SCHÜRER, Das messianische Selbstbewusstsein Jesu.…., pars
2. Nous croyons que quand Jésus s’est révélé comme Messie À ses disciples, la révélation a dû être lente et progressive.
la vie de Jésus, l'apparition de sa conscience messianique. C’est ainsi que d'aprés l’évangéliste Luc, Jésus à douze ans, sait parfaitement qu'il doit s'occuper des affaires de son Père (Luc., 2, 41-52 ;). Nous ne pouvons donc procéder ici que par inductions ; or, on sait combien une telle méthode laisse de place à l’incertitude. Les préoccupations eschatologiques ont dû exister pour Jésus dès le début de son ministère. Le fait qu’il s’est rattaché à Jean Baptiste en fait foi. Étant donné ce que nous savons de l’eschalologie juive, il est infiniment probable que la personne du Messie occupait à ce moment-là une place dans ses préoccupations. Il est donc vraisemblable qu’au moment où il commence son ministère, Jésus avait l’idée du Messie, mais se sentait-il lui même le Messie? L’état des documents ne permet pas, croyons-nous, de répondre à cette question avec une entiére certitude ‘.
Quoi qu'il en soit, la conscience messianique de Jésus apparaît de bonne heure. Jésus est pleinement convaincu qu’il est le Messie, quand il entre en conflit avec les pharisiens et les scribes, au sujet du pardon des péchés ou du sabbat (Marc, 2, 5-12. 23; 3, 16; ei paral.), et surtout, quand, dans la synagogue de Nazareth, il se présente
1. Quelques auteurs veulent tirer des récits de nos évangiles sur le baptême de Jésus et les voix du ciel qui l’accompagnent, la conclusion que Jésus au moment de son baptême s’est senti le Messie. Voir p. ex, Oscar HoLTzmanN, Leben Jesu, pp. 104 ss. War Jesus Ekstatiker ? Tubingve, Leipzig, 1903, pp. 35 ss.; cf. aussi ScHürer, Das messianische Selbstbewussisein Jesu, p. 14. Nous estimons, quant à nous, devoir être plus prudents. Les récits du baptême de Jésus ont subi de bonne heure de profondes altérations, et il était nécessaire qu’il en fût ainsi à cause du rôle que le baptême de Jésus a joué dans la christologie des premiers siècles, aussi croyons-nous que ces récits présentent une base trop fragile pour qu’on s'appuie sur eux.
ARR En RE PRE UE
#4 S Peu A % Y is
LT
ENTRE I TPS
220 08 | DEUXIÈME PARTIE. — LES IDÉES lui-même comme l’accomplissement de la prophétie (Luc, 4, 16-30;). |
Passons maintenant à l’autre question que nous avons posée. Quel est le caratère propre de la messianité que Jésus s’attribue? Une chose nous paraît d’abord certaine, c’est que Jésus a rompu complètement avec la notion juive du Messie. Cela ressort à notre avis des récits de la tentation (Marc, 1, 12. 13; Math., 4, 1-11; Luc, 4, 1-13;). Nous avons déjà vu que, s’il est impossible d'y voir la relation d’un épisode historique, on peut légitimement en tirer certaines conclusions relatives à la conscience de Jésus; ces récits nous apprennent que Jésus repousse comme une suggestion de l'esprit du mal, l’idée de se servir de la puissance que Dieu lui a confiée pour transformer des pierres en pain, c’est-à-dire pour un but purement humain, quelle que soit d’ailleurs sa légitimité (Math., 4, 3.4; Luc, 4, 3, 4;). Ils nous apprennent encore que Jésus considère comme un péché de se servir de ce pouvoir pour exciter l'admiration en accomplissant des prodiges (Math., 4, 5-7; Luc, 4; 9-12). La derniére tentation dont Jésus triomphe est peut-être la plus significative : le diable le mène surune haute montagne, et lui montre tous les royaumes du monde et toute leur gloire et lui dit : Je te donnerai tout cela, si tu te jettes à mes genoux et si tu m adores, et Jésus lui répond: « Retire-toi de moi, Satan, car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul » (Math, 4, 8-10; Luc, 4, 5-8;). Le sens de cette tentation est parfaitement clair. Pour Jésus, régner sur la terre, c'est adorer le diable, aussi repousset-il comme diabolique l'idée d'une messianité qui s’accompagne de prodiges et dont le but est la domination terrestre”. Or, telle était précisément l’idée que les Juifs
r. Cf. Jean, 18, 36; passage qui exprime exactement la même idée,
se faisaient du Messie. C'était, d'après eux, un glorieux descendant de David qui devait faire triompher Israël de tous ses ennemis et assurer sa domination sur la terre entière.
Il semble même que son opposition contre le judaïsme ait, à un certain moment, amené Jésus à rejeter, ou du moins à mettre en doute l'origine davidique du Messie. C'était à Jérusalem, dans les jours qui précédérent la passion, Jésus pose la question suivante : « Comment les scribes disent-ils que le Christ est le fils de David, puisque David lui-même dit dans l'Esprit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds: David lui-même l'appelle son Seigneur, comment peut-il être son fils?» (Marc, 12, 35-37;). Il est peu vraisemblable qu'il y ait là seulement une subtilité d'école. Nous sommes bien plus disposés à croire que Jésus a voulu marquer par là une rupture avec l’idée juive du Messie davidique ‘.
