‹ L'apôtre Paul et Jésus-ChristChapitre 83 sur 111 · TE SR D D PL EI PT · texte numérisé non relu

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sultat d’un effort constant, d’une lutte persévérante

contre la tentation. Jésus s’est senti différent des autres hommes, mais surtout par sa communion intime avec le Père. Aucune des paroles de lui qui nous ont été conservées ne contient de déclaration relative à son essence. On pourrait en dire autant de la notion de la préexistence que l’on trouve très nette chez Paul et dont on ne saurait relever aucune trace chez Jésus.

La notion de la messianité diffère aussi sensiblement de Jésus à Paul. Pour l’un et pour l’autre, sans doute, le Christ est l’aboutissement de l'Ancien T'estament, mais il semble bien qu'il y a chez Paul quelque chose de plus absolu que chez Jésus. Pour lui, la venue du Messie était nécessaire, dès le moment de la transgression d'Adam; pour Jésus au contraire, il semble bien, si l’on en croit du moins la parabole des vignerons (Marc, 12, I Ss.; et parul.). que c’est l’incrédulité des Juifs, qui n’ont pas écouté les prophètes, qui a rendu nécessaire la venue du Christ.

- Mais le point sur lequel la différence est le plus sensible est certainement la question de la mort du Christ. Pour Paul, elle est la condamnation du péché, la condition de la justification du pécheur et de sa réconciliation avec Dieu. Pour Jésus, Dieu n’a pas besoin d’être réconcilié avec le monde, il veut, par amour, pardonner au pécheur et celui-ci est justifié, pourvu qu'il renonce à son péché et rompe avec ce qui le séparait de Dieu. Nous l’avons vu, Jésus croit à l'efficacité de sa mort, mais c’est pour amener l’avènement du Royaume de Dieu, et non pour obtenir le pardon des péchés, car à ceux qui s’approchent de lui, il dit : Tes péchés te sont pardonnés, jamais : tes péchés te seront pardonnés. La mort est pour Paul ce qu'il y a d’essentiel dans l’œuvre du Christ. Pour Jésus,

D'ou DEUXIÈME PARTIE. — LES IDÉES

elle est autre chose sans doute qu'un simple accident, mais elle n’est pas laraison même de sa venue sur la terre.

À cette différence s’en rattache une autre touchant la résurrection et la parousie. On sait que Jésus n’a pas distingué l'une de l’autre’. Il a cru que sa résurrection marquerait l’avènement du règne de Dieu. Paul, au contraire, convaincu de la réalité de la résurrection du Christ, attend encore le retour du Seigneur. De plus, cetre distinction de la résurrection et de la parousie a amené Paul à développer sa théorie de l'Esprit, prémice de la vie pneumatique, et du Christ, Esprit immanent dans le cœur des croyants, théories qui, il est à peine besoin de le dire, sont totalement étrangères à la pensée de Jésus.

Il y a donc entre la christologie de Paul et l’enseignement de Jésus sur lui-même, des différences qu’iln’est pas excessif d'appeler capitales. Il nous faut maintenant essayer d'en découvrir les causes. Il n’y a d’abord rien de surprenant à ce que l’enseignement de l’apôtre Paul sur la nature du Christ, sur sà sainteté, sur sa préexistence, diffère fort sensiblement de la pensée de Jésus sur luimême. C’est que le point de vue ne pouvait être le même. Jésus est pour lui-même l’objet d’une expérience immédiate. Ses déclarations relatives à son rapport avec Dieu sont l'expression d’un fait dont il a immédiatement conscience. La réflexion ne joue ici absolument aucun rôle. Pour Paul, il en va tout autrement. Ce qui était l’objet des déclarations de Jésus, n’est pour lui que le point de départ de sa spéculation. Les formules qu'il donne sur la nature du Christ, sur sa sainteté, sursa préexis-

1. Nous avons en effet quelque peine à reconnaitre une valeur strictement historique aux passages où Jésus annonce sa résurrection au bout de trois jours. On a un exemple frappant de la manière dont se sont formés ces passages en comparant Mafh., 12, 40; à Luc, 11, 30:.

‘tence, en sontles points d'aboutissement'. Jésus se borne à faire connaître le contenu de sa conscience. Paul part des déclarations de son maître, les élabore de manière à en faire sortir une théorie christologique.

La différence que nous avons signalée entre la conception messianiste de Jésus et celle de Paul, s'explique aussi fort aisément. Pour Jésus, le Messie est l'envoyé de Dieu pour la préparation et l'établissement de son Royaume; pour Paul, il est le couronnement de l’histoire. Il y a chez Paul, ce qui manque complétement chez Jésus, sinon une philosophie de l'histoire entiérement formulée, du moins de fortes préoccupations de cet ordre (cf. Rom., 9, 11,).

Arrivons maintenant au point capital signalé plus haut : la question de la mort du Christ. Sur ce point, il ne faut pas hésiter à reconnaître que la pensée de Paul n’a presque rien de commun avec celle de Jésus. On ne peut même pas dire ici que la doctrine paulinienne est le développement d'indications données par Jésus. S'il peut sembler au premier abord que Marc, 10, 45 ; est comme le germe de la doctrine paulinienne, cette impression s’efface si l’on considère que chez Jésus le terme de A5rpov n’a aucunement un sens précis et juridique. Îl y a surtout entre les deux doctrines une différence capitale. Pour Jésus, Dieu veut pardonner, pour Paul il faut d’abord qu'il soit apaisé. La doctrine paulinienne ne peut, croyons-nous, s'expliquer que par la situation particulière dans laquelle Paul s’est trouvé vis-à-vis du christianisme. Quand il est entré en contact avec lui, ce qui l’a

1. Il faut ajouter à cela que Paul a subi l’influence des idées théologiques juives sur le Messie, et que ces idées sont restées étrangères à Jésus. BrückNER, Die Entstehung der paulinischen Christologie, Strasbourg, 1903, qui met ce fait en lumière lui attribue peut-être trop d'importance.

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