‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 50 sur 111 · LUE TER ‘AN TROT · texte numérisé non relu

LUE TER ‘AN TROT

Nous verrons que les deux idées, loin d’être inconciliables, n’en font en réalité qu’une.

Il semble que la théorie d'après laquelle le châtiment du péché vient de la colère de Dieu est la plus ancienne chez Paul. On la trouve déjà dans l’épître aux Thessaloniciens, alors que la seconde idée apparaît seulement dans la première épître aux Corinthiens. Dans la première de ces épîtres, Paul parle de la colère à venir dont le croyant est sauvé par Jésus-Christ (1 Thess., 1, ro; cf. Rom... $,9 ;). « Dieu, en effet, dit-il, n'a pas destiné les fidèles à la colère, mais à la rédemption par le Seigneur Jésus-Christ » (1 Thess., $,9;). Enfin, parlant des Juifs qui mettent le comble à leurs péchés en s'opposant à la prédication de l'Evangile, Paul dit : « La colère tombera sur eux à la fin » (1 Thess., 2, 16;). La même idée du chitiment infligé par Dieu au péché, se trouve aussi dans l’épître aux Romains : « La colère de Dieu, dit l’apôtre dans cet écrit, se manifeste du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes » (Rom., 1, 18;). S'adressant directement au pécheur, il dit encore : « Tu t’'amasses de la colère pour le jour de la colère et du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres. à ceux qui sont conduits par la colère, qui désobéissent à la vérité, mais obéissent à l'injustice, la colère et la haine, l'angoisse et la désolation sur toute âme d'homme qui fait le mal » (Rom., 2, $ ss.;) '. L'auteur des épiîtres aux Éphésiens et aux Colossiens, parlant des différents péchés, dit de même que c’est à cause de cela que la colère vient sur les homme » (Co, 3, 5. 6; Eph., 5, 6:).

1. Cette idée de la rétribution est d’ailleurs tout à fait accessoire chez Pau, on peut même dire qu'elle lui est seulement suggérée par des réminiscences de l’Ancien Testament (Ps., 62, 13. Prov., 24, 12.); cf par ex Rom., 12, 19 où on trouve une citation textuelle de Deut., 32, 35.

L'idée de la mort, conséquence directe du péché, apparaît chez Paul, pour la première fois, à notre connaissance, dans la première épître aux Corinthiens. Le péché y est appelé « laiguillon de la mort » (+1ù xévcpov ro Bavdrou à auapria, [| Cor., 15, 56;). Le sens de cette expression n'est pas facile à déterminer avec précision, car l’image qu'emploie Paul a pour nous quelque chose d’énigimatique. À la prendre au pied de la lettre, le péché serait un moyen que la mort emploierait pour arriver à dominer sur l’humanité. La formule de l’apôtre équivaudrait à celle-ci : « Le péché est une puissance de mort ». Le contexte confirme cette interprétation. Paul célèbre la défaite de la mort, empruntant une formule à l'Ancien Testament, il dit : «O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? » (I Cor., 15, 55;) Les deux expressions vince et xévsper ont évidemment ici la même valeur. L’aiguillon, c’est donc la puissance qui fait triompher la mort. En célébrant la destruction de la mort, l’apôtre célébre la défaite du péché.

D'après l’épître aux Romains, le péché entraîne également la mort, ou, ce qui est équivalent, la privation de la gloire de Dieu‘. « Tous ont péché, dit l’apôtre, et sont privés de la gloire de Dieu » (Rom., 3. 23;). Le fait d’être esclave du péché conduit à la mort (3oüro: dpapriac els Ovatov, Rom., 6, 16;), car il y a une loi que Paul appelle « la loi du péché et de la mort» (Rom., 8, 2;), en vertu de laquelle le péché produit la mort. Parfois il semble que la mort soit un châtiment : « Le salaire du

