‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 53 sur 111 · WENDT, Die Lebre Jesu, pp. 177 s · texte numérisé non relu

WENDT, Die Lebre Jesu, pp. 177 s

culative sont ceux de la loi, des prophètes etdes psaumes. Jésus se rattache formellement à l'Ancien Testament, quand il appelle le sanctuaire dans lequel David entra lorsqu'il fuyait devant Saül : « la maison de Dieu »

(Marc, 2, 26; et paral.), et quand il désigne de la même

manière le temple de Jérusalem (Math., 21, 13; Marc, TITI BU; A5; 19, 465). Il appelle le cielicle trône de. Dieu », et la terre « son marchepied » (Matb., $, 34. 35;), se rattachant par là aux déclarations du second Ésaïe et du Psalmiste (Es., 66, 1; Ps., 48, 3:). Conformément aux idées juives, Jésus considère l’Ancien Testament comme la parole de Dieu (Math., 22, 31; Luc, 11, 49;)'. Toutes les déclarations de l'Ancien Testament font pour lui autorité. L’argument scripturaire est un de ceux qu'il emploie le plus volontiers (Math., 4, 4. 7. 10: 5, 27.31.33; etc.). Il considèreles commandements comme prononcés par Dieu lui-même (Math., 4, 10; 15, 3.4. 6; Marc, 7, 10; Luc, 4, 8;). Ces données suffisent pour prouver que la théologie de Jésus se rattache directement à celle du judaïsme. C’est ainsi que Dieu est pour Jésus en opposition absolue avec tout ce qui est mal, ce qui s'exprime d'une manière concrète par l’antithèse entre Dieu et Satan ou Mammon (Math., 6, 24; 12, 26; 16, 235 Morci8n83; Luc 11,419: 416113 ;).1Positiyement, Dieu apparaît à Jésus comme un être parfait, modèle que les hommes doivent se proposer d’imiter (Math., s, 48;). Il est le seul être bon : « Personne n’est bon que Dieu, dit Jésus au jeune hommeriche qui l’a appelé «mon bon

1. Aucun de ces deux passages n’est absolument décisif; le premier, parce que, dans la parole de l’Ancien Testament qui est citée, c’est Dieu qui parle; le second, parce que la citation n’est pas sûrement de l'Ancien * Testament, cf. H. Horrzmanx, Hand Commentar, 1, 1, p. 369.

Maître » (Marc, 10, 18; Luc, 18, 19;)'. Jésus affirme que le Pére sait tout, qu’il voit les actions secrètes de chacun, les aumônes, les prières, les jeûnes qui n’ont pas eu de témoins (Math., 6, 4. 6. 18;). Il connaît les besoins de tous ses enfants (Math., 6, 32;). De même, Dieu est tout puissant; Jésus dit à propos du salut : « Quant aux hommes, cela [— être sauvé] est impossible, mais tout est possible à Dieu » (Math., 19, 26; cf. Marc, 10, 27; Luc, 18, 27;). Non seulement Dieu peut tout, mais il est encore le seul être qui aït une puissance réelle. Jésus dit en effet dans son langage imagé : « Toute plante qui n’a pas été plantée par mon père sera arrachée » (Matb., 1, 13). À l'œuvre de la création (Marc, 13, 19; cf. Math., 19, 4;), se rattache celle de la providence; on sait quels magnifiques accents Jésus a su trouver pour exprimer son assurance, que rien dans tout l'univers n'arrive sans la volonté de Dieu (Math.,6, 25-32;).

En étudiant ces indications sur la manière dont Jésus a conçu Dieu, on ne peut pas ne pas être frappé du caractère très particulier que revêtent chez lui les idées abstraites des attributs de Dieu. Jamais, même dans les psaumes qui se rapprochent le plus de Jésus sur ce point, on ne trouve une telle intensité de sentiment religieux dans les déclarations sur la grandeur et la puissance de Dieu. L'intérêt ici n’est nullement spéculatif et métaphysique, il est exciusivement religieux. Les attributs divins dont parle Jésus ne sont pas des déterminations de la nature de Dieu, mais de ses relations avec les hommes. S'il parle de la toute puissance de Dieu, c'est pour montrer que Dieu peut sauver tous les hommes; s'il

