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L'apôtre Paul et Jésus-Christ

On trouvera dans les pages qui suivent un essai de solution d’un des problèmes les plus importants de l’histoire du christianisme primitif.

Il n’est pas inutile de dire ici quelques mots de l'esprit dans lequel cette étude a été faite. Nous nous sommes efforcés d'appliquer constamment une méthode exclusivernent historique. Quelques-uns regretteront sans doute que nous n'ayons pas fait place à des considérations d'ordre dogmatique. Peut-être estimeront-ils que nous avons abusé de la méthode historique. Nous ne croyons pas avoir mérité ce reproche. S'il est vrai, comme cela est universellement admis aujourd’hui, que le christianisme est un fait historique et doit être étudié comme tel, on ne saurait lui appliquer une méthode trop radicalement historique.

Il faut en finiravec cette conception bâtarde qui, tout en reconnaissant dans le christianisme un fait historique, ne s'accommode que d’un usage timide de la méthode de l’histoire et fait sans cesse, directement ou indirectement, intervenir des considérations théologiques. Certes, nous ne voulons pas dire que le christianisme n’est qu'une religion comme les autres, qu’il n’est qu'un moment, entre mille, de l’évolution religieuse de l'humanité,

N'est-il pas oe . en. effet, de connaître la révélation divine qu'est le christianisme, avant Le ne de philosopher sur elle ? . à = Nous ne nous sommes pas proposé dans le présent ouvrage d’examiner au point de vue théologique l’ensei- …

gnement de Jésus et le système paulinien; nous avons voulu seulement déterminer ce qu’ont été cet enseignement et ce système, et, plus particulièrement, préciser autant que possible le rapport qu'il y a entre eux, aussi …

une méthode strictement historique était-elle la seule que nous pouvions suivre’. ARR

1. La littérature du sujet que nous avons traité est trop étendue et trop t Re dispersée pour qu’il nous ait été possible de donner une bibliographie en tête de notre travail. Les ouvrages les plus importants seront cités soit dans l’introduction, soit dans les notes au bas des pages. 4 Conformément à un usage courant en Allemagne, et qui commence 15

se répandre en France, nous n'avons pas fait précéder du mot Monsieur

les noms des auteurs que nous avons cités.

INTRODUCTION

Quand après avoir lu les Évangiles synoptiques, on aborde l'étude de quelqu’une des épîtres de Paul, de Pépitre.aux Romains par exemple, on se sent tout dépaysé. Il semble qu’en passant de Jésus à son apôtre, on ait été transporté sur un tout autre terrain . La predication de Jésus est extrêmement simple, complètement étrangère à toutes les subtilités de la théologie. Chez Paul au contraire, on se sent en présence d’un système théologique parfaitement ordonné, même s’il n’a jamais été formulé d'une manière définitive. Ce n’est pas cependant que chez l’apôtre la théologie étouffe et remplace la vie, la lecture des épîtres permet de s’en convaincre aisément, mais à côté du besoin de saisir le salut, on sent encore celui d'en comprendre le comment et le pourquoi. Il ne se contente pas de convertir les païens par une prédication qui tire toute sa force de la puissance de sa foi, il veut aussi mettre au service de l’évangélisation toutes les ressources de sa dialectique, à la fois hardie et

1. Ce contraste a été très bien noté par Lrirsius, Lehrbuch der evangelisch-

, brotestantischen Dosmatik. 3° éd. Brunswick, 1893, p. 530, Voir aussi

Heinrict, Jesus und Paulus. (Neues sächsisches Kirchenblatt, 1895), col. 752.

DE | INTRODUCTION , Ê t re % ae} ï

subtile. Il affermit ceux qu'il vient de convertir, en leur présentant la foi comme un système qui satisfait les exigences des esprits, et qui triomphe de toutes les objections. Bien qu'il fasse profession de mépriser la sa-

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gesse grecque, il présente l'Evangile comme une sagesse

nouvelle.

Il est vrai que, quant à son origine, cette sagesse n'est

pas humaine. Quant à son essence, il faut cependant qu’elle le soit, dans une certaine mesure tout au moins, car si elle n'était pas de nature à satisfaire les exigences de la raison, Paul ne pourrait songer à répondre aux objections et aux doutes, en raisonnant sur tel ou tel point de l'Évangile.

