dévoués et incessants de Mgr Racine.
S’est-il fait quelque chose d’important au Saguenay, depuis un quart de siècle, sans que le nom de son premier évêque s’y trouve mêlé d’une façon ou d’autre ?
Vous qui avez savouré les jouissances toujours nouvelles d’une excursion sur la rivière Saguenay, vous avez senti une bien douce émotion remplacer svbitement la surprise et un certain effroi que causaient en vous ces points de vue si extraordinaires, cette nature sauvage, dont l’aspect étonne toujours ; oui, votre cœur s’est attendri, votre œil s’est mouillé, lorsque tout à coup la statue de Marie Immaculée vous est apparue, iaissant tomber sur vous ses regards de mère, comme une apparition céleste au milieu de ces solitudes effrayantes,
Mgr Racine avait un jour formulé ce souhait, au fond de son cœur, de voir une statue de la sainte Vierge élevée sur ce cap Trinité, l’un des endroits les plus saisissants de ces longues murailles de granit qui encaissent pour ainsi dire la rivière Saguenay. Mais comment réaliser ce pieux dessein, lorsque tant d’œuvres, qui semblaient beaucoup plus urgentes, réclamaient tous ses efforts ?
. Mais Dieu, qui voulait que ce lieu fût consacré d’une manière spéciale à Notre-Dame du Saguenay, avait inspiré la même idée à un dévoué serviteur de Marie, M. Nap. Robitaille, qui était bien l’homme qu’il fallait pour aecomplir u œuvre comme celle-là. Ayant soumis son projet à Mgr Racine, qui l’accueillit avec empresséent et bénit son entreprise, cet homme au
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DU SAGUENAY c6
cœut enthousiaste, à la foi vive, se mit à l’œuvre avec courage, ne se laissant effrayer ni par les obstacles À
surmonter, ni par les sacrifices à faire ; et au mois dé septembre 1881, la statue colossale de Marie couronnait l’un des sommets du cap Trinité, pendant qu’unè croix aux proportions extraordinaires était fixée sur une cime encore plus élevée de la montagne.
Le 15 septembre, Mgr Racine fit la bénédiction solennelle du monument. Ceux qui ont assisté à cette cérémonie grandiose n’oublieront jamais la splendeur du spectacle dont ils ont été les heureux témoins. C’était l’une de ces belles journées d’automne, où la température cst douce et tiède ; les feuillages, qui n’ont plus longtemps à vivre, ont ajouté à ieur verdoyante parure les couleurs les plus riches. On aurait dit que ces lieux, d’ordinaire si désolés et si sauvages, avaient revêtu ces décors magnifiques pour faire honneur à Notre-Dame, Quel beau moment que celui où les deux bateaux à vapeur amenant, l’un, les pèlerins de Québec, l’autre, ceux de Chicoutimi, se rencontrèrent au pied du cap Trinité, et où la statue de Marie apparut aux regurds detous ! Mais la scène fut encore
bien plus impressionnante quand le Prélat, revêtu des habits pontificaux, procéda à la cérémonie de la bénédiction. ‘“ Dans quel temple plus magnifique une ‘ bénédiction céleste est-elle jamais descendue ? Pour ‘ base, les flots de la rivière Saguenay ; pour encadre-
“ ment, les caps Trinité et Eternité ; pour dôme, “ l’immensité des c'eux ; et pour tableau, une statue “ colossale de la Mère de Dieu, placée dans un endroit “ élevé au dessus du fleuve où nul encore n'avait mis “ le pied. Jamais, suivant moi, on ne rencontrera rien “ de plus grand, de plus sublime et de plus imposant ! !”
Ce fut en cette circonstance que Mgr Racine nomma Vicaire Général honoraire de son diocèse le Révérend M. N.-T. Hébert, curé de Kamouraska, qui était au nombre des pèlerins ; Monseigneur voulait honorer en lui l’un des plus dévoués apôtres de la colonisation du Saguenay. On connaît la part importante que prit ce vénérable prêtre à l'établissement de la colonie du lac Saint-Jean.
L'année suivante, Mgr Racine présidait une cérémonie religieuse bien propre, elle aussi, à réjouir son cœur d’évêque. Nous voulons parler de l’ouverture du Monastère de la Mère de l Incarnation, À Roberval, sur la rive même du grand lac. Fondé il y a deux siècles et demi (1639), jamais le Monastère des Ursulines de Québec, depuis l’établissement d’une maison aux Trois- Rivières (1697), n'avait dirigé de colonie nouvelle en d’autres endroits du pays. C’était done un événement bien remarquable, pour cette communauté, que la fondation d’un monastère à Roberval: ce fait n’était
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.-1—FI. Moffet, Courrier du Canada du 17 sept. 1881.
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pas moins important pour la population de la vallée du lac Saint-Jean, qui comprenait parfaitement quels avantages elle allait retirer d’une telle œuvre. Dans tout ce territoire, il n’y avait pas un seul couvent, et bien peu de familles avaient les moyens d'envoyer leurs enfants au couvent de Chicoutimi, à cause surtout de l'éloignement et de la difficulté des communications ; à plus forte raison, était-il presque impossible de les envoyer dans les autres maisons du même genre, aujourd’hui si nombreuses dans le reste de la
Province.
