L'année dominicaine, janvier
à feu le R. P. Routier, le premier Canadien qui mourait revêtu de la robe de saint Dominique.
Continuant leur vovage, l’évêque et ses compagnons Jasc, I
arrivèrent à Rome, dans les premiers jours de décembre.
Quand les fils de sacob, d’une lointaine cime, Apercevaient enfin les remparts de Solime, L’ardeur se ranimait en leurs cœurs engourdis, Et hâtait la lenteur: » leurs pas alourdis.
Réjouis-toi, pèierin de la Sion nouvelle ;
Des temples vénérés Vois-tu les hautes tours et les faîtes sacrés ?....., C’est la cité du Christ! C’est la Ville Eternelle 1 !
Ce séjour à Rome, dans la ville célèbre entre toutes les villes par son histoire sans égale, fit époque dans la vie
de Mgr Racine. Mais s’il fut heureux de contempler
les monuments que les siècles ont amassés sur ce ol privilégié, son bonheur fut inexprimable lorsqu'il fut admis en audience particulière par le Souverain Pontife, le 18 décembre. Aussi, dès le lendemain, il adressait À ses diocésains une lettre touchante, où il raconte en termes émus le paternel accueil qu’il reçut du Vicaire de Jésus-Christ et les faveurs que le Saint-Père accordait au clergé, aux communautés religieuses et aux fidèles du diocèse de Chicoutimi.
1—Ad linnina Apostolorum, ode symphonique de M, l’abbé E. DeLamarre, composée à l'occasion du retour de Mer Racine de son voyage à Rome,
Cette audience de N. $.-P. le Pape, son pèlerinage de Lorette et celui de Lourdes, voilà quels furent les plus beaux souvenirs de son voyage, et il n’en parlait
jamais sans être vivement impressionné.
Le 9 mars 1883, Mer Racine était de retour dans sa ville épiscopale, après une absence de six mois. Dans les paroïsses du comté de Charlevoix qu’il traversa pour revenir au Saguenay, mais surtout à Chicoutimi, on lui fit une réception magnifique. Il arriva à sa cathédrale suivi d’un cortège de trois cents voitures, qui étaient allées à sa rencontre jusqu’à une distance de quatre lieues ; et sur tout ce parcours, les chemins étaient ornés de décorations magnifiques. Dans la ville, quatre ares de triomphe, des drapeaux et des inscriptions partout multipliées, proclamaient hautement l’allégresse qui remplissait tous les cœurs, à ce retour du père bien-aimé.
Deux ans plus tard, Mgr Racine fit un second voyage à Rome, pour s’occuper des intérêts religieux
de la Province.
Des personnes parfaitement renseignées nous assurent que les dignitaires de la Cour de Rome, avec lesquels il eut des relations, ont fait les appréciations les plus favorables de son intelligence et de son caractère. Ceux qui l’ont connu seront réjouis, mais nulle-
ment étonnés, de ces suffrages honorables.
En 1884, nous voyons naître une œuvre nouvelle à Chicoutimi. Encore ïci nous pouvons reconnaître Pinfluence ct la coopération de Mgr Racine, qui ne furent étrangères à rien de ce qui s’est fait d’important au Saguenay depuis 1862.
Cédant aux instances de l’évêque de Chicoutimi et de MM. E. Cimon et J.-A. Gagné, successivement députés du comté à la Chambre des communes, le gouvernement fédéral consentit à établir À Chicoutimi un hôpital de marine. Le grand nombre de navires d’outre-mer qui fréquentent chaque année la rivière Saguenay rendait une telle institution nécessaire en cette partie du pays. Un édifice, d’assez modeste apparence, fut done construit, par les soins du gouvernement d'Ottawa, sur l’une des hauteurs qui entourent Chicoutimi comme d’un vaste amphithéâtre. Les autorités religieuses et civiles s’accordèrent heureusement dans le projet de confier cet hôpital À une communauté religieuse,et les Révérendes Mères de l'HÔpital-Général de Québec en acceptèrent la direction.
Une uouvelle famille monastique allait donc être implantée dans le Saguenay, et compléter ainsi l’organisation religieuse du diocèse de Chicoutimi. En effet, alors que l’on avait pourvu abondamment à tous les besoins de l’éducation, les œuvres de charité pure y manquaient encore.
