‹ L'Apotre Paul: esquisse d'une histoire de sa PenséeChapitre 12 sur 30 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les premiers conflits aveo les chrétiens judaïsants. Moment de crise et de transition.

(Act. XV ; Gai. II).

Pour comprendre la lutte qui va s'ouvrir^ il faut revenir à la conversion de l'apôtre, et bien marquer la direction nouvelle où elle avait jeté sa pensée et sa vie.

En fait, cette conversion de Paul avait été la négatioû radicale du principe juif. Son apostolat parmi les païens eu était la suite logique, et cette mission, poursuivie avec autant de succès que d'audace, était la réalisation pratique du royaume de Dieu en dehors de l'enceinte sacrée du peuple d'Israël. Si Paul, durant cette première période missionnaire, n'attaque point en théorie l'autorité de la Loi, il l'ignore absolument en fait et poursuit son œuvre sans en prendre aucun souci. Le nom même de la Loi ne se trouve point dans les deux épîtres aux Thessaloniciens. Par les progrès inattendus de cette œuvre, la négation du judaïsme, impUquée dans la foi de l'apôtre, passait de cette sphère interne dans la vie générale de l'Église, et se traduisait par des faits décisifs en attendant de se formuler en un dogme»

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MaiSj d'un autre côté, le principe juif, vaincu et nié dans l'âme et les missions de l'apôtre des gentils, revivait puissant et opiniâtre dans les églises juives de la Palestine. Il ne fallait point espérer que le principe ancien fît place, sans combat, au principe nouveau. Les succès imprévus de la mission païenne causèrent sans doute à Jérusalem plus d'embarras que de plaisir. Le vieux judaïsme sentit chanceler ses prétentions séculaires. Il ne pouvait les maintenir et les défendre qu'en cherchant à les imposer.

Précisons bien la grande question qui surgit alors. Il ne s'agit pas de savoir s'il faut admettre des païens dans le royaume de Dieu, — sur ce point tout le monde est d'accord; mais de savoir à quelles conditions ils doivent y être admis ? Est-il nécessaire de devenir juif pour devenir chrétien? Faut-il passer par le judaïsme pour arriver à l'Évangile ? Voilà le point du débat. Ceux qui soutenaient les droits étemels de la vieille religion, devaient nécessairement imposer la circQ^cision aux païens ; car c'était par la circoncision seule, qu'on pouvait être matériellement incorporé au peuple élu et devenir membre de la famille d'Abraham. C'est donc sur la circoncision que va se livrer la grande bataille.

n ne faut point s'étonner si elle fut longue et acharnée. Le christianisme et le judaïsme combattaient ici pour leur existence. Si les païens entrent directement dans l'Église et y obtiennent, par leur foi seule, le même rang et les mêmes' privilèges que les juifs eux-mêmes, que deviennent les droits d'Israël ? Quel avantage a le peuple élu sur les autres nations? N'est-ce pas la négation la plus- radicale de la valeur absolue du judaïsme ? — D'un autre côté, si la circoncision est imposée aux païens convertis, la foi en Christ n'est-elle pas déclarée par cela même insuffisante pour le salut? L'Évangile est-il autre chose qu'un élément accessoire dv^

mosaïsme? N'est-ce point la négation de la valeur absolue de l'œuvre de Jésus-Christ?

Telle était la question fondamentale que les succès missionnaires de Paul venaient jeter au sein des églises de la Judée. Elle devait y produire un déchirement profond. Jusqu'à cette heure, le christianisme et le judaïsme avaient marché en se donnant la main. Maintenant il fallait choisir. Les chrétiens juifs , et ils étaient nombreux , qui appartenaient plus à Moïse qu'à Jésus, devaient sans hésiter se faire les' champions ardents du judaïsme menacé. Paul, au contraire, devenait naturellement l'apôtre de la liberté chrétienne. Défendre l'indépendance de l'Évangile, c'était, pour lui, défendre son œuvre, son apostolat, sa foi, sa conversion. Cette grande cause devenait sa cause personnelle. Entre ces deux partis, les Douze s'effacent : ils apparaissent pleins d'anxiété, hésitants, cherchant entre les deux principes hostiles une conciliation qui ne pouvait être que précaire.

