A. AU COMMENCEMENT
Cette seconde combinaison a été présentée par Mosheim dans son Commentaire sur les Epîtres à Timothée^ p. 45. Il suppose que Paul, après les trois premiers mois de son séjour à Ephèse, temps pendant lequel il avait enseigné dans la synagogue (Actes XIX, 8), sans pouvoir organiser encore la conmiunauté, avait fait un voyage en Macédoine et avait écrit de là sa première épitre à Timothée. Luc aurait oublié de mentionner ce voyage en Macédoine ; il l'indiquerait cependant en parlant. Actes XIX, 8-10, d^un séjour de deux ans et trois mois de Paul à Ephèse, et, Actes XX, 31, dans le discours d'adieu aux anciens d'Ephèse, d'un séjour de trois ans au milieu d'eux. Mais ce voyage, supposé par Mosheim, est une pure hypothèse. Non-seulement les Actes n'en disent rien , car il ne faut pas demander ici de Luc, ni de Paul, une chronologie parfaitement exacte, mais encore il est difficile de faire concorder Actes XIX, 21 , 22 et 1 Cor. IV, 17; XVI, 5, avec la supposition que Paul avait entrepris lui-même un voyage en Macédoine, avant d'avoir envoyé Timothée dans ce pays et en
Achale. En outre, la première épitre à Timothée ne suppose nullement, comme le prétend Mosheim, une communauté don encore organisée. — Il est plus improbable encore que Luc eût passé sous silence les neuf mois qu'il retranche (Actes XIX, 8-10) au séjour de Paul à Ephèse, sans mentionner de quelque manière le voyage de l'Apôtre en Macédoine. Enfin, le récit de Luc (Actes ^XIX, 8-10), ne permet pas de supposer une interruption dans le séjour de Paul entre les trois mois de l'enseignement dans la synagogue et les deux ans de renseignement dans l'école de Tyrannus.
B.IlJA vin bu séjour BE l' APOTRE
Cette seconde forme de l'hypothèse, savamment soutenue par Wieseler, puis par Reuss, ne semble pas non plus suffisamment concluante. « La première épitre à Timothée, dit Wieseler {Chronologie, page 315), a été, dans tous les cas, écrite par Paul pendant son se-» jour d^ trois ans à Ephèse (Actes XIX) et durant un voyage en Macédoine ou en Achaïe, non mentionné par Luc , voyage qui eut très probablement lieu dans la dernière année du séjour à Ephèse, en l'an 56 après Jésus^GhrisU Nous donnerons ici la réfutation qu'a faite Huther de cette hypothèse dans son commentaire sur les épltres pastorales (Meyer's Exegetisches-Handbuch) et dont quelques parties se rapportent aussi à la combi-^ naison de Mosheiin.
1. Si, dit Huther, nous devons accorder un second voyage de l'Apôtre à Gorinthe dans le temps du séjour d'Ephèse, il est cependant étrange que l'Apôtre ait été à Gorinthe peu avant d'écrire sa première épitre aux Corinthiens, puisqu'il n'aurait eu ainsi aucune raison d'envoyer celte lettre, et, remarque Wiesinger, ce qui
Qui trouvera coiicluaDt le raisonnement suivant présenté par M. Reuss pour soutenir son hypothèse^ et pour expliquer comment Paul peut écrire à Timothée (et cela depuis Corinthe) qu'il a quitté Ephèse pour se rendre en Macédoine (1 Tim. I^ 3)? « Paul écrivante Timothée est déjà en route pour la Macédoine » (où il se rendait en faisant un détour par Tile de Crète quMl évangélisa et par Corinthe), « peut-être sur le point de quitter Corinthe , peut-être déjà arrivé à Nicopolis » (où il doit passer l'hiver puis évangéliser toute l'illyrie). « Pour le moment tout son voyage, quoique d'abord dirigé en sens opposé, se présente à son esprit comme un voyage en Macédoine^ car c'ost bien là le but qui reste à atteindre. En Macédoine il devait trouver de la besogne, beaucoup d'Eglises à voir. « Grâce à cette hypothèse, conclut M. Reuss, l'authenticité de la première à Timothée ne pourra plus être attaquée de ce côté -là. » Nous demanderons simplement quelles difficultés on ne résoudrait pas avec cette exégèse-là.
3** La première épître à Timothée fut écrite durant le voyage mentionné Actes XX, 3-5. — C'est l'hypothèse de Berthold reprise par Matthies et réfutée par Mack, par Wieseler et par Huther. — Timothée aurait été envoyé à Ephèse avec une mission verbale peu avant le départ de Paul pour Jérusalem. L'Apôtre aurait eu l'intention de passer par Ephèse, mais forcé d'abandonner ce projet il aurait écrit notre lettre, soit d'Achaïe, soit de Macédoine. Toute cette hypothèse se base sur une fausse interprétation dti mot icopeuofxevoç, qu'on rapporterait, non. à Paul mais à Timothée. Actes XX, 4, 5, s'oppose à cette exégèse, puisque Timothée, loin de partir le premier, s'était joint à l'Apôtre comme compagnon de voyage et ne s'en était séparé que de Philippes
à Troas, et de Troas à Assos« Actes XX, 16, il est dit: Expive UccSkoç TcapaTcXeuaat tiqv Eçeaov, otcox; (xyj yevYiTat aura) jç^povoTptêTjaai ev ty) A<Jia, «t cependant d'après ITim. III, 14'; IV, 13, l'Apôtre pense séjourner quelque temps à Ephèse. Et si Timothée est à Ephèse, comment n'en est-il pas fait jinention Actes XX, 16? Enfin ici encore, comment expliquer ce qui est dit Actes XX, 29-30, d'erreurs à venir?
