EN ARR AS DU RENAS
suivre toutes les créatures. Laissons de côté cette seconde idée que nous retrouverons à propos de la sotériologie. En même temps qu'il affirme l'unité de Dieu, Paul dit que ce Dieu est le principe de tout ce qui est: QI] n’y a qu'un Dieu, dit-il, le Père dont tout vient » (I Cor., 8, 6;). Il écrit de même : « La femme a été prisede l’homme, et l’homme naît de la femme, mais tout vient de Dieu » (I Cor., 11, 12;). Dans un sens plus restreint, Paul parle de la création par Dieu: « Dieu, dit-il, a établi les membres dans le corps, chacun comme il a voulu » (Cora: M8;ict 1%)
Cette idée de Dieu, principe absolu de tout, revêt aussi une autre forme à savoir que pour Paul la volonté de Dieu est, non seulement une autorité très haute, mais encore le principe suprême de la morale. Nous n'avons pas à nous étendre longuement sur ce point parce que nous aurons l’occasion d'y revenir quand nous nous occuperons de la morale paulinienne. Notons seulement ici, sans analyser son contenu, que la loi morale repose sur la volonté de Dieu (1 Thess., 4, 3. 7; 5, 18 :). Paul connaît des commandements de Dieu et une loi de Dieu qui s'imposent à l’homme (I Cor., 7, 19; Rom., 7, 12. 25; 14, 18;). L'homme doit s’efforcer de plaire à Dieu de qui la volonté est bonne, agréable et partaite (Rom., 12, 2;). Une idée connexe de celle-là est que l’homme par son activité conforme à la volonte divine, doit s’efforcer de'rendre gloire à Dieu. « Faites tout pour la gloire de Dieu », recommande l’apôtre aux Corinthiens (1 Cor., 10, 31;); « Accomplissez le fruit de la justice
1. Cette tendance à cousidérer Dieu comme le principe suprême, conduirait Paul presque jusqu'au panthéisme, si du moins il fallait considérer comme authentique la parole que les Actes lui attribuent : « C’est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes, 17, 28;).
par Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu », écrit-1l aux Philippiens (Phihip., 1, 11;), et inversement il dit dans l’épitre aux Romains : « Par la transgression de la loi, tu déshonores Dieu. » (Rom., 2, 23;).
On le voit, il n’y a pas, à proprement parler, de théologie spéculative originale chez Paul; les idées que nous avons rencontrées n’ajoutent rien à la notion de Dieu de l’Ancien Testament. C’est uniquement sur le terrain religieux et moral que Paul développe une théologie originale. Malheureusement, il n’y a nulle part d’exposé complet de ces idées, et nous avons ici à réunir en système des membra disjecta.
Une question se pose tout d’abord, celle de la connaissance de Dieu. Le fait de connaître ou de ne pas connaître Dieu a pour Paul une très grande importance, car il est précisément ce qui distingue les fidèles des païens qui sont éloignés de Dieu. « Les païens, dit par exemple Paul, qui ne connaissent pas Dieu... » (I Thess., 4, 5;) Écrivant aux Galates et leur parlant du temps où ils étaient encore païens, il leur dit : « Alors, ne connaissant pas Dieu, vous étiez esclaves d’êtres qui ne sont pas dieux par nature. Maintenant, vous connaissez Dieu, ou plutôt vous êtes connus par lui » (Gal. 4, 8-9;). De même que c’est leur ignorance qui tient les paiens éloignés de Dieu, c’est une connaissance non éclairée de Dieu et une méconnaissance de sa justice qui expliquent pourquoi les Juifs n’ont pas reçu le Christ. Paul leur rend ce témoignage : « Ils ont du zèle pour Dieu, mais du zéle non éclairé (05 xar ériwav), ils ne connaissent pas la justice de Dieu » (Rom., 10, 2;).