‘ En venant s'établir au milieu de vous, disait Mgr # Racine dans une lettre pastorale adressée aux #“ paroïissiens de Roberval, ces bonnes religieuses n’ont ‘“ d'autre désir, d’autre ambition que de procurer aux “ enfants de la vallée du lac Saint-Jean les grands et
‘ précieux avantages qu’elles distribuent si largement ‘“ aux enfants de la ville de Québec. Vous les recevrez
“ donc comme les anges de la terre que le Seigneur ‘“ vous envoie dans sa bonté et sa miséricorde. ?” Ce vœu de l’évêque fut pleinement réalisé par les fidèles de Roberval. Ecoutons ici le rapport d’un témoin de cette belle fête : ‘ Les citoyens, guidés par leur “ curé, M, l'abbé J, Lizotte, ont tous rivalisé de zèle “ pour décorer le village, l’église, le presbytère, le “ couvent lui-même. Partout on voyait des flots de ‘“ verdure, groupés çà et là en ares de triomphe du
*“ plus bel effet. Les Arapeaux, les oriflammes flot- “ taient de tout côté. On sentait qu’il s'agissait d’une “ fête extraordinaire et personne ne restait en arrière. “ Les inscriptions les mieux choisies proclamaient ‘ hautement les sentiments de tous 1.”
C’est le 1er août 1882 qu’eut lieu cette installation solennelle des Ursulines dans leur monastère de Roberval, cérémonie qui fut présidée par Mgr Racine, entouré d’un clergé nombreux et d’une multitude de fidèles. Après avoir béni l'édifice qui allait être le berceau de la nouvelle institution, le Pontife adressa une touchante allocution aux filles de Marie de l’Incarnation, qui venaient continuer en cet endroit reculé l’œuvre admirable de leur tondatrice. Puis, après une dernière bénédiction de l’évêque, les religieuses franchirent le seuil de leur monastère, dont les portes se refermèrent sur elles.
Ce premier monastère était construit en bois ; et bien qu’il fût de proportions assez considérables, il n’a pas tardé à devenir bien insuflisant pour abriter la nombreuse jeunesse qui est accourue de toutes parts, avide des leçons de science et de vertu que les disciples de sainte Ursule savent si bien communiquer. Une superbe construction en pierre, aux larges dimensions,
1—M., l'abbé J.-C.-K. Laflamme, Revue canadienne, septembre
proclame déjà les bénédictions dont la Providence a favorisé cette œuvre précieuse, et l’estime de la popu-
lation du Haut-Saguenay pour une éducation solide autant que brillante. Ajoutons que, même dans la pra. tique de l’art agricole, cette jeune institution est à la tête du vaste district qui l’environne : une précieuse récompense, obtenue dans un concours général, en à donné la preuve officielle.
Mgr Racine avait bien compris l’influence considérable qu’exercent les couvents au milieu de nos campagnes, et quels caractères particuliers doivent marquer l'instruction et l'éducation qu’y reçoivent les jeunes filles. Il est certainement avantageux qu’il y ait dans le pays plusieurs institutions où, sans négliger ce qui fait le fond d’une éducation vraiment chrétienne, on prépare l’enfant aux devoirs de la situation brillante qu’el!: pourra occuper plus tard ; et l’on sait avec quelle distinction les Ursulines se sont acquittées de cette mission, parmi nous, depuis deux siècles et demi, Mais il faut autre chose à la masse de notre population ; et s’il est À propos de donner encore de l'attention aux arts d’agrément, il est raisonnable de s'appliquer davantage aux objets d'utilité pratique ; en un mot, il faut préparer de loin la maîtresse de maison, pour qui l’économie domestique n’aura pas de secrets. On doit done savoir gré à Mgr Racine d’avoir dirigé en ce sens
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l'excellente éducation que distribuent les couvents du
| diocèse de Chicoutimi ; il s’intéressait vivement aux | | succès des élèves dans les travaux de l’ouvroir ou dans | les détails des occupations domestiques. Les préjugés, | | que l’on rencontre quelquefois contre l’éducation donnée
| dans les couvents, disparaîtront d’eux-mêmes quand | on s’apercevra qu’elle assure des résultats aussi pratiques
et aussi utiles.
‘© AD LIMINA APOSTOLORUM ?”’ — L'HÔTEL-DIEU SAINT-V ALLIER DE CHICOUTIMI — CONFRÉRIE DE LA SAINTE-FACE, ET AUTRES PIEUSES INSTITUTIONS — PALAIS ÉPISCOPAL DE CHICOUTIMI.