1. De l’idée de la perfection morale de Dieu, il faut rapprocher l’idée de sa volonté, loi morale.

parle de son omniscience, c’est pour exprimer cette idée non pas métaphysique, mais religieuse, que toute la vie de l’homme est comme pénétrée par Dieu ; si enfin il parle ‘de la providence, ce n’est pas pour satisfaire une curiosité d'ordre spéculatif, mais pour montrer que le croyant peut et doit sans cesse se sentir entre les mains de Dieu. Tout l'intérêt de la théologie de Jésus se concentre donc sur la question des rapports de Dieu et de l’homme. D'une manière générale, Dieu est, pour Jésus, un père qui appelle ses enfants, un maître de maison qui invite à un festin de noces tous ceux qui veulent entrer; un roi enfin, qui convie tous les hommes à devenir les sujets de son royaume. Maïs cet appel, qui équivaut à une offre gratuite de la part de Dieu, constitue par rapport à la théologie juive quelque chose de nouveau, et Jésus qui se place toujours surle terrain de l’Ancien T'estament, était tenu de l’expliquer. Ille fait en montrantque son ministère, loin d’abolir la loi et les prophètes, les accomplit. « Ne pensez pas, dit-il, que je sois venu abolir la loi et les prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Math., $, 17;). Aïlleurs cependant, il semble présenter son œuvre, à laquelle il rattache celle du Baptiste,

comme une abrogation de l’économie ancienne. « La Loi

et les Prophètes, dit-il, ont été valables jusqu'à Jean, depuis ce moment-là le Royaume de Dieu est forcé et les violents y entrent» (Luc., 16, 16;). Mais alors même qu il semble ainsi rompre avec le judaisine, Jésus présente son œuvre comme le couronnement de l'Ancien Testament. A la déclaration que nous venons de rapporter, il en ajoute une autre qui efface ce que la première pouvait avoir de trop absolu. « Il est plus facile, dit-il, que le ciel et la terre passent, qu’un seul trait de lettre de la loi ne tombe » Chuc ronr7:)

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Jésus conçoit ainsi son œuvie, comme voulue de Dieu pour le salut de l'humanité; il a, non pas sans doute, une idée nette, mais au moins une intuition du plan de Dieu. Une parole de Jésus conservée dans l’évangile de Luc parle clairement de ce dessein de Dieu. Il s’agit de Jean-Baptiste. « Tout le peuple, dit Jésus, et tous les” péagers justifièrent Dieu, étant baptisés du baptême de Jean, mais les Pharisiens et les Scribes ont annulé le dessein de Dieu en n'étant pas baptisés par lui » (Luc, 7, 29-30;). Nous n’avons pas à préciser ici le sens de cette affirmation, il nous suffit de constater que Jésus a bien eu l’idée d’un dessein de Dieu pour le salut de l’humanité. La Loi et les Prophètes en sont comme la préface, le ministère de Jean-Baptiste en est l'introduction, l’œuvre de Jésus en forme la partie centrale, et enfin, le grand drame final en est le couronnement.

À ce propos, il faut remarquer que Jésus, rompant en cela d’une manière absolue avec ce qui, depuis Daniel, était la préoccupation dominante de l’eschatologie juive, a enseigné très clairement que le moment de la fin était connu de Dieu seul : « Quant à ce jour et à cette heure, dit Jésus, nul ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul » (Math., 24, 36; Marc, 13, 32;)'. Dans le même ordre d'idées, Jésus enseigne aussi que ce n’est pas à lui, mais au Père seul, qu’il appartient de donner les places à sa droite et à sa gauche (Marc, 10, 40; Maih., 20, 23;). Ainsi, Jésus a l’idée d’un plan de Dieu pour le salut de l'humanité, mais il se borne à y faire de rares allusions, et jamais il ne s'attache à en tracer les lignes avec précision; c’est que chez lui, la

1. Il faut cependant noter, comme nous le verrons plus loin, que Jésus est convaincu que la parousie ne saurait tarder.

confiance entière et absolue en Dieu qui veut le salut des hommes, prime tout, et par là, neutralise, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'intérêt que peut présenter la connaissance du plan du salut.