La connaissance de Dieu dont parle l’apôtre est loin d’être purement intellectuelle. Elle iraplique un élément éthique et religieux dont l'importance est prépondérante,
Le passage de lépitre aux Galates cité plus haut, suffirait à le prouver. Connaître Dieu, c’est pour l’apôtre être connu par lui (Gal., 4, 9;), c’est-à dire subir une action de sa part. C’est Dieu et non l'homme qui prend l'initiative de cette connaissance. Quant au facteur éthique qu'implique la connaissance de Dieu, il est attesté par le passage de la première épitre aux Corinthiens, où Paul déclare que « si quelqu’un aime Dieu, il est connu de lui » (I Cor., 8, 3;). Un autre passage de la même épitre confirme cette idée. Parlant des péchés de certains hommes, Paul dit : « Il y a des gens qui ne connaissent. pas Diéu > (LCor.,15534:)
Si on avait demandé à Paul quelle est l’origine de cette connaissance de Dieu, il aurait certainement répondu qu’elle vient avant tout de la révélation divine en Israël, et que par conséquent, pour connaître Dieu, il faut interroger l’Ancien Testament. Il est presque inutile de démontrer que telle a bien été la pensée de Paul. Non seulement, parlant de l'Évangile de Dieu il dit dans l’épître aux Romains qu’il a été « annoncé à l’avance par les prophètes dans de saints écrits » (Rom., 1, 2;), mais encore à chaque ligne, pour ainsi dire, de ses épîtres, il s’inspire de l'Ancien Testament qu'il cite bien souvent expressément comme venant directement de Dieu.
Mais à côté de cette révélation particuliére, étroitement liée à l’histoire d'Israël, Paul en connaît une autre plus générale. C'est celle dont il est question dans un passage du premier chapitre de l’épître aux Romains : « Dieu, dit Paul, s’est manifesté aux hommes, il leur a fait connaître ce qui de son être pouvait être connu d'eux » (rè pusrèv s05 0%). Cette révélation se fait dans la création, elle a pour objet les attributs invisibles de Dieu, sa puissance infinie et sa divinité. Grâce à elle,
l’homme connaît véritablement Dieu (Rom., 1, 18 ss.) ‘. En fait, il est vrai, cette révélation est non seulement rendue insuffisante mais pratiquement annulée par l’impièté des hommes, mais le principe d’une révélation directe de Dieu à l'humanité n’en subsiste pas moins; cependant, en fait, la seule source de la connaissance de Dieu est sa révélation dans l'Ancien Testament, révélation qui est couronnée et accomplie par sa révélation en son Fils Jésus-Christ.
C’est surtout le rapport de Dieu avec l'humanité qui intéresse Paul. Ce qu'il relève avant tout, c’est l'amour de Dieu pour les hommes. Il revient maintes fois sur cette idée. Aussi, écrivant aux Thessaloniciens, il les appelle « les bien aimés de Dieu » (TI Thess., 1, 4;). Toute l’œuvre de la Rédemption apparaît à Paul comme une manifestation et comme une preuve de l’amour de Dieu pour l'humanité : « Dieu, dit-il, a prouvé son amour pour nous en ceci, que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5, 8;). Le témoignage d'amour que Dieu a donné à l'humanité en Jésus-Christ est si puissant, que l’apôtre s’écrie dans un passage qui est dans toutes les mémoires : « Rien ne peut nous séparer de l’amour que Dieu nous a témoigné en Jésus-Christ » (Rom., 8, 39;)°. Cet amour de Dieu pour l'humanité a ceci de particulier, qu'il s’adresse à tous les hommes, sans acception de personnes ou de nationalités : « Dieu ne regarde pas au visage de l’homme », écrit Paul aux Galates (Gal., 2, 6;); et dans l’épître aux
1. Sur ce passage cf. ScHjÜrr, Eine religionsphilosophische Stelle bei Paulus (Zeitschrift für dié neutestamentliche Wissenschaft und die Kunde des Urchristentums, 1903, pp. 75-78).