Le premier conflit semble avoir eu lieu au moment où Paul revenait de son premier voyage missionnaire. Des phariséo-chrétiens, descendus de Judée à Antioche, essayèrent d'imposer la circoncision aux païens convertis. «Si vous ne vous faites circoncire, disaient-ils, vous ne pouvez être sauvés» (Act. XV, 1). Ils appuyaient leurs prétentions de l'autorité des Douze. Le trouble fut grand et la dispute, violente. Paul ne se méprit point sur la gravité de la lutte qui commençait. Le triomphe de ces nouveaux missionnaires mettait toute son œuvre en question; ses angoisses furent vives. Il ignorait quels étaient, au fond, les vrais sentiments des apôtres de Jérusalem. Une rupture scandaleuse était à craindre. Une révélation, c'est-à-dire une de ces heures d'hésitation, de lutte intérieure, de prière, terminée par une illumination décisive, par une inspiration pleine d'assurance et de force, vint lui montrer le vrai chemin à suivre (Gai.

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II, 2). n montera à Jérusalem avec Barnabas, il exposera son évangile à ceux qui passent pour être les colonnes de l'Église, il leur racontera les triomphes remportés, et les grandes espérances conçues. Et, s'il le faut, il saura les persuader ou les entraîner. Ils seront bien obligés de consacrer son œuvre, et de la mettre à l'abri des attaques des intrus. En tout cas, il enlèvera à ceux-ci cette autorité des apôtres qui fait leur crédit et leur force (Gai. Il, 1-3).

Ces espérances de Paul ne furent point déçues. Le but essentiel qu'il poursuivait, fut atteint. La révélation qu'il avait eue et à laquelle il avait obéi, ne se trouva point trompeuse. Les Douze n'appuyèrent point les prétentions des faux frères ; Tite ne fut pas obligé de se faire circoncire. Les chefs de l'Éghse approuvèrent sans réserve l'évangile de Paul, et ne proposèrent pas d'y rien ajouter. Ils reconnurent la légitimité de son apostolat ; ils lui donnèrent la main d'association pour travailler ensemble à l'œuvre de Dieu, les uns parmi les païens, et les autres parmi les juifs. On recommanda même à Paul et à Barnabas de prendre souci des pauvres de Jérusalem, et d'intéresser en leur faveur les nouvelles églises pagano-chrétiennes. Mais, d'un autre côté, les Douze ne pouvaient partager ni l'audace, ni la confiance de Paul. Ils avaient d'autres espérances et jugeaient les choses à un point de vue tout différent. L'Évangile pouvait bien avoir au sein du paganisme des succès partiels, plus ou moins brillants ; mais, à leurs yeux , c'était une chose accessoire. L'œuvre importante, capitale, était la conversion du peuple juif, qui devait entrer, le premier, comme peuple, dans la nouvelle alliance; puis viendraient les temps des gentils. Il ne fallait donc pas scandaliser les Juifs, ni rompre avec le judaïsme. Le rôle des apôtres, dans ces vifs débats, fut donc et ne pouvait être qu'un rôle de conciliation. Tout leur effort tendit à faire aboutir les délibérations

à un compromis, qui sauvegardât l'union entre toutes les fractions de l'Eglise, sans mettre en péril le principe nouveau de l'Évangile. De là vient la situation toujours équivoque où ils se sont trouvés, et le rôle effacé qu'ils ont dans l'histoire de ces grandes luttes^.