Concluons donc pour la première épttre à Timothée, comme pour les autres épttres pastorales, qu'elle ne peut avoir été écrite qu'après que Paul eut été libéré de sa première captivité.
Nous venons de voir par les données même des épttres pastorales , par les difficultés que nous avœas rencontrées à les caser convenablement dans la période connue de la vie de Paul, comme aussi par certaines indications de l'épitre à Philémon * et de celle aux Philippiens', et par la conclusion si vague du livre des Actes des apôtres, que le Nouveau Testament, loin de s'opposer à l'admission d'une double captivité de l'apôtre Paul à Rome, lui serait plutôt favorable. Avant de passer à d'autres considérations sur le sujet qui nous occupe, recherchons si notre hypothèse ne serait pas peut-être appuyée par quelque témoignage de l'antiquité digne de foi ; si , en un mot , de nouveaux voyages du grand apôtre des gentils ne seraient pas mentionnés
» Philém. M. — > Philipp. l, 25, %(i,
quiilque part dans les premiers écrivains de TEglise» A la fin du premier siècle, ou au plus tard au commencement du second y nous trouvons dans Tépitre adressée par Clément de Rome à TEglise de Corinlhe un passage qui semble appuyer expressément Thypothèse d'une libération de l'apôtre saint Paul et d'une nouvelle activité missionnaire. Clément dit en effet (I ad. Cor.j c. V) : oc Paul ayant prêché la justice dans ]e monde entier, et étant venu au terme de rOccident et ayant subi le martyre sous les principaux, est ainsi sorti de ce monde ^ » U résulte évidemment de ce passage que Paul atteignit les confin» de l'Occident, ce qui, dans la bouche d'un auteur écrivante Rome, ne peut vouloir désigner Rome, mais probablement l'Espagne où, Paul avait eu l'intention de porter aiissi l'Evangile (Rom. XV, 24). Le témoignage peut être d'autant moins contesté que Clément a dû probablement connaître personnellement l'Apôtre dont il peut être le disciple (Phil. IV, 3), et qu'il habitait Rome où l'on avait dû conserver une exacte connaissance des dernières destinées de Paul. Neander, dont chacun connaît le tact critique, admet cette autorité : « Nous devrions nous en tenir à l'opinion que Paul fut délivré de sa captivité, dit-il, alors même que nous n'eussions pas de renseignements sur l'état de Paul dans sa seconde captivité ; et que nous pourrions placer dans sa première détention sa seconde épilre à Timothée. » C'est ce qu'a fait Hug, qui admet expressément cependant deux emprisonnements de l'Apôtre à Rome.
Les adversaires d'une double captivité ont senti tout le poids de ce passage dans la question en litige ; aussi
* Aixdtocuvr^v StSaÇaç oXov tov xoa{jiov, xal exi to Tspfjux tr^q îuaewç èXOwv xal [xaprupYjffaç eict twv YJYOUfjtevwv, outwç OLTtîKkcrffi TOV xociJlov xai eiç tov ay^o^ toxov exop eu^.
ont-ils cherché à en affaiblir rautorité en ne voulant voir dans le Tepfxa tï); Su(7£(o; qu'une figure oratoire, qu'une épilhète de rhéteur. Un fait n'en demeure pas moins : c'est que Paul se rendit à l'occident de Rome, que ce soit en Espagne ou ailleurs, peu nous importe, et qu'il fut par conséquent libéré de sa première captivité. Ainsi l'ont entendu, outre Neander et Hug , Guericke, Wiesinger, Howson et bien d'autres.
Un second passage, sur lequel nous appuierons peu parce qu'il est tiré d'un texte fort mutilé, dénoncerait un voyage de Paul en Espagne. Ce sont ces mots du canon dit de Muratori, et qui doit appartenir à l'an 170 environ : « Acta autem omnium apostolorum sub uno libro scripta sunt Lucas, optime Théophile, comprehendit, quia sub prsesentia ejus singula gerebantur, sicùt et semote passionem Pétri evidenter déclarât sed profeciionem Pauli àb urbe ad Spaniam proficiscenlis. » Nous le mentionnons néanmoins, parce qu'il nous fournit la preuve qu'à cette époque la tradition reconnaissait un voyage de Paul en Espagne.