On peut relever dans les paroles de Jésus d’autres affirmations qui mettent également en lumière sa rupture avec le messianisme juif : Jésus, par exemple, déclare trés nettement que sa position n’est pas celle d’un riche ou d’un puissant, mais d’un pauvre et d’un abandonné. À un scribe qui veut le suivre, Jésus répond : « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de homme n’a pas un lieu où reposer sa
1. BALDENSPERGER, Das Selbstbewusstsein Jesu.…, p. 169 ss.; J. Weïss, Die Predigt Jesu vom Reiche Gotles, p. 160; ScaürEr, Das messianische Selbsthewusstsein Jesu.…, p. 16. |
2. Nicht früber und nicht später gibl er den Seinen den Messias zu erkennen, als bis er ibnen damit xugleich eine todbringende Wahrheit anvertrauen musste; H. Hoztzmann, Neutestamentliche Theologie, 1, 285$, 286 ; cf'2875s.
tête » (Math, 8, 20, Luc, 9, $8;). Il ne faut pas, en effet, voir la, seulement une allusion à un état de misëre et de dénuement dans lequel Jésus se trouverait d’une manière temporaire et tout accidentelle, mais une déclaration de Jésus sur l’état normal dans lequel il se trouve en sa qualité de Fils de l’homme. De même qu’il est dans la nature .des renards et des oiseaux d’avoir des tanières ou des nids, il est dans la nature du Fils de l’homme de n'avoir pas un lieu où reposer sa tête.
Jésus a pensé que les privations, les humiliations, les injures, les haines étaient bien sa part en tant que Fils de l’homme; un autre indice le prouve, c’est qu’il a annoncé les mêmes mauvais traitements à ses disciples. « Heureux serez-vous, dit Jésus dans le sermon sur la montagne, lorsqu'on vous dira des injures, lorsqu'on vous persécutera, lorsqu'on dira faussement toute sorte de mal de vous à cause de moi » (Math., s, 11; cf. Luc, 6, 22. 23;). Si les disciples sont exposés à tout cela à cause de leur maître, ne sommes-nous pas en droit de conclure que ce que le Messie recueille sur la terre, ce sont des injures et non des bénédictions, de la haine et non de l'amour, des mauvais traitements et non des actions de grâce? Jésus dit encore : « Le disciple n’est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur, mais il suffit au disciple d’être comme son maître, et au serviteur d’être comme son seigneur. S'ils ont appelé le maître de la maison Beelzébul, combien plus n’appelleront-ils pas ainsi ses domestiques? » (Math., 10, 24-25 ;) Rappelons enfin une dernière déclaration de Jésus : « Que celui qui veut venir après moi, dit-il, renonce à luimême, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive, car celui qui veut sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera »
(Marc, 8, 34. 35 et paral.), La cause de tous ces mauvais traitements que Jésus annonce à ses disciples, ce n’est
pas seulement la méchanceté des hommes, mais c’estavant
tout le fait qu'ils sont les disciples du Messie. Ce qui a amené Jésus à donner cet enseignement, c’est très certainement l’expérience qu’il a faite lui-même de la haine et de l'injustice des hommes, cependant le fait qu’il a prédit les mêmes traitements aux siens prouve qu’il n’y a pas vu quelque chose d’accidentel et de fortuit, mais une conséquence directe de sa dignité de Messie. L'abaissement et l’humiliation sont pour Jésus des éléments essentiels de sa dignité messianique. Lorsque Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée' vinrent demander à Jésus d’être assis l'un à sa droite et l’autre à la gauche dans le Royaume, cette demande provoqua la jalousie et les rivalités des autres apôtres, Jésus alors s’indignant de leur orgueil leur dit : « Vous savez que ceux qui gouvernent les peuples dominent sur eux, et que les grands leur commandent; il ne doit pas en être de même parmi vous. Que celui de vous qui veut être grand soit votre serviteur, et celui qui veut être le premier, l’esclave de tous, car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Marc, 10, 42-45; Math., 20, 25-28;).On ne saurait méconnaître l’importance de cette déclaration. C’est sur l'exemple du Messie que Jésus s’appuie pour demander à ses disciples l'humilité et l’abaissement volontaires. Le conflit avec la notion juive est ici absolu; le Messie n'est pas un dominateur, il est un serviteur. Au roi qui demandait le
1. D’après le récit de Marc; Mathieu attribue cette demande à leur mére.
PAR TR SE ee SE PRET A PSE A ONE À RTE DR RE ROLE en TU
Yi
RTE
Sage les
judaïsme, il oppose un esclave. Il affirme qu'il n'y a rien de commun entre lui et ceux qui dominent les peuples. L'image du Messie qui se dégage des paroles de Jésus. est celle d’un Messie humilié, souffrant et même mourant. |
Le dernier des passages que nous avons cités ajoute en effet, à l’idée de l’humiliation, celle de la souffrance qui va jusqu à la mort. « Le Fils de l’homme, dit Jésus, est venu pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Bcüvar Thv Quyhv adroë Abrpoy vré roNGV, Marc, 10, 45 dE Il ya là un nouvel ordre d’idées qu’il convient d’examiner : il nous faut essayer de voir ici quelle place l’idée de la souffrance et de la mort a occupée dans la pensée de Jésus.
On sait que les déclarations les plus précises de Jésus relatives à ses souffrances et à sa mort sont accumulées dans les chapitres qui suivent la confession de Pierre et la proclamation de la messianité de Jésus devant ses disciples. Il y a là une conséquence de la théorie du secret messianique que développe Marc. Ce n’esten effetque lorsqu’il s’est manifesté à eux comme le Messie, que Jésus peut leur révéler le caractère de sa messianité, c'est-à dire leur révéler les souffrances qui attendent. La même question qui se posait à propos de la messianinité de Jésus se pose de nouveau ici : Ces prédictions relatives aux souffrances de Jésus sont-elles authentiques? Wrede résout négativement ce problème. Examinons-le à notre tour.
Rappelons d’abord les textes dont il s’agit! :
Marc, 8, 31;. Jésus commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l’homme souffrit beaucoup de la part des anciens des principaux sacrificateurs et des scribes,