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En ces quelques années qui se sont écoulées depuis 1884, nous avons vu s’accomplir ce que nous lisons avec étonnement dans les récits de ces fondations religieuses que l'Eglise a multipliées partout et qui, après d’humbles commencements, ont pris bientôt les développements les plus extraordinaires. En effet, l’ Aôtel- Dieu Saint- Vallier de Chicoutimi a vraiment été commencé sans que l’on pût compter humainement sur aucunes ressources suflisantes : l’allocation légère que fournit chaque année le gouvernernent de la Puissance, et même les secours généreux dont les charitables Québecquois aidèrent cette œuvre naissante et qui furent bientôt absorbés par les frais d'installation, qu'est-ce que tout cela pour la fondation et le soutien d’une communauté semblable ? Or, que voyons-nous maintenant ? après un si court espace de temps, la communauté, qui ne comptait au commencement que cinq religieuses, se compose aujourd’hui d’une trentaine de religieuses professes et novices ; l'édifice, qui servit d’abord d'hôpital, n’est plus qu’une aile des constructions assez vastes du monastère actuel ; et une chapelle, un des plus beaux sanctuaires du Saguenay, couronne ce ca » solitaire, dont l’aspect était bien sauvage il n’y : pas encore longtemps. Voilà comment Dieu sait faire croître, quand il le veut, le grain de sénevé ! Voilà
comment sa main toute-puissante se plaît encore à
faire tout de rien! Voilà comment les œuvres de la
charité peuvent toujours compter sur des bénédictions particulières ! est surtout le peuple du Saguenay qui, malgré ses'ressources bien restreintes, a contribué à rendre possibles de tels développements ; et sa charité ne restera pas sans récompense.
Ce fut le 24 mai 1884 que les fondatrices de cette nouvelle institution arrivèrent à Chicontimi ; la petite ville était toute pavoisée, comme aux jours de grande réjouissance. % Malheureusement, remarque un anna- “ liste de l’époque, la température était bien défavo. “ rable ; le temps était à l'orage ; et, en effet, le ton- ‘ nerre gronda bientôt. Rien ne manquait donc à la ‘“ solennité ; et le bon Dieu, voyant notre indigence “ de canons et de poudre, mettait à notre service sa ‘“ puissante artillerie !”?
Le 27 mai, la population de Chicoutimi assistait à une messe solennelle célébrée, à la cathédrale, afin de remercier Dieu d’un événement si heureux pour le Saguenay. Dans lPaprès-midi, Mgr Racine, entouré de son clergé et de nombreux fidèles, installait définitivement la communauté dans le local qui lui était destiné.
Cependant, l'édifice de l'Hôtel-Dieu ne tarda pas à devenir bien trop étroit ; et, en 1886-87, on lui ajouta les constructions nouvelles qui en font l’une des maisons les plus considérables de Chicoutimi. Le 15
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novembre 1887, eut lieu la bénédiction de la chapelle du monastère et la célébration de la première grand?messe chantée dans ce nouveau sanctuaire. La solennité fut vraiment magnifique, grâce surtout au concours des élèves du Séminaire, qui exécutèrent de fort belle musique. Mgr Racine, déjà bien affaibli par la maladie qui devait le conduire au tombeau, voulut assister à nne partie de la cérémonie et présider le dîner que les Révérendes Mères offrirent aux MM. du elergé qui avaient assisté à la fête : ce fut le dernier
1 A . . , . A repas que lévèque bien-aimé prit avec ses prêtres.
Cette chapelle de l'Hôtel-Dieu $Saint-Vallier est le siège de la Confrérie de la Sainte-Face que Mgr Racine érigea canoniquement en janvier 1886. Cette confrérie, affiliée à l’Archiconfrérie de Tours le 1er octobre 1885 et enrichie d’un précieux trésor d’indulgences, compte maintenant un grand nombre de membres dans le Canada et les Etats-Unis. Ces associés ont contribué par leurs aumônes à l'érection du pieux
sanctuaire.
C’est ainsi que Mgr Racine ne n’gligeait rien de ce qui pouvait promouvoir les intérêts spirituels des fidèles confiés À ses soins, Aïnsi a-t-il fait pendant tout son épiscopat, connaissant bien les ressources considérables que ces œuvres de dévotion mettent au service de la
véritable piété. Par le premier mandement qu’il publia
après son mandement d’entrée, il établissait (4 novembre 1878) dans son diocèse l’ Association de Saint-François de Sales, qui fut fondée d’abord en France, comme on le sait, pour répondre à un souhait de Pie IX : en effet, l’immortel Pontife avait manifesté le désir de voir s'organiser une association qui fût ‘une sorte de
“ Propagation de la Foi à l’intérieur.”
Le 19 mars 1880, il érigeait canoniquement les associations des Ænfants de Saint-Joseph, et, le 8 mai de la même année, celles des Enfants de Marie, pensant avec raison qu’il était de la plus grande importance de mettre la jeunesse de son diocèse, cette portion chérie de son troupeau, sous la protection spéciale de la
sainte Vierge et de son virginal Epoux.
Dans une lettre pastorale du 22 août 1883, Mgr Racine exhortait son peuple à s’enrôler dans la sainte milice du Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise. Prêchant d'exemple, il se fit recevoir dans cette confrérie ; et pour mettre le même avantage À la portée du grand nombre, il obtint du Saint-Siège que tous les prêtres du diocèse eussent les pouvoirs nécessaires pour l'imposition du saint habit de tertiaire.
Enfin, nous avons vu précédemment que, le ler novembre 1885, le pieux prélat avait établi dans tout son diocèse l’Archiconfrérie de N.-D.-des- Victoires.