Il est un autre témoignage que nous a conservé Eusèbe, et auquel plusieurs critiques ont accordé une grande autorité à cause de sa haute antiquité, que nous ne pouvons alléguer cependant en faveur de notre hypothèse, parce qu'il ne nous semble réellement pas contenir ce que l'on a bien voulu y trouver, c'est un verset extrait de l'épître de Denys de Corinthe à l'Eglise de Rome : « Taura xal u(X£tç 5ia dqi; TOdaunQç vouôeoiai; TYjv OLTco IleTpou xotl IlauXou çureiav "^eyrfitvjcoj P(0(xai(ov T£ xal Koptvôiwv (7UV£X£pa<7aT6 xatyotp a[x<pco xal £tç tTjv rj(X£T£pav Koptvôov çuT£U(javT£<; TQfJiaç O(xoio)<; eSi&iÇav, o(xoia)(; §£ xal etc; tiqv iTaXtov o(xo7£ StSàÇaviec, Cfxop TupTQaav xaxa tov outov xaipov. »
D'après Heydenreich et Hug, ce passage signifierait que Pierre et Paul, après avoir enseigné quelque temps ensemble à Corinthe, se seraient rendus ensemble aussi en Italie, où tous deux auraient trouvé la mort, ce qui supposerait nécessairement une double captivité. Hey-* denreich considère ce témoignage de Denys comme d'autant plus digne de foi qu'il se trouve dans une lettre d'un évéque de Gorinthe à des chrétiens romains qui devaient pouvoir juger en connaissance de cause de la réalité d'un tel fait. Nous remarquerons cependant que cette interprétation soulève quelques difficultés , que Denys dit plutôt simplement que Pierre et Paul avaient enseigné de la même manière (o[xot(oç) à Gorinthe, en Italie, et qu'ils y étaient morts ensemble
Un témoignage plus positif, et dont le sens est très clair, nous est fourni par Eusèbe lui-même, qui se range entièrement à l'opinion d'une double captivité. Nous lisons en effet, dans son Histoire ecclésiastique (liv. Il, p. 22), que « le bruit court qu'après avoir présenté sa défense, l'Apôtre partit pour continuer sa mission apostolique, qu'il revint une seconde fois à Rome pour y subir le martyre. Il avait écrit alors, étant dans les lieqs, sa seconde lettre à Timothée : Tote (xev ouv aTcoXoYïiaaixevov auôii; tici r/jv tou xYjpuyfJiaTOi; Staxovtav Xoyoi; ejç^et ^retXaaôat tov aicooroXov, Seurepov S' euiêavra t/j auryj itoXet, to) xaT àuTOv Ttktnù^Tcm [jiapTuptco. Ev (0 Seafxoti; ty(o\ktvoç r/jv Tcpoi; Ttfjioôeov SeuTEpav eicioToXTiv (juvraTrei. »
Bœhl, quoique partisan d'une double captivité, croit cependant qu'on ne peut pas s'appuyer sur ce passage d'Eusèbe. 11 objecte qu'Eusèbe rapporte ici un simple bruit , un 'koyo^ e^ei, qu'il n'appuie d'aucun témoi*
gnage positif/ qu'il va chercher ses preuves dans la seconde épître même à Timothée, en expliquant la Tcpcoryj axoXoYta(lV, 10) d'une première défense, qui aurait eu lieu déjà lors de la première captivité. Heydenreich et Huther ont vu dans le Xoyoç tyei une simple manière de rapporter un fait qui avait cours et qui pouvait être parfaitement certain. Heydenreich cite un exemple de cet|e manière dans VAnahasis de Xénophon (liv. VIH, p. 6); il remarque en outre qu'Eusèbe, en tant que premier écrivain de TEglise, ne pouvait s'appuyer constamment sur des sources écrites, et que s'il avait cité quelques passages de la seconde épître à Timothée, c'était pour montrer qu'elle n'était nullement contraire à la tradition qu'il rapportait. 11 est difficile de se prononcer ici dans un sens quelconque ; il nous suffit pour notre hypothèse que ce témoignage ne lui soit pas contraire.
Dès le quatrième siècle, l'opinion d'une double captivité de saint Paul à Rome s'établit de plus en plus. Jérôme la mentionne comme certaine : a Sciendum est, » dit-il , a Paulum a Nerone<dimissum , ut evangelium Ghristi inOccidentis quoque partibus prœdicaret ^ » De même Chrysostome : « Mexa to ^evetTÔat ev Pcafjiy) icaXiv it<; TY)v Sicavtav aTnriXôev. Ei 8e exdôev TcaXtv zt^ Tauxa Ta (xepTj oux (dfjiev '. »
Théodore de Mopsueste , l'un des disciples les plus célèbres de la fameuse école exégético-critique d'Ântioche, semble avoir partagé aussi l'opinion d'une double captivité de l'apôtre Paul à Rome. On lit en effet, dans un fragment d'un commentaire sur les Philippiens récemment découvert et publié par les soins du docteur Jacobi de Halle, le passage suivant ; a Ideo et in secunda
' Hieronym. Cotai, script, » Sur 2 Tirn. IV, ÎO.