EPENDANT, au milieu des travaux de
ES ça charge pastorale et de la sollicitude
avec laquelle il poursuivait le plein épanouissement de sc ; «uvres diocésaines,
Né Mgr Racine éprouvait un vif désir de pouvoir accomplir au plus tôt le devoir qui lui incombaït d’aller se jeter aux pieds du Souve-
rain Pontife. Et s’il avait autant tardé à remplir cette douce obligation, la faute en était !à la modicité de ses ressources. Enfin, en 1882, la générosité de son clergé, d’une partie de ses diocésains et d’amis dévoués catholiques et protestants, se joignant aux faibles
moyens dont il pouvait disposer, il eut la consolation
de faire connaître à son peuple, par une lettre pastorale du 8 septembre, son prochain départ pour la Ville Eternelle. ‘ Grâces en soient rendues, disait-il, à la
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“ divine Providence qui, dans sa miséricordieuse bonté, “ veut bien nous fournir les moyens d'accomplir ce devoir de notre charge pastorale ‘et l’un des vœux “ les plus ardents de notre cœur.”
Parti de Chicoutimi le 16 septembre, il s’embarqua pour l’Europe à Québec, le 7 octobre suivant, en compagnie de M. E. Fafard, curé de Saint-Joseph de Lévis, et de M. N. Gingras, curé de Saint-Gervais. L’Angleterre, l’ Ecosse, l’Irlande,la Belgique, ia France, l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche et l'Italie, tels furent les pays que visitèrent, souvent bien à la hâte, les distingués voyageurs.
Le jour de la Toussaint, Mgr Racine officiait pontificalement dans le pieux sanctuaire de Notre-Dame des Victoires, à Paris. Le samedi, 28 octobre, il avait
célébré la messe de l’Archiconfrérie et adressé aux associés une touchante allocution. “ Je ne puis passer
“au milieu de vous, s’écriait-il, dans cette église ‘ vénérée, miraculeuse, sans éprouver le besoin de ‘ vous adresser quelques paroles. Evêque du Canada français, Français moi-même, je ine sens attaché à ‘ vous tous par le doubie lien de la patrie et de la “religion. Nos pères ont laissé là-bas dans ces terres “ lointaines des souvenirs toujours vivants de leur foi “et de leur piété profonde...Vous avez entendu ‘“ prononcer ce texte : quum bonum, quam jucundum
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‘ habitare fratres in unum ! ‘ Qu’il est bon, qu’il est ‘“ doux d’habiter ensemble comme des frères !”” Oh! “combien à cette heure je goûte ces délicieuses ‘ paroles !” ete !,
Dans sa dévotion à Notre-Dame, le pieux évêque érigea, le 1er novembre, et agrégea à l’Archiconfrérie, le même jour, los quarante et une confrériss des paroisses et missions de son diocèse.
Le 21 novembre, Mgr Racine et ses compagnons de voyage étaient les hôtes des Dominicains établis à Volders (Tyrol). Ecoutons ici l’un des Révérends Pères, racontant l’arrivée des Canadiens À leur monastère. ‘ Désireux de nous ménager une surprise, les voyageurs uous avaient laissé ignorer le jour précis de leur arrivée. Rien n’était donc préparé ; mais bientôt les deux compagnons de Sa Grandeur purent prendre la place de deux religieux, tandis que le R. P. Prieur cédait à Mgr sa cellule dont nos ressources nous permettaient de compléter en un tour de maïn l’ameublement : un lit de fer, un modeste tapis, deux fauteuils et quelques chaises de paille, voilà la chambre épiscopale. C’est bien pauvre sans doute ? Mais Mgr a des goûts simples
tt des habitudes tout apostoliques. Son palais épiscopal,
à Chicoutimi, consisté en une simple chambre, au
1— Annales de l'Archiconfrérie de N.-D. des Victoires, décembre
grand séminaire, dont il est à la fois le premier supérieur, et, au besoin, l’économe et le portier, Et puis notre hôte est si bienveillant ! il est si disposé à se trouver chez lui au milieu de nous ! C’est qu’effectivement il est un des nôtres par ses sympathies pour notre ordre et par son culte pour $. Dominique. Il a reçu au baptême le nom de notre bienheureux Père, pour lequel il a constamment professé une dévotion toute spéciale, et lorsqu'il fut promu au nouvel évêché de Chicoutimi, il fixa son sacre au 4 août 1,” On s’étonnerait de voir que l’écrivain ait pu si tôt se former une idée aussi exacte du caractère de Mgr Racine, qui ne fit qu’un séjour de peu de durée chez les bons Dominicains, si l’on ne connaissait la nature franche et expansive du Prélat ; la simplicité de ses habitudes, la bonté de son cœur, la sincérité de sa conduite, on voyait tout cela dès le premier abord.
Cette visite aux exilés de Volders procura à nos distingués voyageurs de bien vives émotions, et leur rappela le souvenir de la patrie absente : maïs la joie qu'ils y goûtèrent, comme toutes celles d’ici-bas, fut voilée de tristesse. Car si l’évêque canadien eut la consolation de conférer le sous-diaconat à deux compatriotes, les FF, Thomas et Etienne Gauvreau, il eut aussi à s’associer aux honneurs funèbres que l’on rendait