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frappé, ce ne sont pas les déclarations de Jésus surl’amour de Dieu — il n’est même pas prouvé qu’il en ait eu alors connaissance, — mais c’est le fait de la mort du Christ. À ce moment cette mort lui apparaissait comme un scandale, parce qu’il était Juif par toutes les fibres de son être, mais elle était déjà pour le pharisien ce qu’elle devait plus tard être pour l’apôtre, le fait central du christianisme. Quand se produit la transformation du chemin de Damas, la croix reste toujours au premier plan dans
la pensée de Paul, mais elle devient la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient. Ainsi selon nous,
c'est parce que la croix était un scandale pour le Juif, qu’elle est devenue la cause du salut pour le chrétien; c'est parce que le crucifié, conformément à la déclaration de la loi, était pour le pharisien un maudit, qu’il a été pour l’apôtre, à cause même de sa mort, le Sauveur du monde.
Un des plus grands prophètes de l’Ancien Testament a dit au sujet du « Serviteur de l'Éternel » :
Nous l'avons considéré comme puni, Frappé de Dieu et humilié, Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités ; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. ([Deutéro]-Ésaie, 53, À. Se)
Peut-être Paul a-t-il songé à ces paroles au moment où il a reconnu que Jésus était le Sauveur du monde: elles expriment, en tous cas, admirablement, l'attitude de Paul vis-à-vis de la mort de Jésus, comme Juif d’abord, comme chrétien ensuite. Le point dont est parti Paul explique donc, selon nous, l'importance qu’il attache à. la mort du Christ.
LA PERSONNE ET L'ŒUVRE DU CHRIST are
Lanotion paulinienne du péché, quenous avonsexposte plus haut, permet de comprendrepourquoi l’apôtre accorde une si grande place aux notions d’expiation et de réconciliation qui étaient étrangéres à la pensée de Jésus. Paul, considérant le pêché comme une puissance qui tient les hommes sous sa domination, ne pouvait admettre qu’il y eût pardon des péchés, sans qu’au préalable il y ait eu condamnation, c'est-à-dire anéantissement du péché. Il devait donc nécessairement développer les idées de réconciliation, d’expiation, de condamnation du péché.
Un dernier point reste à examiner ici : la distinction établie par Paul entre la résurrection et la parousie. La raison d’être de cette distinction secomprend d’elle-même. Paul se trouve en présence du fait de la résurrection, et pourtant le Royaume n’est pas établi. Que pouvait-il faire, sinon remettre à plus tard le retour du Christ, et voir dans la résurrection, seulement un gage certain de l’accomplissement des promesses du Christ? Quant à l’origine de la notion de l'Esprit, il est également facile de l’apercevoir. Paul, ainsi que nous le verrons plus loin, a besoin d’établir un rapport étroit entre le croyant et le Christ; or, ce Christ ne peut être que le Christ res-
suscité, c’est-à-dire le Christ-pneuma. La notion d’Esprit,
dont Paul a été, dans une très large mesure, le créateur, lui a servi à exprimer une idée dont l'importance pour les chrétiens ne saurait être exagérée, et qui était nécessairement étrangère à la pensée de Jésus, celle de la présence mystique du Christ dans la communauté des croyants. Tant que Jésus avait vécu, il avait suffi aux siens de vivre dans son entourage, en contact quotidien avec lui. Lorsqu'il fut mort, il fallut qu’une idée vint exprimer la conviction qu'ils avaient d'être unis quand même à leur maitre, et cette idée fut celle de l'Esprit.
A En résumé, la christologie paulinienne nous appar: : comme une création du puissant esprit du grand apôtre. > __ Création, ici, ne veut pas dire invention, car le double ï point de départ des réflexions de l'apôtre se trouve, d’une | part, dans ce que Jésus avait enseigné sur lui-même, et.
de l’autre, dans ses expériences personnelles.
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