ad Timotheum epistola, quam a Roma ad eum scripsit, non tune quando et Philippensibus scribebat (etenim tune cum ipso ad illos scripsit) ; sed secunda vice quando illic capite et punitus, scribens dicit : In prima mea defen* sione nemo mihi adruit, sed omnes me reliquerunt; hon illis imputetur Dominus autem adstitit mihi et confortavit me^ ut per me prsedicatio impletur et audiant omnes gentes, et liberatus su m ex ore leonis (Neronem indicans)^ »
Le même fait parait ressortir de la comparaison de deux autres passages du même auteur, Fun sur l'épitre aux Romains (XV, 24), l'autre dans des prolégomènes sur 2 Timothée : a Airo (xepouç... to axo (xtpouç eticsv coç xal auÔi^ irpoç aurouç '^zvfi<70[kVjoÇy eireixep oux axaÇ (xovov etç ttqv Pcojjlyiv açtxeTO o [xaxaptoç IlauXoç (Rom. XV, 24). — Oxi [xtj axoXouôcoç ty) xpoTepa Tau-
TY]v ysYP*?*^^^» M''^ ^^ ^^^ '^^^^ SiayovTt to tov SiqXov, aXXa (xexa tuoXuv ypovov ayav... xaxstvyjv (la première à Timothée) |X£v out(o Ypà(p(Ov §7iXo(; eoriv OTav (jl£t ou xoXu xpoç auTOv eXeudOfjLevGu;, Taur/jv Se coç (JieT ou tcoXu Sia Ty]v TOV XpMXTOu ofxoXoYiav tyjv ex tov Se tou piou ' (jLeTOGToatv Se^aoôat xpodSoxcov, xeXsuet Se auTOv xoi GaTTOv icpoç auTOv açtxeoôat. »
Ces derniers fragments ont été publiés dernièrement (1847) par Fritzsche * (p. 106), professeur à Zurich, et nous paraissent indiquer bien clairement que Théodore de Mopsueste plaçait la composition de la première épître à Timothée à peu de distance de celle de la seconde, et par conséquent durant une libération qui précéda la seconde captivité de Paul, dans laquelle
* Theod. Mopsuest. Comment arii nuper detecti de epistola ad Philip, scripta. Edidit Justus Ludovicus Jacobi.
* Fritzsche, Theodon episcopi Mopsuesteni in Nov. Test» commentariorum quœ reperiripotuerunt. Zurich, 1847.
nous Pavons vu plus haut placer la seconde épilre à Timothée. La critique contemporaine ne s'est pas encore occupée de ces passages que nous* n'avons rencontrés dans aucune introduction. Il n'y'a donc pas lieu pour le moment à discuter des opinions contraires.
Citons euQn le passage si positif de Théodoret sur 2 Tim. IV, 17 : « *Hv(xa vq Içédet (appel) j^pYiaàfJiÊvoç, etç rt^v P(ji(ji7iv Ô1C0 xoO ^otou icopeicéiJLÇÔTi, à^XoyTjordcfxevoç ùx; àôûo^ (innocent) açéiÔY) xal xàç 2icavta(; xaT^Xaêe xal dç Ixepa IÔuy) Spàfjwbv, Ti^Jv n^jç 8iSa(Txa- 'kloLÇ XaiXTcdtSa xpooTQveYxe, icpc&Tii^v TOtvuv àxoXo- Y{av mî^v ev exe^vY) t*)?! exSïjfxia y^T^viqK'^^'^ ^^^"^
Il résulte donc de notre examen que l'antiquité chré*tienne n'est pas contraire à Topinion d'une double captivité) qu'elle y croit au contraire dans ses principaux re* présentants. Nous n'avons rencontré, il est vrai, dans le deuxième siècle qu'un seul témoignage bien positif; mais il suffit qu'on ne puisse pas nou& en opposer de contraires pour que notre thèse soit à l'abri de ce côté-là. Recherchons maintenant dans un nouvel article la date probable de nos épitres pastorales et de la mort de saint Paul.
<K Si nous admettons, dit Neander, que Paul sortit une fois de captivité, nous devons supposer qu'il fut délivré avant la persécution qui suivit l'incendie de Rome, dans l'année 64, car il n'aurait certainement pas été ménagé s'il se fût encore trouvé captif. Nous pouvons
donc supposer quMI fut mis en liberté vers Tan 63, après une détention d'un peu plus de deux ansS »
Quant à son activité subséquente j nous sommes réduits à des conjectures.' Nous savons cependant^ d'après Phil. II, 24 et Philém. 24, que Paul avait Tintention de visiter de nouveau les Eglises de Macédoine et d'Asie Mineure, et par Rom. XV, 24, de porter aussi l'Evangile en Espagne. La seconde épitre à Timothée nous fournit la preuve qu'il mita exécution la première partie de son projet; et au dire de Clément, il serait à croire qu'il en fut de même pour la seconde. Divers arrangements ont été proposés. Voici comment Guericke se représente l'activité de saint Paul durant l'intervalle qui sépare ses deux captivités : « Paul, aussitôt après sa libération, aurait entrepris de nouveaux voyages missionnaires, comme il en avait formé le projet dans ses épitres aux Romains XV, 24, à Philémon 24, et aux Philippiens II, 24. Dans un de ces voyages, il aurait abordé en Crète, et après avoir évangélisé plusieurs villes (Tite I, 5), il serait reparti, laissant Tite chargé d'organiser les diverses Eglises (Tite I, 5). Il se serait rendu de là à Milet, où il aurait laissé Trophime malade (2 Tim. IV, 20), puis à Ephèse (1 Tim. I, 2), d'où il aurait écrit l'épitre à Tite. Au bout de peu de temps il serait reparti après avoir chargé Timothée de la direction de TEglise d'Ephèse, et lui aurait écrit quelque part sur la route sa première épitre. Il aurait passé à Troas (2 Tim. IV, 13), puis à Corinthe (2 Tim. IV, 20), et seraitresté tout l'hiver à Nicopolis (Tite III, 12) en Epire. De là il se serait rendu en Espagne, où, arrêté par les autorités païennes (une ancienne inscription porte que l'Espagne ne fut pas à l'abri des. fureurs
> Neandcr, Siècle -apostolique, t. !, p. 246, de la traduction française.