C’est ce contraste, qui frappe certainement tous les lecteurs attentifs des Évangiles et des Épîtres, que nous voudrions étudier ici, nous proposant d’en préciser autant que possible la nature et d’en définir les causes. Nous serons amenés ainsi à rechercher tout ce qu’il est possible de savoir sur les relations directes ou indirectes de Paul avec Jésus, sur les causes qui ont déterminé la formation et le développement de sa pensée, et enfin sur le fait même de sa conversion.

Ce n’est pas une étude d'ensemble sur la genèse du paulinisme que nous nous proposons d'écrire, mais un chapitre seulement de cette étude qui devrait, pour être complète, envisager les rapports de Paul, avec l'Hébraisme, le Judaïsme et l’'Hellénisme, aussi bien qu'avec l'Évangile primitif.

L'intérêt de cette étude ne nous paraît pas avoir besoin d'être démontré. Il est d’abord nécessaire de connaître le rapport du paulinisme avec la théologie de Jésus-Christ,

| INTRODUCTION

pour bien comprendre la théologie de l'apôtre et en apprécier exactement le caractère original.

Mais peut-être le problème qui nous occupe a:t-il encore une portée plus générale. Paul, on le sait, a été le vrai créateur de la théologie chrétienne. Ses épîtres sont la source où les théologiens de tous les âges sont venus puiser. La charpente du système paulinien avec les grandes idées de péché, d’expiation, de justification, est restée la charpente même de la théologie chrétienne. Examiner le rapport du paulinisme avec l’enseignement de Jésus-Christ, ce sera donc, en un certain sens, examiner le rapport de la théologie chrétienne tout entière avec la prédication de son fondateur.

Chose curieuse, ce sujet si important n’a que peu attiré l'attention des théologiens. Tous les traités de théologie biblique et tous les ouvrages consacrés à l’apôtre Paul traitent en passant des rapports de l’apôtre avec son Maître’, mais le nombre des études spéciales dont ce pro-. blème est l’objet, est très limité”. Depuis une cinquantaine d'années, la question de savoir dans quelle mesure

r. Nous ne pouvons songer à en donner une liste même incomplète.

2 Mentionnons seulement à titre d'indication : C. C. FLaTT, De Paul apostolicum Jesu Christo consensu (thèse), lubingue, 1804; Bourrir, Comparaison de la doctrine de Jésus-Christ avec celle de Saint Paul (thèse), Genève, 1834. On peut aussi citer quelques courtes thèses de baccalauréat desquelles on ne peut tirer que fort peu d'indications utiles. Par exemple : HurAuT, Paul a-t-il connu le Christ historique ? (thèse), Montauban, 1860; Quiévreux. Sur les sources où saint Paul a puisé sa connaissance du christianisme (thèse), Strasbourg, 1866; GancLorr, Essai sur la genèse de lÉvangile paulinien (thèse), boue 1868; LEMAIRE, Le Chr ist historique. d'après les épitres de saint Paul (thèse), Montauban, 1875 ; SaLEYRET, Les origines et la formation de l’Évangile de saint Paul (thèse), Paris, 1896 ; DEJARNAC, La préparation de l'apôtre Paul (thèse), Montauban, 1901.

dichen mit der Lebre Jesu’. Ce travail est intéressant surtout pour ce qui concerne l’enseignement de Jésus, maïs il pénètre moins profondémentle système paulinien*.

. La même année que l’étude de Wendt, parut un article d’'Hilgenfeld intitulé Jesus und Paulus*, dans lequel sont discutées les conclusions de Wendt, mais le débat est limité presque exclusivement à la question de la critique des synoptiques, et par conséquent n’a pas ici d'intérétdirect.

L'artie de Wendt a provoqué encore une courte réplique de Gloatz, intitulée : Zur Veroleichung der Lebre des Paulus mit der Jesu°, mais cet auteur traite plutôt les . questions de méthode. |

Il faut signaler aussi une série d'articles de Heinrici

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