La relation entre Dieu et l’homme est résumée tout entière dans les deux termes que Jésus emploie le plus souvent : celui de Royaume de Dieu, et celui de Pére céleste. Dieu est le père des hommes, c’est-à-dire, il a pour eux tous les sentiments qu’il est naturel qu'un père ait pour ses enfants, et ces sentiments sont portés à la perfection qu'implique la nature divine. D'autre part, il est un roi qui reçoit comme citoyens de son royaume tous les hommes, pourvu qu’ils veuillent accepter le droit de bourgeoisie qu’il leur offre. Ne peuvent entrer dans le Royaume, que ceux qui s'attachent aux choses de ce Royaume, c’est-à-dire à la justice supérieure, à l'amour du prochain, et qui renoncent aux choses de la terre, aux désirs de vengeance, à la poursuite des richesses, aux plaisirs et aux joies du monde. Il peut paraître au premier abord qu'il y a une certaine contradiction entre ces deux notions, celle du père qui accueille tous ses enfants, et celle du roi qui pose des conditions à l'entrée dans son Royaume, mais il est facile de se convaincre que cette contradiction est plus apparente que réelle. Ce n'est pas une condition extérieure, arbitrairement choisie, que Dieu place à l'entrée dans son Royaume, c’est une condition qui résulte de la nature même des choses. Il demande seulement que ceux. qui veulent être ses sujets ne soient pas déterminés, de telle façon qu'ils soient en opposition avec le principe du Royaume. En d’autres termes, la condition que Dieu met à l’entrée dans son Royaume équivaut à n’y admettre que ceux qui veulent réellement y entrer, à

l’exclusion de ceux quine voudraient pas rompre toute , attache avec le Royaume de Satan. Or cette condition, c’est aussi celle de l'entrée dans la famille de Dieu. Dieu veut considérer les hommes comme ses enfants, mais #S peut-il traiter comme tels ceux qui s’éloignent de lui et se refusent à son amour? Jésus montre dans la parabole É . de l'enfant prodigue que dans la famille humaine, l’en- fant qui volontairement rompt avec son père et l’outrage | =. à la fois dans son honneur et dans son amour, cesse pratiquement de faire partie de la famille. Il s’en est exclu lui-même, et ne peut y rentrer que par un acte de libre accueil de la part de son père, et aux conditions que celuici posera, or la première de ces conditions sera certainement qu’il renonce entièrement à ce qui a été la cause de la rupture.

Les deux notions de paternité divine et de Royaume de Dieu impliquent donc, l’une et l’autre, des déterminations relatives aux conditions auxquelles l’homme est admis à entrer dans la communion de Dieu. Dieu est, il est vrai, le père de tous les hommes, mais il ne l’est en quelque sorte que virtuellement, et certaines conditions sont nécessaires pour devenir réellementses enfants. Jésus

dit que Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qu’il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Matb., S, 45 ;). Il affirme qu'il prend soin, non seulement des hommes, mais encore des plantes et des animaux (Math., 6, 26.28; Luc, 12, 24. 27;); mais, pour entrer dans son Royaume, il faut faire la volonté du Père (Math., 7, 21 ;), il faut avoir une justice qui dépasse celle des scribes et des pharisiens (Math., s, 20;). Pour être enfant de Dieu, il faut aimer ses ennemis et prier pour ses persécuteurs (Math., 5, 44; Luc, 6, 35 ;); il faut « procurer la paix » (Math., 5, 9). Pour voir Dieu enfin,

il faut « avoir le cœur pur » (Math, 5, 8;); Dieu veut pardonner les péchés, mais il pose comme condition de son pardon que l’homme pardonne à ses frères. Dans la prière que Jésus a enseignée à ses disciples, il leur fait dire : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Math., 6, 12; cf. Luc, 11, 4;). Il fait cette déclaration : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre père qui est aux cieux vous pardonnera aussi, et si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre pére ne vous pardonnera pas non plus vos offenses » (Math., 6, 14. 15; cf. Marc, 11, 25;). On sait d’ailleurs que c’est cette même idée qu'illustre la parabole du serviteur impitoyable (Muth., 18; 23-35 ;).