dé Néron], il aurait été reconduit à Rome. Ce serait alors qu'à l'approche du martyre, il aurait écrit la seconde épître à Timothée. (Guericke, Hist. des Ecrits du Nouveau Testament^ p. 376.) » A première vue, cet arrangement des faits semble être conforme aux indications fournies par les épitres pastorales et par le passage de Clément, mais on se demande comment Paul ne parle à Timothée de la maladie de Trophime que dans sa seconde épttre, après l'avoir vu cependant à Ephèse et lui avoir écrit une première lettre. Si nous admettons deux voyages en Orient, comme l'ont voulu Schmid (Ch.-F. Schmid, Historia antiqua et vindicatio canonis sacri V. et N. TU. Lips., 1775) et Howson (Life and Epistles of saint Paul, by Conybeare and Howson, p. 461 du IP vol.), l'un aidant son départ pour l'Espagne, l'antre après son retour, il faudrait admettre un intervalle trop considérable entre la première et la seconde captivité. Voici donc comment , pour concilier les diverses données que nous possédons, nous nous représentons avec Huther (Pa5(ora/ briefe dans le Meyer's Exegetisches ITandbuch)j la nouvelle activité de Paul pendant sa libération.
Au printemps de l'an 63, Paul aurait quitté Rome. Il se serait rendu en Crète, et à son départ de cette ile il y aurait laissé Tite, puis il aurait fait voile pour Ephèse, y aurait y\x Timothée, et de là se serait rendu en Macédoine , d'où il aurait écrit à Timothée, puis à Tite, après avoir formé le projet de passer l'hiver à Nicopolis. L'année suivante il serait retourné à Ephèse, d'Ephèse à Milet, où il aurait laissé Trophime malade (2 Tim. IV, 20), de Milet à Corinthe, sans pouvoir emmener Eraste avec lui (2 Tim. IV, 20), et de Corinthe en Espagne, où il aurait été arrêté et emmené prison-
niera Rome vers l'an 66^^ après la grande persécution de Néron, alors que cet empereui; était en Grèce.
Jérôme place la mort de saint Paul la 14^ année du règne de Néron, la 73* après la mort de Jésus-€hrist, Fan 69 ou 70 de Tère chrétienne (Decimus quarto Neronis anno eodem die quo Petrus, Romae pro Christo capite truncatus sepultus que est in via Ostiensi')^ Mais il est peu probable qu'il ait pu connaître la date du martyre de TÂpôtre avec tant d'exactitude. Il est plutôt à croire que son calcul est basé sur des supposi* tions. Un fait demeure cependant, c'est que la tradition place la fin de la vie de Paul dans les dernières années de Néron. Ainsi Eusèbe {H. £.,11, 25), dit : « IlauXoç Sy) ouv, £x' auDQç PcùfXYjç TiQv xeçaXïjv a7C0T(jLï)67)vat, xal IleTpoç <oç auTcaç avacrxoXoTct^ôiQvat xax aurov toropoùvrat, » et (H. £., 111,1): « Tt Set Tcept IlauXov Xeyeiv... uorepov ev ty) PcofJiYi em Nepcavoç (xefxapTupTixoTOç. » Et Denys de Corinthe, cité par Eusèbe {H. E., Il, 25), ajoute : a 12; Se xaxa tov outov a(jLf (o (Pierre et Paul) xaipov £(jLapTiipY)(jav. Atovtîaioç icopttmQdt... efxapTÙpYjdav xaxa TOV aurov xaipov. »
Quelques auteurs comme Pearson, Bertholdt, ont entendu par les Yjyoupievoi de Clément, les deux préfets Hélius et Polyclète, qui gouvernèrent l'empire pendant le séjour de Néron en Grèce (66-67). Cette interprétation s'accorderait parfaitement avec notre hypothèse... cependant, comme elle est controversée, nous ne nous y appuierons pas. Neander voit dans le fait que Paul fut décapité, et non crucifié comme Pierre, une preuve qu'il ne mourut pas lors de la persécution suscitée par
1 Huther fait mourir Paul en 64^ pendant la grande persécution... 11 est difficile, dans ce cas, d'expliquer le procès de Paul. * Catal. script., XV, 5.
rincendie de Rome, parce qu'alors il n'est pas à croire que son litre de citoyen romain eût été respecté (Neander, Siècle apostoUquey 1. 1, p. 246). A la fin du second siècle, et même, à ce qu'assure Eusèbe, dans la première moitié du troisième, on montrait encore à Rome les tombeaux des deux apôtres Pierre et Paul*.