Le livre des Actes nous a conservé le résultat matériel de ces conférences. C'est une lettre, adressée par l'église de Jérusalem aux nouvelles églises pagano-chrétiennes pour les rassurer et les calmer. Leur liberté est reconnue. On se borne à leur recommander ce que Paul enseignait aussi, et ce que ces églises faisaient déjà, de se garder des viandes sacrifiées aux idoles, du sang et des bêtes étouffées, et enfin de l'inceste, en d'autres termes, à rester dans ces limites générales entre lesquelles les Juifs eux-mêmes acceptaient la communion sociale avec les prosélytes. Ces mêmes restrictions se retrouvent dans les épîtres de Paul aux Corinthiens et dans TApocalypse. S'il est certain qu'on ait fini par s'entendre à Jérusalem, il est certain également que l'entente n'a pu avoir lieu, ni d'une autre manière, ni sur un autre terrain.

Mais il faut bien le dire , cette solution n'en était pas une. Elle a pu avoir quelque effet dans la sphère de la vie pratique; elle laissait intacte la question de principe. C'est que, au fond, la lutte des deux principes ne pouvait plus désormais être arrêtée. Les apôtres de Jérusalem ont fait preuve de tact et de sagesse autant que de modération, en ne l'abordant pas. Le temps seul pouvait la résoudre. C'était l'aurore d'une révolution religieuse qui devait s'accomplir irrésistiblement. Loin de la prévenir, ces débats et ces résolutions de Jérusalem ne font que la précipiter. Le compromis ac-

* Voy. une excellente appréciation de ce rôle des Douie dans VHisloire de la théologie apostolique de M. Reuss, I, p. 306- 3^9. — De Pressensé, Histoire des trois premiers siècles^ F, p. 457-474.

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cepté devient le point de départ et la cause de conflits plus violents et plus graves. Les deux partis hostiles peuvent en effet le considérer également comme une première victoire. Paul n'a besoin que de tirer une conséquence évidente pour en conclure que la loi est abolie dans l'Evangile, pour les juifs comme pour les païens. Mais d'un autre côté, ses adversaires n'en tireront pas un moindre avantage. Il avait été bien entendu que la décision de la conférence ne concernait que les païens, et que la loi restait obligatoire pour les juifs, qui continuaient à former le noyau sacré, l'église messianique. En face de cette église, les pagano-chrétiens prenaient donc une position inférieure. Ils n'achetaient leur liberté qu'aux dépens de leurs privilèges. Ils devenaient les 'prosélytes de la porte du christianisme. Ils restaient vraîr ment à la porte du royaume. Le compromis de Jérusalem pouvait donc tout aussi bien être considéré par les judaïsants comme un premier triomphe. Ils y trouvaient un point d'appui excellent pour de nouvelles entreprises. Ne devaient-ils pas être tentés de faire de ces prosélytes de la porte des prosélytes de lajustice'i Cet antagonisme persistant ne tarda point à se révéler dans les faits.

Un second conflit, plus grave encore que celui de Jérusalem, éclata à Antioche (Gai. II, 12 et ss.). On sait que cet événement a sa place naturelle au retour du second voyage de Paul, à la fin de cette première période, au commencement de la seconde.

Dans l'énergique discours adressé à Pierre et aux judaïsants, et résumé dans l'épître aux Galates, nous trouvons pour la première fois Paul tout entier, avec sa grande thèse de la justification par la foi, la négation radicale de la loi et la logique irrésistible de sa polémique. Le moment aigu de la crise est ici.