2 CI ÉDD; "2, #5
Romains il ajoute : « Dieu ne fait pas acception de personnes » (Rom., 2, 11;). L'amour que Dieu a pour les hommes se traduit par sa pitié, sa longaminité, sa miséricorde. Ces sentiments semblent à Paul faire tellement partie de l’idée de Dieu qu’il l'appelle « le père des compassions » (II Cor.,' 1, 3;) et que, voulant exhorter les Romains à offrir leurs corps en sacrifices vivants, saints et agréables à Dieu, il ne trouve pas de formule d’adjuration plus pressante que de leur dire : « Je vous conjure par les miséricordes de Dieu » (Rom., 12, 1;). Paul parle aussi de la richesse de la longanimité de Dieu qui pousse le pécheur à la conversion (Rom., 2, 4; cf. 9, 15; 11, 22;). Il parle de la fidélité de Dieu, par quoi il veut dire que Dieu n’abandonne pas les siens à une tentation qui dépasse leurs forces (I Cor., 10, 13;); enfin, il présente comme des attributs essentiels de Dieu, la vérité (Rom., 3, 4;), la sainteté (Il Cor., 1, 12:); l'ordre (ECor..41453:);M'pae (Rom. 15,33; 16, 20;), la justice (Rom., 4, 5; 9, 14;).
L'idée de la justice de Dieu‘ nous amène à considérer l'attitude de Dieu vis-à-vis du péché. L’aversion de Dieu pour le péché résulte logiquement de la nature même du péché, celui-ci étant une puissance non seulement étrangère, mais hostile à Dieu, et son origine première n’étantautreque l’impiété, c'est-à-dire le refus de l'homme de rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Dieu manifeste l’horreur qu’il éprouve pour le péché en faisant tomber sa colère sur les pécheurs. Cette colère n’est pas un sentiment passionné et par la même injuste (Rom., 3, 5:), elle se manifeste sous la forme d’un jugement. Chacun est responsable devant Dieu et comparaîtra devant lui.
1. Nous laissons provisoirement de côté l'idée paulinienne de la Atraroüvn 005, sur laquelle nous reviendrons à propos de la sotériologie.
(Rom., 14, 10. 12;). Le monde entier est soumis au jugement de Dieu (Kom., 3, 19;), et ce jugement, Paul leconçoit sous une forme eschatologique (Rom. 2, 5. 16;)'.
Si nous nous en tenions à ce principe de la juste colére de Dieu, le sort de l'humanité tout éntiére serait par là même, défini. Tous les hommes, en effet, ont péché et, par conséquent, ont mérité le châtiment, c’est-à-dire, en dernière analyse, ’anéantissement, car l’idée des peines éternelles est étrangère à la pensée de Paul. Par son péché humanité est donc vouée à l’anéantissement.
Mais, si cette solution est pleinement d'accord avec la justice de Dieu, elle entre en conflit avec ses attributs moraux les plus essentiels, avec son amour des hommes, sa miséricorde et sa pitié. La possibilité d'une Rédemption de l'humanité intervient ici. Elle tient à ce que Dieu, étant le créateur, a aussi la puissance de rendre la vie à ceux qui sont morts. Cette idée de la résurrection des morts par un acte créateur de Dieu, tient une grande place chez Paul, on peut même dire qu'elle est la base de sa théorie de la Rédemption. D’une manière très générale, cette théorie se résume en effet dans cette phrase de l’épitre aux Romains : « Le don de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ » (Rom., 6, 23;). Nous avons vu plus haut que Dieu joue un rôle actif dans la résurrection du Christ. qui est en quelque sorte une prophétie et comme un gage de celle des hommes : « Nous avons confiance en
1. L'idée du jugement n’a cependant pas chez Paul une grande importance. La manière dont il décrit le processus de la résurrection dans I Thess., prouve clairement que seuls les croyants y auront part. Paul enseigne d’autre part, que rien au monde ne peut séparer les croyants de l'amour de Dieu (Rom. 8, 39;). Il ne reste donc comme objet du jugement que les incrédules qui seront vivants au moment de la parousie. Le ; je ment consistera précisément en leur anéantissement. 12 SSP
Dieu qui ressuscite les morts », dit Paul (II Cor., 1,9;); « Dieu, dit-il encore, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera (I Cor., 6, 14;).