Ni le Nouveau Testament, ni l'antiquité chrétienne ne s'opposent donc à l'hypothèse que nous venons de développer dans notre dernier paragraphe ; le Nouveau Testament et l'antiquité chrétienne, au contraire, viennent nous apporter leur témoignage. La preuve histo* rique est donc aussi complète que nous pouvions l'attendre d'une époque où l'on écrivait peu, dont du moins les monuments historiques, s'il y en a eu jamais, ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Outre ces preuves historiques, y en a-l-il d'internes ? c'est ce qu'il s'agit encore d'examiner. Ici, plus que partout ailleurs, nous marchons en plein jour... La parenté intime desépitrcs pastorales, tant sous le rapport des sentiments exprimés que des instructions données, que des expressions particulières qui y sont employées, que des erreurs combattues, nous forcent à leur assigner une date fort rapprochée les unes des autres, et à rejeter toute hypothèse qui tendrait à les disséminer dans la carrière connue de saint Paul. C'est à la fin de la vie de l'Apôtre, c'est aux derniers jours de son activité chrétienne que nous ren-
* Eusèbe, H. E., II, 25.
voient ces institutions ecclésiastiques qu^il développe, ces hérésies qu'il combat. Ici les arguments des adversaires se tournent pour nous en preuves, et c'est dans ceux qui rejettent Tauthenticité des épitres pastorales que nous allons trouver nos plus vigoureux défenseurs* « La polémique si semblable de ces épîtres, les expressions si particulières qu'elles renferment, dit de Wette, forcent les partisans de leur authenticité à placer à une même époque la date de leur composition ^ »
« Il est un seul moyen, ajoute Baûr, de sauver Tauthenlicité des épîtres pastorales, c'est d'admettre une seconde captivité. » — « Qu'on compare ces épîtres les unes avec les autres, » continue à ce sujet l'un des principaux défenseurs de leur authenticité, « et qu'on les rapproche ensuite des autres épîtres de TApôtre , quelle concordance d'une part, quelle diversité de l'autre! Gomment concevoir jamais que la première épître à Timothée, par exemple, est contemporaine de l'é- |fître aux Romains (Wiesinger, Ep. pdst,)^ ou l'épître à Tite de la première aux Corinthiens. On ne peut l'admettre qu'avec peine; bien plus, nous osons dire que c'est impossible. » De Wette a réuni en un tableau, avec un soin louable , les expressions particulières aux épîtres pastorales ; il a montré leur parenté intime, nonseulement dans les mots, mais aussi dans leur composition, dans leur structure ; il a rappelé ces termes : suaeêeta, SiSooxaXia, uyiaivouda, cette formule entre autres : ictdroç o Xoyoç, et il a demandé pourquoi aucune des épîtres contemporaines de la première épître à Timothée ou de celle à Tite, par exemple, ne renfermaient des expressions semblable);. Impossible d'expliquer cette relation si étrange, « qui de ces trois
* De Wette, Einleitung m dus N. T., p. 118.
lettres n^en forme qu^une seule, » en disant qu*elles sont écrites à des individus^ à des compagnons d^œuvre... Il n*y a qu'une manière de sortir d'embarras , c'est d'admettre pour leur composition une époque postérieure à celle de toutes les autres, et ce fait est si vrai, si palpable que nous serions tenté de dire que notre foi à . l'authenticité des épUres pastorales dépend de l'admission ou du rejet de l'hypothèse d'une double captivité ! . . . Un autre fait encore, dont nous avons parlé incidemment déjà, mais sur lequel nous revenons cependant parce qu'il est d'une immense importance dans la question qui nous occupe, c'est le discours de Paul aux anciens d'Ephèse , ce sont ces hérésies dénoncées comme menaçant le troupeau, comme devant atteindre les directeurs eux-mêmes. C'est cette gangrène qui va s'attacher à la doctrine purement professée encore par l'Eglise et qui va la corrompre..., peut-être l'anéantir! L'Eglise d'Ephèse «1 l'époque du discours de Paul, c'est encore l'idéal ; l'épttre à Timothée, c'est quelques an^* nées plus tard la triste réalité, 'c Impossible, s'écrie Baur, que les épitres pastorales aient été écrites avant * ce discours d'adieu... Pour les écrire, il eût fallu que l'Apôtre eût été délivré de sa première captivité, mais, dans ce nouveau cas, les adieux de Milet sont une difficulté encore!... Nous admettons la difficulté, nous voulons même supposer le cas le plus défavorable : l'Apôtre a vu son attente trompée, des circonstances puissantes l'ont arrêté dans sa marche vers le lointain Occident, il a dû revenir dans ces contrées qu'il avait cru ne jamais revoir... ; rejetterons-nous pour cela l'authenticité des épitres pastorales? » (Wiesinger).