Avant d'aller plus loin, il est nécessaire d’écarter une fausse interprétation des conditions que Jésus pose ainsi à l'entrée dans le Royaume et à l'adoption par Dieu. Ces conditions ne sont pas, comme le veut le système de la morale catholique, des mérites à acquérir, ce sont des obstacles à détruire. Celui qui aime ses ennemis, qui pardonne à ceux qui l’ont offensé, qui a le cœur pur, de qui la justice enfin dépasse celle des Scribes et des Pharisiens, ne peut encore se prévaloir d’aucun droit à entrer dans le Royaume. Il n’a rien fait qui puisse effacer ses péchés ou lui valoir le titre d'enfant de Dieu, mais les obstacles ont été supprimés, qui s’opposaient d’une manière absolue à ce que les grâces offertes par Dieu fussent acceptées. Il était nécessaire de faire cette observation, pour bien mettre en lumière ce fait que Dieu n’est pas un juge dont le rôle se borne à rétribuer chacun selon ses œuvres, mais que ce qu'il accorde à l’homme, son pardon et l'entrée dans son Royaume, est un don gratuit que l’homme n’a mérité en rien.

Il nous reste à indiquer ici quelle est l’attitude de Dieu,

non plus vis à vis des hommes pécheurs, mais vis à vis de ses enfants. La vie de l’enfant de Dieu est constituée essentiellement par le service et l'amour de Dieu (Math., 6, 24; Luc, 16, 13;). Dieu est son modèle, il s’efforce de devenir parfait comme son pére céleste est parfait et miséricordieux (Math. 5, 48; Luc, 6, 36;); il s'attache à rendre à Dieu le culte qui lui est dû (Math., 22,21; Marc, 12, 17; Luc, 20, 25;), et ainsi il glorifie Dieu. Jésus enseigne en effet qu'il y a une glorification du Père par les œuvres de ses enfants : « Vous êtes la lumière du monde, dit Jésus à ses disciples. Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Math., 5, 14. 16;). Il y a ainsi un rapport direct entre Dieu et le croyant, car Dieu se cache aux sages et aux intelligents maïs se révèle aux enfants et à ceux qui leur ressemblent (Math., 11,25. 26; Luc, 10, 21;); il leur fait connaître des choses que la chair et le sang ne peuvent révéler (Math., 16, 17;). D'autre part, Dieu est le témoin de toute la vie de ses enfants; il connaît les cœurs et rien ne saurait lui être caché (Luc, 16, 15). Il voit les prières, les jeûnes, les aumônes de ses enfants, et leur répond lui-même (Math., 6, 1.4. 6. 8. 18. 32;). Jésus a enseigné à ses disciples à demander au Père la venue de son Royaume, le pardon des offenses, la protection contre les tentations, le pain de chaque jour (Math, 6, 9 ss. ;), et il leur promet que toutes leurs demandes seront exaucées (Math, 18, 19;). Jésus pose ce principe que, de même qu’un pére donne de bonnes choses à ses enfants qui le lui demandent, de même Dieu donnera de bonnes choses à ceux qui l'implorent (Maih., 7, 11:). Mais en même temps qu'il affirme ainsi que Dieu répond aux prières des hommes, Jésus recommande à ses disciples de ne pas

demander au Père les choses nécessaires à la vie, mais de

chercher avant tout le Royaume de Dieu et sa justice (Math., 6, 333), car le souci des choses matérielles est un manque de confiance envers Dieu. S’en préoccuper, c'est mépriser la providence divine. Jésus enseigne que le Père sait ce dont ses enfants ont besoin (Math., 6, 32;), et qu il a soin d'eux comme il a soin des oiseaux et des

fleurs des champs (Math, 6, 26-30;). L'homme peut se

confier en Dieu qui est assez puissant pour qu'aucun passereau ne tombe à terre sans sa volonté, et qui s'intéresse

tellement à l’homme, que ses cheveux mêmes sont tous

comptés (Math., 10, 29. 30;).

Il. — L'idée de Dieu d’après la théologie paulinienne.

Le trait dominant de la théologie de Jésus, à savoir

son intérêt beaucoup plus religieux que spéculatif, se

retrouve dans la théologie de Paul. Il ne s’agit pas avant tout pour l’apôtre, de savoir ce qu'est Dieu dans son essence ou dans ses attributs métaphysiques, il s’agit de connaître son attitude vis à vis du péché, et vis à vis des pécheurs, pour voir s’il est possible à l’homme et à quelles conditions, d'échapper à une juste condamnation.

