‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 10 sur 111 · SABATIER, L’apôtre Paul · texte numérisé non relu

SABATIER, L’apôtre Paul

Davis et ont: A cet ndri is caractére du die change brusquement; jusque-la il avait été une revue dé taillée de l’histoire d'Israël, avec de nombreuses citations de sources; tout d’un coup il devient une apostrophe

véhémente aux Juifs. L’orateur leur reproche la dureté de. leur cœur, leur résistance à Dieu. Leurs péres ont mis à mort les prophètes qui avaient annoncé la venue du juste qu’eux-mêmes ont livré et mis à mort. Enfin lediscours se termine par quelques mots qui sont assez obscurs.

Nous les reproduisons dans l'original oëves Endéere rà » véue)

ets atayas &yyhov xx oÙx ÉqUAGÉATE ra 7; ce D Le sens littéral est clair: Étienne veut dire que ce n’est pas Dieu directement mais les anges qui ont donné la loi à Moïse et que les Juifs ne l’ont pas observée. C'était là une

idée courante de lathéologie juive. Mais on ne comprend

pas le sens de cette affirmation dans le contexte où elle se présenteà nous.

Cette idée qui vient sans être amenée ni expliquée Da rien, et le caractère certainement hâtif de la fin du discours, nous font supposer qu'ici la rédaction primitive a disparu et que nous possédons seulement un remanie-

ment dû à un rédacteur postérieur. Ce qui confirme cette

hypothése, c’est que la conclusion du discours actuel n’est pas la conclusion logique de ce qui précède, ni ce qu’on attend pour répondre à l'accusation des Juifs. On peut supposer que dans la fin de son discours, Étienne, après avoir parlé des prophètes annonçant la venue du

Christ, avait parlé du Christ abolissant la loi donnée par les anges, et le temple qui n'avait été en quelque sorte

1. L’idée que la loi a été donnée par l'intermédiaire des anges se trouve.

aussi dans l’épitre aux Galates (3, 19;), c'est un des arguments qu'emploie

. Paul pour montrer l’infériorité de l’Ancien Testament.

vÉrser ss en ni une A qu " voit " cieux ou-.

verts et le Fils de l’homme à la droite de Dieu, alors que dans ce que nous possédons de son discours, le Christ n’est même pas nomimé.

Quant à la cause de cette mutilation, deux hypothèses ont possibles : ou bien un accident quelconque a fait disparaître un feuillet ou un fragment de feuillet du document original, ou bien la fin du discours a été remaniée par un rédacteur qui a voulu atténuer ce qu'il y avait à son avis d’excessif dans la critique qu'Étienne avait faite du judaïsme.

Cette seconde hypothèse nous paraît la plus vraisemblable. La dernière phrase du discours, nous l’avons vu, ne peut être comprise que si l’on y voit un débris de la conclusion disparue. Or, une mutilation accidentelle de la fin n’aurait pas laissé derrière elle ce fragment isolé. Ce

qui nous paraît d’ailleurs recommander l'hypothèse d’un remaniement, c’est qu'elle a l’avantage d’expliquer du même coup pourquoi a été imaginée l'intervention des

faux témoins. |

Quoi qu'il en soit de ces questions, dont l'importance est d’ailleurs secondaire pour nous, une chose est certaine, c’est qu'avec Étienne le christianisme a eu pour la

première fois conscience de son originalité propre. C’est. dans l'esprit du premier martyr qu’est apparue d'abord

l’idée que le christianisme ne devait pas rester une secte du judaisme, mais que sur le terrain même de Ancien Testament, il devait s'opposer au judaïsme. Le rôle d'Étienne a ainsi été immense, car sans cette rupture avec la synagogue qu'il annonça, s’il ne put encore la réaliser entièrement, jamais le christianisme n'aurait eu le succés si rapide et si général qu’il eut dans

| À ce point de vue, on | peut dir | que Ja prédic tion d'Étienne annonce et prépare la théo Des logie, que peu d'années plus tard devait si magistrale ment développer le pharisien aux pieds duquel les bour- | reaux avaient déposé leurs vêtements.

D. — La prédication de l'Évangile aux païens.

D'une manière générale, il est certain que Paul a été !