Si Paul dit aux anciens d'Ephèse qu'aucun d'eux ne verra plus son visage, c'est qu'il sait que des liens
l'attendent, que des embûches lui sont tendues ; c'est aussi y s'il y échappe, parce que de son regard d'aigle il a contemplé l'Occident , que sa soif de conquêtes le pousse à de nouveaux combats... c'est que, dans son amour brûlant pour les âmes, l'Orient ne lui suffîtplus; il l'a tout rempli jusqu'en Illyrie de la connaissance de Jésus-Christ. Mais TOccident, les ténèbres l'enserrent encore ! Mais dans cette Italie qu'il convoite, mais à Rome, quel bien immense à faire!... Dans la capitale du monde romain , il y a des chrétiens sans doute, des communautés florissantes... ; la présence d'un apôtre, d'un saint Paul surtout, sera-ce pour eux un léger bienfait? Et puis par delà l'Italie, au delà de Rome, il y a la lointaine Espagne, il y a au nord la Gaule, vaste étendue, et au midi l'Afrique, la patrie future desCyprien et des Tertullien !... Comment revenir, une fois lancé dans ce champ si infini? la vie de l'Apôtre ne s'y consumera-t-elle pas? Oui, il a dit adieu aux anciens d'Epbèse, et dans sa pensée c'est pour toujours... Ces paroles qu'il leur adresse et qu'il • accompagne de ses larmes, c'est sa volonté dernière... il remet entre les mains de ses disciple^, faibles encore, l'avenir d'Eglises qu'il a formées, de troupeaux qu'il a créés, d'enfants pour lesquels il a soufiTert ! et il croit ne pouvoir être trop pressant, ni trop fort... Comme une mère, il pleure et il conjure... L'avenir a réservé à Paul une autre destinée... A Jérusalem il a trouvé des chaînes, et à Rome un cachot! Il a vu cette ville fanieuse après laquelle il soupire, mais il y est entré entouré de soldats et comme un malfaiteur!... Dans sa prison, ses projets se transforment; s'il est libre jamais , il ira revoir les chères Eglises de Philippes, de Colosses et de Laodicée, communautés qu'il connaît, les
unes pour les avoir formées, les autres pour les avoir chéries... et il ira à la rencontre de nouveaux liens dans la ténébreuse Espagne, où il n'aura mis le pied que pour mourir... Qui voudra pourtant retrancher du recueil sacré des épitres de saint Paul, et Tépitre si touchante et si tendre qu'il adresse à ses Philippiens, et Tépître si intime qu'il envoie à son disciple Philémon? Personne à coup sûr qui a appris à aimer le grand apôtre... Et cependant la même sentence qui frappera de mort les épitres pastorales, atteindra aussi les épitres ^ plus haut citées; car Paul y parle de retour en Asie^ et s'il va à Colosses..., à Ephèse, n'y rentrera-t-il jamais? Baur et d'autres, nous le savons, n'ont pas craint de proscrire d'un même coup ce trésor si sacré pour l'Eglise... Devant les exigences du système rien n'arrête ces critiques audacieux. Ce qu'on a épargné aujourd'hui, on le sacrifiera, s'il le faut, demain.
Une autre circonstance qui milite en faveur de l'hypothèse d'une libération de saint Paul, c'est la nature même de son procès. Arrêté dans le temple et livré au gouverneur de la Judée, qu'a fait saint Paul, qui devant^ ta loi romaine soit digne de mort?... On Ta jeté en prison pour avoir, dit-on, profané le temple, et pour être le chef de la secte des nazaréens*; mais Félix, et après lui Festus ei Agrippa le déclarent innocent, et il serait aussitôt libéré s'il n'en avait appelé à César... On le conduit donc à Rome ; mais le rapport de Félix est sans doute favorable, et le centenier Jules, qui lui doit la vie et celle de ses soldats, n'a pu donner que les renseignements les plus satisfaisants sur la magnanimité du caractère de son prisonnier... Aussi, deux ans il habite
* Us ne trouvèrent rien en lui qui fût digne de mort ou de prison (Actes XXVI, 31) .
dans une maison qu'il a lui-même louée^ et puis les Actes se taisent. . . et il semble que Texplication la plus simple de ce silence, c'est que Paul a été libéré, car le gouvernement romain n'a dit mot encore sur le christianisme, il n'est point rangé déjà parmi les religiones illicitœ. . .
On a objecté à tout cela que la haine des Juifs avait dû poursuivre Paul jusqu'au pied du trône de César, qu'ils avaient dû trouver dans la prosélyte juive Poppée, impératrice depuis l'an 62, un influent soutien!... Mais qui prouve qu'il en fut bien ainsi? Le silence de Luc ne nous force-t-il pas à croire au contraire que de ces poursuites haineuses il n'en fut rien ; car comment, si elles eussent eu lieu, Paul eût-il pu ce enseigner deux ans entiers en toute liberté de parler et sans empéchement*les choses qui regardent Jésus-Christî » (Actes XXVIII, 31.)
Enfin cette espérance si certaine de la délivrance qu'expriment l'épitre aux Philippiens et celle à Philémon ne sera-t-elle d'aucun poids dans la discussion ? Paul ne trace-t-il pas déjà par avance le plan de sa visite? Ne retient-il pas un logement à Colosses, chez son disciple Philémon ? On nous répondra qu'il en est ici comme des adieux de Milet. Mais la réponse sera-t-elle concluante, et parce qu'une fois l'Apôtre a vu ses plans renversés par une main divine, sera-ce à dire qu'il en a dû être de même une seconde fois?
Quelques objections spéciales ont été faites à l'hypothèse d'une double captivité de saint Paul. Nous ne nous attacherons non plus qu'aux principales. Nous ne pouvons entrer, faute d'espace, dans les mille détails d'une critique souvent ergoteuse. L'utilité n'en serait grande du reste pour personne.