Venu à Antioche, Pierre mangeait avec les pagano-chré-

tiens, sans se préoccuper des préceptes de la loi, qui couraient le risque d'être abandonnés par les judéo-chrétiens eux-mêmes. Mais alors survinrent certains envoyés de Jacques qui protestèrent contre cette apostasie et relevèrent l'autorité de la loi. Pierre ne sut pas î'ésister à leur influence. Après avoir sanctionné de son exemple la liberté chrétienne, il parut la condamner; il se déroba; il se sépara des paganochrétiens pour faire cause commune avec ceux de la circoncision. Bien d'autres chrétiens, et Barnabas lui-même, furent entraînés dans cette hypocrisie ; il y eut une recrudescence momentanée de zèle judaïque. Paul seul resta ferme et droit. «Voyant, dit-il, qu'ils ne marchaient pas de droit pied, selon la vérité de l'Évangile, devant tous, je dis à Pierre: Si toi, qui es juif, tu vis comme un païen, pourquoi forces-tu les païens à judaïser?» On ne pouvait mieux faire sentir la contradiction de la double conduite de Pierre. Mais Paul ne s'arrête pas là ; sa dialectique va jusqu'à la racine des choses. Cette contradiction flagrante dans la conduite tient à une contradiction intérieure qui se trouve au fond de la doctrine des chrétiens judaïsants; c'est cette contradiction inconsciente que la logique impitoyable (Je Paul met à nu dans le discours qui suit cette apostrophe. Il coupe court à toute équivoque. Voici le dilemme accablant dans lequel il enferme Pierre : Ou cette foi en Christ est suffisante par ellemême, et alors pourquoi demander aux païens autre chose? Pourquoi se glorifier en autre chose qu'en elle? Ou elle n'est pas suffisante; mais si elle ne l'est pas, c'est qu'elle n'est pas sérieusement nécessaire ; nous avons eu tort, nous juifs, de désespérer d'être sauvés par la Loi et de recourir à la foi et à la mort de Christ. Cette mort n'est qu'un luxe inutile. Dans ce dilemme est tout le discours.

Paul se place, dès l'entrée, au point de vue des judéochrétiens (^[jLetç (fùaei 'louBatoi) *, il ve^t montrer la contradiction

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radicale qu'il y a, à leur insu, entre cettcf foi en Christ qu'ils professent, et les prétentions juives qu^ils veulent imposer. «Nous, juifs d'origine et non point pécheurs païens {&[fa^ TwXot), ayant la conviction que l'homme ne peut être justifié par la loi,, s'il reste étranger à la foi en Christ, nous> dis-je,, avons aussi cru en Jésus-Christ pour être justifiés par la foi, et non par les œuvres de la loi. Qu'est-ce à dire, sinon que notre conversion à Christ est, chez nous Juifs, l'irrécusahle preuve que la justification n'est pas essentiellement dans la loi, mais essentiellement dans la foi? Car nous n'avons cru à Christ qu'après avoir désespéré de la loi. Donc il est vrai de dire que,^ à nos yeux aussi, nulle chair ne peut être justifiée devant Dieu par la loi.» Voilà comment Paul arrive, en face de l'opposition judaïsante, à dégager pleinement et à formuler la grande thèse de sa théologie, fo Jiistification par la foi, et à l'appliquer également aux juifs et aux païens, sans différence aucune. Il insiste et tire* logiquement les conséquences de ce premier principe ainsi obtenu. «Dans l'œuvre de notre justification, la foi en Christ se substitue donc aux œuvres de la loi. Si nous cherchons à être justifiés en Christ, c'est que nous reconnaissons par cela même que la loi est impuissante à le faire. La foi en Christ implique donc pour tous la négation de la loi.» Mais au; verset 17 se dresse déjà l'éternelle objection qu'on lancera à Paul : La suppression de la loi fera descendre les Juifs au rang des àpLapTwXo^, des païens; le péché n'aura plus de frein, et si Jésus abolit la loi, il devient serviteur, ministre du péché (cf. Rom. VI, 1). — Paul ne se contente pas de repousser cette conséquence par un énergique jjlyj YévotTo. «Loin de là, s'écrie-t-il, il arrive au contraire que, si je réédifie la loi que j'avais écartée en allant à Christ, non-seulement je me mets en contradiction avec -moi-même, mais je

perds ce que j'avais gagné, et, devant cette loi relevée, je me

retrouve et me constitue moi-même transgresseur. Avec la loi revient en effet ^nécessairement la transgression, et la mort du Christ est rendue vaine. Là où il n y a point de loi, au contraire, il n'y a pas non plus de transgression. Or, par la loi, je suis mort à la loi-même ; j'ai été crucifié et condamné par la loi avec Christ, je suis donc affranchi de la loi. Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi, et ce que je vis encore en ma chair, je le vis non sous la loi, mais dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi. » Résumant enfin cette puissante et profonde argumentation en une seule proposition, il s'écrie: «Si la justification nous vient d'une loi quelconque. Christ est mort pour rien!»