Le rôle du Christ est défini d’une maniére plus précise encore dans la première épître aux Thessaloniciens où Paul dit : « Dieu raménera avec lui, par Jésus-Christ, ceux qui sont morts » (1 Thess., 4, 14;). Si Dieu rend ainsi la vie aux hommes, c’est en vertu d’un acte réfféchi de sa volonté, conformément à un dessein arrêté. La bonne nouvelle du salut, l'Évangile — au sens précis du mot — a été annoncé longtemps à l’avance par les prophètes dans leurs saints écrits (Rom., 1, 1. 2; ). Toute l’histoire d’Israël n’est pas autre chose que l'histoire dela préparation du salut, de lattente de la réalisation de ce que Paul appelle les promesses de Dieu (II Cor.,1,20;). C’est à ce dessein de salut que pense lapôtre quandil écrit dans la première épître aux Corinthiens : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, il nous l’a révélé par l'Esprit » (I Cor., 2, 9-10;). L'idée de l’élection que l’on rencontre dans les épîtres de Paul, dépend aussi de ce dessein divin du salut. L'idée de la prédestination des hommes au salut prouve que Paul attribuait à Dieu un dessein de salut. L’épitre aux Romains contient un passage très net à cet égard : Paul affirme que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, et il affirme en apposition « qui sont appelés suivant un dessein arrêté d'avance » (rois rara mpéBet xAmtoïs baux. Rom., 8, 28 5). mais ce n'est pas assez encore, et l’apôtre explique plus en détail sa pensée’. En effet, il ajoute : « Ceux que Dieu a
1. Cf. MÉNÉGOZ, La prédestination paulinienne (Revue de théolovie et de philosophie de Lausanne, 1884).
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connus à l'avance, il les à prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, pour qu'il soit le premier né entre beaucoup de frères; ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés, ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés, ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés » QE FPOÉYVW, Kai TpotpISEY GUMILÉDOUS TAS EtxOvoc roù uioù abToù, sic rÔ eivat abTèy TPWTÉÔTOKOV ëv mo hoïs ads pois * oDç DE oowptsey, roUrouc ral Éxdhecey * xat ods ÉxGAETEY, ToûTous Xat Édtralwoey os dE Zdrxalwoev, roUtous uat ÉdéCase. Kom., 8, 28-30 ;). Conformément aux idées exprimées dans ce en sage, Paul appelle les croyants « les élus de Dieu » (Rom., 8 33 ;).
La question qui se pose est de savoir si, dans le texte que nous venons de citer, Paul enseigne‘ vraiment la prédestination, c’est-à-dire l'existence d’un dessein de Dieu embrassant seulement une partie de l'humanité, à l’exclu- - sion du reste. Nous devons reconnaître qu’il semble bien en être ainsi. L'expression dont se sert l’apôtre : « Ceux qui sont élus suivant le dessein arrêté à l'avance », paraît bien impliquer l’idée d’un appel adressé seulement à un certain nombre d'individus. Le terme qui vient ensuite : « Ceux qu’il a connus à l'avance » est beaucoup moins net. Il est susceptible, en effet, de recevoir une double interprétation. On peut dire « Dieu a connu à l'avance que ces hommes accepteraient la prédication de l'Évangile, c’est pourquoi il les a prédestinés, appelés, justifiés, glorifiés ; » ou bien on peut dire : « Dieu a connu à l’avance ces hommes, c’est-à dire il a exercé une action spéciale sur eux, action qui a consisté à les prédestiner, à les appeler, à les justifier, 4 les glorifier ».
Les deux interprétations peuvent se soutenir. Si on s’en tient à la lettre du passage que nous venons d'étudier, la seconde doit sans doute être préférée. Mais nous sommes en droit de nous demander s’il est permis de résoudre
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