Hug*a fait remarquer qu'il était difficile d'admettre que Paul eût pu jouir, dans une seconde captivité, d'une liberté aussi grande que le ferait supposer la seconde épître à Timolhée, puisqu'il lui était permis de recevoir des visites, d' écrire des lettres, etc. Mais, remarqueronsnous avec Neander*, la situation de chaque prisonnier dépend de tant de circonstances accidentelles, qu'on ne peut de ces cas particuliers rien inférer de général. Nous rappellerons en outre les facilités nombreuses qui étaient souvent accordées aux chrétiens, même au milieu des plus violentes persécutions.
On objecte encore que Tirîiothée est représenté, soit dans la première, soit dans la seconde épltre que lui adresse saint Paul, comme un jeune homme, ce qu'il ne pouvait plus être cependant en l'an 66 ou 67. De Wette a relevé les deux expressions eTciOufjiiai vewTeptxal (2 Tim. II, 22) et jjltiSêk; gou tyj^; veoTTQTaç xa- TaçpovetTO) (1 Tim. IV, 12). La difficulté est, croyonsnous , moins grande que le veulent bien les adversaires*
* Hug, Introduction au Nouveau Tedameni, t. II, p. 416. « Neander, Siècle apostolique, t. H, p. 253, de la traduction française.
Paul dut faire au plus tôt, en Tan 53^ la connaissance de Timolhôe (Actes XVI, 1, 3), et d'après le récit des Actes, ce dernier devait être alors très jeune encore, en sorte qu'à l'époque où il reçut les épitres de l'Apôtre, il ne pouvait guère avoir que trente ou Irente-cinq ans. Du reste , qu'on admette ou qu'on n'admette pas une seconde captivité, la difficulté reste la même, puisque dans l'hypothèse d'une double détention de Paul, il n'y aurait une dilTérence que de deux ou trois ans. Il est aussi à croire, comme le remarque GuerickeS que les docteurs hérétiques d'Ëphèse devaient mettre un soin jaloux à rechercher tout ce qui pouvait être défavorable au jeune presbyter d'Ephèse, et que Timothée devait, en conséquence , redoubler de précautions. Il est aussi possible que parmi ces hérétiques il y eût des vieillards auxquels leur âge donnait un certain ascendant.
On a objecté aussi que la seconde épitre à Timothée n'avait pa^ de raison d'être en l'an 66 ou 67^ puisque Jean se trouvait alors à Ephèse. Il s'agirait de le prouver. Il y a plus de probabilités en faveur de l'opinion contraire.
On a objecté enfin que, Phil. II, 19, Paul écrivant de Rome , exprimait l'intention d'envoyer Timothée en Macédoine, et de se rendre lui-même dans ce pays après sa libération, mais non point d'aller à Ephèse. Nous remarquerons d'abord que l'objection ne porte pas, puisque, Philém. 22, Paul demande qu^n lui prépare un logement à Colosses. II n'est pas à croire qu'étant si près d'Ephèse, il n'y ait pas été. Ensuite rien ne prouve que Timothée soit parti de Rome avant la libération de l'Apôtre, et le fût-il, rien n^cmpêche d'ad-
4 Gucricke, JBeitrage sur làstorisch kriiischen Etnleiiung in's JVewe TêstoineÉt, p. 1&&.
mettre qu'il se soit rencontré avec Paul quelque part, en Macédoine, par exemple.
Résumons-nous en terminant ce travail, et, réunlsr sant en un faisceau les preuves diverses qui nouç sem<^ blent militer en faveur d^me double captivité de saint Paul y disons avec l'auteur de l'article Paul^ dans la belle Encyclopédie théologique du D** Herzog , que nous recevons en corrigeant notre dernière épreuve : « Nous maintenons les données de l'ancienne tradition de l'Eglise sur une double captivité : 1"^ parce que le livre des Actes des apôtres, qui se termint avec la fin probable de la première captivité, ne dit mot de la mort de saint Paul ; 2** parce que l'Apôtre, arrivé au terme de cette première détention, entrevoit sa prochaine délivrance (PhiK II, 25; Philém. 22); 3" parce qu'il est impossible de faire rentrer sans violence les épitres pastorales, dont la paulinité ne saurait être niée, dans la carrière connue de saint Paul ; 4* parce que les hérésies combattues n'avaient point atteint encore en Tan jS3 ou 64, date prétendue de la mort de Paul, un développement aussi considérable ; 5"" parce que la terminologie toute particulière des épitres pastorales exige de les placer pour leur composition dans un temps fort rapproché les unes des autres , mais postérieur cependant aux autres écrits du même apôtre; 6^ parce qu'enfin
la tradition chrétienne, dans ses représentants les plus accrédités, croît à une double captivité '. a
Nous ne prétendons pas avoir établi ces'divers points d'une manière irréfutable. Dans une question de ce genre, on ne peut demander une certitude mathématique; il s'agit simplement de savoir en faveur de quelle hypothèse sont les probabilités les plus nombreuses; et, après une étude sérieuse et attentive, entreprise avec de fortes préventions contre l'opinion d'une double détention de saint Pau), nous avons dû nous ranger à ce dernier résultat avec les Gieseter, les Lange, les Guericke et les Neander, malgré les pages savantes de MM. Reuss, Wieseler et E. de Pressensé.
' D" HerMg, Reai-Enei/klopœdie fur proteatanlisdie Théologie und Kirclie, t. SI, p. m, 24S. On Eait que cette Encyclopédie donne leeder- Qiers résultats de la science «n AUeiua^e.
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