La spéculation toutefois n’est pas totalement exclue de la théologie paulinienne, maïs la place qu’elle y occupe est - fort restreinte. Cela ne tient pas seulement à ce que la métaphysique n’est pas la préoccupation dominante de Paul, mais aussi, à ceque Paul n’écrivant pas un traité de théologie systématique, éprouvait peu le besoin de développer dans ses épitres des idées qui n’intéressaient pas directement la vie de ses églises, et surtout qu'il était inutile de préciser, parce que tous les chrétiens de cette

époque, tant Paul que ses adversaires judéo-chrétiens, se plaçaient sur le même terrain, celui de l'Ancien Testament, et n’avaient pas d'autre notion de Dieu que celle du judaïsme. Si Paul parle peu des attributs métaphysiques de Dieu, de son unité, de sa sainteté, de son absoluité, de sa transcendance, c’est seulement parce que ces attributs lui paraissent à l'abri de toute discussion. Les épîtres pauliniennes contiennent cependant quelques indications sur les attributs métaphysiques de Dieu. Il est utile de les relever comme des indices d'un côté de la pensée de Paul qu'il n’a pas eu l’occasion de développer dans ses épîtres. Paul affirme surtout l'unité de Dieu parce qu'il tient à préserver ses lecteurs du danger de la contagion du polythéisme au milieu duquel ils vivaient. Cette préoccupation apparaît clairement dans la première épitreaux Corinthiens. Répondant à la question que les fidèles de Corinthe lui avaient posée au sujet des viandes sacrifiées aux idoles, Paul déclare : « Nous savons qu'il n’y a pas de Dieu.sinon un seul : » puis, préoccupé par la multitude des dieux du panthéon grécoromain, il explique que beaucoup d’êtres sont appelés dieux, soit sur la terre, soit dans les cieux, et même qu'il y a beaucoup de dieux, mais que pour les chrétiens, un seul est Dieu : le Père (oidauev .… Ov oOUdels Dedc et ph etc * al yae elmep sloiy keyémevor Bet moN AO! nat xbpror roNdO!, AAN° fuiv ets Bedc 6 ruche [ Cor., 8,4-6;). C'est à une tout autre préoccupation que répond l'affirmation de l’unité de Dieu dans l'épître aux Galates (3, 20 ;). Cette affirmation sert de point de départ à un raisonnement d’une subtilité toute rabbinique, dans lequel Paul s'efforce de montrer que la loi ne peut venir directement de Dieu, puisqu'elle a été donnée par l'office d’un médiateur. Enfin, quand Paul affirme l'unité de Dieu dans l’épitre aux Romains, c'est

pour montrer qu'aucun fossé ne sépare les Juifs des païens : « Il y a un seul Dieu, dit Paul, qui justifie la circoncision par la foi et l’incirconcision aussi par la foi » (Rom., 3, 29-30 ;)".

A côté de l’unité de Dieu, Paul relève aussi sa transcendance, c’est-à-dire son élévation au-dessus de l’humanité et du monde. C’est encore un intérêt d'ordre pratique qui conduit ici l’apôtre. Il veut montrer que l’homme doit s’humilier devant Dieu. Le point particulier sur lequel il insiste le plus est que la sagesse de Dieu est tellement élevée au dessus de celle des hommes, que la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes. Paul développe ces idées pour combattre les tendances orgueilleuses à la propre sagesse, qui s'étaient manifestées dans l’église de Corinthe : « C’est par la folie de sa prédication, dit-il, que Dieu veut sauver les croyants » (1 Cor., 1, 21;). « La folie de Dieu, dit-il encore dans le même passage, est plus sage que la sagesse des hommes et la faiblesse de Dieu, plus forte que la force des hommes » (I Cor., 1, 25;). « Dieu, dit-il encore, a choisi la folie du monde pour confondre les sages, et la faiblesse pour confondre les forts; il a choisi ce qui est faible et méprisé, et même ce qui n’existe pas, pour confondre ce qui est », et l’apôtre ajoute une conclusion qui montre bien quelle préoccupation le conduit, en disant : « Il en a été ainsi pour que la chair ne puisse se glorifier devant Dieu » (I Cor., 1, 27. 28;).

C’est à une préoccupation du même ordre qu'obéit l’apôtre, quand il s'attache à montrer que Dieu est le principe suprême et en même temps la fin que doivent pour-

1. L'Épitre aux Éphésiens, dit de même : « Il n’y a qu’un seul Dieu qui est le père de tous » (4, 6:).

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