Ainsi compris, le discours que Paul a condensé dans cette forme abstraite est vraiment le programme complet que développeront les grandes épîtres. Non-seulement toutes les idées essentielles de la théologie paulinienne s'y retrouvent, mais elles se suivent déjà dans l'ordre logique qu'elles auront dans l'épître aux Romains : Juifs d'origine et pécheurs d'entre les païens, également impuissants à se justifier par leurs œuvres ; — pour les uns et les autres, égale nécessité de croire en Christ ; — opposition de la justification par la foi et de la justification par la loi ; — dans la foi, la loi abolie ; — la rédemption conçue comme une mort à la loi et une résurrection avec Christ, aboutissant à la liberté glorieuse des enfants de Dieu; — tous les anneaux de cette chaîne d'or se trouvent ici dans leur liaison organique. Le principe, déposé dans l'âme de Paul par sa conversion, nous livre enfin toutes ses conséquences. Le germe est devenu grand arbre. Nous sommes sortis de la première période de la vie de Paul, et nous entrons de plein pied dans les grandes luttes de la seconde.

Deuxième période ou période des grandes

luttes.

(De Tan 53 à Tan 58.)

La àiscussion d'Antioche semble avoir été une vraie déclaration de guerre. Dès ce moment, la lutte devient génériale et se poursuit des deux parts sans trêve ni mesure. Née dans la Palestine, l'opposition judaïsante s'étend et éclate partout; nous la voyons troubler tour à tour la Galatie, Éphèse, l'église deCorinthe et, devançant même l'apôtre des Gentils, le prévenir à Rome. Le parti judaïsant a ses missionnaires, qui suivent Paul comme à la piste, et travaillent partout avec un zèle acharné à miner son autorité, à séduire ses disciples, à détruire son œuvre sous prétexte de la corriger. C'est une contre-mission régulièrement organisée. Ils arrivent avec des lettres de recommandation, se donnent comme les représentants des Douze, nient l'apostolat de Paul, et, par d'odieuses calomniés, sèment partout contre lui la défiance et les soupçons.

Ce fut pour Tapôtre un temps d'amères expériences et de cruelles douleurs. Ses lettres nous laissent voir tout ce que cette lutte intestine, la trahison de quelques-uns de ses amis, la versatilité de ses plus chères églises lui ont fait souffrir. Mais hâtons-nous d'ajouter aussi que, sans ces graiids déchirements, nous n'aurions pas connu Paul tout entier, nous n'aurions soupçonné ni toute la tendresse de son âme, ni tout l'héroïsme de sa foi, ni la puissance de sa pensée, ni les infinies ressources de son génie souple et fort. Né véritablement pour la lutte, c'est dans ces luttes que son être spirituel a atteint sa pleine stature et révélé toutes ses vertus.

Attaqué presque à la fois sur tous les points de son œuvre, Paul ne déserte pas le combat ; il se multiplie, se trouve présent partout, fait partout face à ses adversaires et ne doute pas un moment du triomphe. Cette grande polémique absorbe, durant quatre ou cinq années, toutes ses forces et toutes ses pensées. C'est le fait général qui domine et caractérise cette seconde période. Nées de ces circonstances vraiment tragiques, nos grandes épîtres ne s'expliquent bien que par elles. Ce ne sont point des traités de théologie, par moments on dirait plutôt des pamphlets ; ce sont les coups terribles, écrasants, par lesquels le grand lutteur répond en plein jour aux menées souterraines de ses ennemis^ Cette lutte est un vrai drame qui s'agrandit et se complique, à mesure qu'il avance de Galatie vers Rome. Les lettres aux Galales, aux Corinthiens^ aux Romains, qui en sont les principaux actes, en marquent aussi les phases successives. Elles se relient intimement l'une à l'autre, et nous permettent de constater à la fois, et dans les faits extérieurs et dans la pensée de l'apôtre, un double progrès que nous devons ici faire ressortir.

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