« l’apôtre des gentils » et que son activité missionnaire dans le monde grec a éclipsé celle de tous les autres pré- . dicateurs de l'Évangile en terre païenne; maisil n’est pas démontré par là que Paul ait été l’initiateur de la mis. sion parmi les non-juifs. Essayons donc de voir quellea … été l'origine de la prédication parmi les païens. S'il était en effet démontré qu’elle remonte plus haut que Paul, il se pourrait fort bien que la prédication aux païens n'ait DU pas été une conséquence pratique du système paulinien, | … dela théorie de l’abrogation de laloiet de la vocation des | paiens, mais qu elle ait été une des causes ont Het ; Paul à concevoir ces idées.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de l’attitude de Jésus lui-même vis à vis des païens. Rappelons seulement qu'il a toujours eu parfaitement conscience de n'être envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, mais que cependant il n’a pas repoussé lés païens chez quiil rencontrait de la foi. Mais si Jésus a parfois accueilli les 20% païens, il ne les a pas appelés : ce n’est qu’à titre d’exception qu'il admet l'entrée de tel ou tel d’entre eux dans le Royaume. | cs . De même les premiers apôtres n’ont pas l'idée de

s'adresser à d’autres qu'aux Juifs réunis à Jérusalem pour Ja fête : « C’est à vous et à vos enfants, leur dit Pierre, . que ‘e promesse est faite » Cactes, DNS

1513 8 0 PREMIÈRE PARTIE. — LES FAITS He

Peu à peu cependant la religion oncle sort du cercle étroit où elle avait d’abord nb s’enfermer, l’ Évangile est annoncé aux païens. Comment se fit cette évolution? | Le livre des Actes nous en fournit deux explications : d’après l’une, c'est Pierre qui le premier prit l'initiative de la prédication aux païens en annonçant l'Évangile au centenier Corneille (Actes, 10, 1-11, 18;). D'après l’autre, ce furent quelques chrétiens cypriotes et cyrénéens qui, à Antioche, annoncèrent les premiers le Seigneur Jésus à des Grecs (Actes, It, 20;).

Examinons successivement ces deux textes. On connaît l’épisode de Corneille, ce centenier de Césarée, ‘homme craignant Dieu auquel une vision recommande de faire venir de Joppe Simon surnommé Pierre. Celuici, averti de son côté par Dieu, suit sans difficulté les envoyés du centenier. Il arrive ainsi chez Corneille qui, pour la circonstance, a réuni autour de lui ses parents et ses amis. L'apôtre leur annonce l'Évangile, et comme ils reçoivent le Saint-Esprit, leur accorde aussi le baptême. Rentré à Jérusalem, Pierre est accusé d’infidélité par les membres de l’Église. Il se défend en racontant ce qui s'est passé et comment Dieu lui-même l'a amené à agir comme il la fait. Tous se réunissent alors pour glorifier Dieu qui, disent-ils, « a accordé la repentance pour la vie aussi aux païens (Acies, 11, 18;).

Nous ne cachelons pas que ce récit nous paraît, à plusieurs égards, fort suspect. On est frappé en le lisant de sa prolixité et de l’abus qui y est fait du merveilleux. Les hommes sont conduits par Dieu au moyen de visions. En outre la conception de l'esprit grossièrement matérialiste, porte nettement la date d’une époque qui a perdu le sens des phénomènes pneumatiques. Le récit porte ainsi tous les caractères de la légende. Ce n’est pas une

notice historique, c’est une explication imaginée après

coup, et développée avec ampleur. Notons de plus que le personnage de Corneille paraît moulé sur celui du centenier de Capernaüm (Mathieu, 8, 5-13; Luc, 7, 1-10;). Par son contexte enfin, cet épisode appartient à ce groupe de récits relatifs à Pierre, qu’un merveilleux naïvement

enfantin rend si justement suspect aux veux de la cri-

tique ‘.

Le second récit de la première prédication aux païens, fait avec l'épisode de Corneille un contraste frappant. Il est sobre, court, précis. L'auteur vient de parler des chré-

tiens qui, dispersés par la persécution quisuivit le martyre

d’Étienne, allérent jusqu’en Phénicie, à Chypre et à Antioche, annonçant l’évangile seulement aux Juifs; puis il

ajoute : «Il y eut quelques-uns d’entre eux, des hommes

de Chypre et de Cyrène, qui venant à Antioche parlèrent aussi aux Grecs leur annonçant le Seigneur Jésus »

(Actes, 11, 20;).

Cette notice est telle, qu'il est impossible d’en suspecter

l'authenticité. Un rédacteur postérieur n’aurait pas manqué d'y introduire une foule de détails merveilleux. Il semble de plus que ce fragment se rattache au récit du

. martyre d’Étienne, récit qui, nous l’avons vu, présente

une réelle valeur historique.

Entre les deux explications, l’hésitation ne nous paraît pas possible. Nous admettons, quant à nous, que c'est à Antioche que, pour la première fois, des chrétiens de Chypre et de Cyréne annoncérent l'Évangile aux païens?.

- ZeLzLer (Die Abostelveschichte, p. 179-190), Harnacx (Die Mission,

p . n -2), nient l’authenticité de cet épisode.

2. Remarquons seulement que Paul fit partie de l'Église d’Antioche (Actes, 11, 25. 26;) et que c’est délégué par elle, qu’il partit avec Barnabas pour son premier voyage missionnaire mr 13, 1-35).

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