ï. Il ne faut pas entendre ici la mort dans un sens métaphorique, mais dans le sens de cessation complète de la vie, d’anéantissement absolu. KasiscH, Die Eschatologie des Paulus, Gôttingue, 1893, p. 265, fait remarquer avec raison que Paul ne connaît pas de résurrection universelle, inais qu’il admet seulement une résurrection des croyants.

péché, c’est la mort », dit Paul (Rom. 6. 23 :). \CeUX qui font le mal, dit-il encore, méritent la mort » (Rom., 1, 32). D'autres fois, elle apparaît plutôt comme une simple conséquence logique : « La pensée de la chair va à la mort, » dit Paul (Rom, 8, 6;). « Le corps est mort par le péché » (Rom., 8, 10;), et enfin, si vous vivez dans la chair, vous mourrez (Rom., 8, 13;). Les mots qu'emploie ici Paul, pénAere drobyonen, indiquent une nécessité interne, une conséquence logique sans qu'il soit nécessaire de statuer une intervention de Dieu. Ils indiquent un fait naturel qui ne peut pas ne pas se produire, à savoir que l’homme qui vit dans la chair, ou le pécheur, car les deux expressions sont synonymes, est destiné à mourir. Mentionnons enfin que dans les épîtresaux Éphésiens et aux Colossiens, on trouve l'expression « être mort par les transgressions et par les péchés » (Eph., 2, 1. 5; Col. 2, 13;), mais, comme il est difficile de dire si ces expressions ne sont pas employées au figuré, on ne peut affirmer que ces passages se rapportent bien au même ordre d'idées.

Nous avons dit qu’à bien prendre les choses, les deux courants de pensée que nous venons designaler ne constituent pas en réalité deux idées différentes. Ce qui tend déjà à le prouver, c'est que, dans un certain nombre des textes que nous avons étudiés, les deux idées sont confondues, en sorte que la mort est considérée comme le châtiment infligé par Dieu au pécheur. La synthèse des deux idées est par là facile à opérer. On peut imaginer que la mort étant pour Paul la conséquence, pour ainsi dire mécanique du péché, il puisse cependant la présenter comme venant de la colère de Dieu, puisque c’est à la suite de l’horreur que lui inspire l’idolâtrie de l’homme, que Dieu l’abandonne à sa vie charnelle, c’est-à-dire au

pêché et à la mort qui en est la conséquence. Une chose est certaine en tous cas, c'est que Paul ne connaît pas d'autre châtiment du péché que la mort, c’est-à-dire l’anéantissement du pécheur. L'idée de peines subies dans la vie future, soit temporairement, soit éternellement, est restée totalement étrangère à sa pensée.

Arrivés maintenant au terme de notre étude sur la notion paulinienne du péché, essayons d’en résumer brièvement les caractères principaux. Ce qui frappe tout d’abord quand on essaye de saisir cette théorie dans son ensemble, c’est la réunion de deux traits différents. La doctrine paulinienne du péché est essentiellement spéculative, et pourtant on y trouve un sens très pénétrant des réalités, et une grande expérience des choses morales. Le caractère systématique de la théorie paulinienne du péché est tellement apparent, qu'il est à peu près inutile de le démontrer. La doctrine de l’origine du péché, celle des rapports de la chair et du péché, sont d’un esprit à la fois très hardi et d’une grande puissance dialectique. Il est vrai que sur certains points, il y a des obscurités et que parfois l’interprète doit faire tout un travail d’induction et de déduction pour saisir la pensée de l’apôtre, mais l'obscurité n’est jamais dans l’esprit de Paul, mais seulement dans son exposition qui n’est que fragmentaire. Quant à la richesse des expériences que suppose la théologie de l’apôtre, il suffit pour s’en faire une idée, delire ce qu’il a écrit du péché et de la loi, ou encore les poignants développements dans ‘lesquels il exprime l'angoisse de l'âme qui veut le bien, et qui ne parvient pas à le réaliser.

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