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“IL. — Rapport entre l'enseignement de Jésus et celui de Paul sur le péché.
Il nous reste à définir le rapport qu’il peut y avoir entre les deux notions du péché que nous avons étudiées : celle de Jésus et celle de Paul. Nous ne pouvons songer à faire entre elles une comparaison systématique. On constate en effet, au premier coup d’œil, que ces deux enseignements ne sont pas des faits du même ordre. Ce qui attire l’attention de Jésus, c’est le péché dans sa réalité concrète, objective, matérielle, pourrait-on presque dire. Le péché l’intéresse comme fait d'expérience, comme puissance hostile qu’il rencontre à chaque instant devant lui pendant son ministère.
Cette manière de considérer le péché n’est sans doute pas complètement étrangère à Paul. Bien qu’esprit spéculatif, il a un sens très fin des réalités morales, il se révèle à nous dans ses épîtres comme un directeur de consciences de premier ordre, mais le centre de la doctrine paulinienne du péché n’est pas dans cette constatation expérimentale d’un fait. Il ne suffit pas à Paul de constater et de combattre les manifestations du péché, il veut encore le comprendre, en saisir le principe et la genèse; de là viennent ses théories sur l’origine du péché, sur le rôle de la loi, etc. Il y a ainsi en dernière analyse, accord absolu entre Jésus et son apôtre; le point de départ est le même pour l’un et pour l’autre. Pour Paul, comme pour son Maître, le péché est essentiellement la tansgression de la volonté de Dieu, c’est l’éloignement de Dieu, l’attachement à quelque chose qui n’est pas lui. Le péché porte en lui-même son châtiment : le pécheur
Fe LE PÉCHÉ | 16 , devient totalement étranger à Dieu et, par là, est condamné à mourir.
Paul ajoute à l’enseignement de son maître des développements théologiques. Des faits, il cherche à remonter aux principes. Ce qui pour Jésus était uniquement une constatation expérimentale, il en fait aussi la conclusion d’un raisonnement.
Chose curieuse, il semble presque que Paul ait essayé de trouver dans l’enseignement de son maître des points d'appui pour sa spéculation. La faiblesse de la chair dont Jésus parle en. passant, comme d’un fait d’expérience (Marc, 14, 38 et paral.), a peut-être contribué, pour sa part, au développement de la doctrine paulinienne de la chair. Les reproches de Jésus aux Pharisiens qui placent sur le dos de ceux qui les écoutent des fardeaux insupportables, et qui ainsi les font tomber et les empêchent d’entrer dans le Royaume des cieux (Math., 23,4.13;),n’ont peut-être pas été pour rien dans la genèse de la théorie paulinienne de la loi produisant le péché.