V. Origen. in Matth. Tract, xxxv, in finem
:> Adricomius soutient que Salomé était sœur de Marie. Eckius déclare que l'opinion contraire est opposée au torrent de la tradition. Sainte Brigitte appelle saint Jean : Sororium Christi. Saint Bernard, dans sa complainte de la sainte Vierge, fait dire à N.-S. du iiaut de sa croix : « Intérim Joannes , ({ui est nepos
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Le saint Évangile ne nous en fait rien connaître. Nous y voyons que du moins leurs âmes étaient bien de la même famille, et deux traits des saints livres marquent profondément la physionomie diverse de cette femme. Quand elle s'y montre à nous pour la première fois, c'est encore la mère juive telle que la nature l'a faite, ambitieuse par amour, toute de flamme pour ses enfants, formant pour eux des pensées et des desseins de gloire, sollicitant pour eux une double place d'honneur auprès du roi d'Israël. Elle reparaît plus tard au pied de la croix de son Dieu : mais à cette heure suprême c'est déjà une mère chrétienne. Elle a reconnu que le trône véritable de ce roi de douleurs c'est une croix sanglante. Elle voit Jean, son fils, le plus proche de Jésus, à la place première qu'elle lui avait souhaitée. Elle même a gravi courageusement le Calvaire, et elle s'y tient jusqu'au bout h côté de l'apôtre, compatissant avec lui, s'encourageant par lui; comme lui , gardant à Jésus la fidélité la plus généreuse de toutes, celle qui survit à la mort, et qui reste à prier à côté du tombeau.
Ainsi une petite naissance, une bourgade pour patrie, un homme de métier pour père, une femme généreuse mais obscure pour mère , pour science sa profession, pour fortune une barque : voilà dans
tuus, reputabitur filius tuus, curam habebit tui, et erit solatium tibi. » Mais Bellarmin doute fort que cette pièce soit authentique. V. aussi sur ce point Cornélius à Lapide, in Matth., édit. in-4o. p. 337.
l'existence que nous racontons la part de la nature. II n'en faut pas davantage à Dieu pour faire son œuvre, et c'est de ce néant qu'il va faire jaillir une merveille de beauté telle, que lui , le Dieu des anges, la trouvera digne de toutes ses complaisances.
Quelques événements se placent entre la mystérieuse élection de saint Jean et sa vocation à l'apostolat de Jésus. Les autres évangélistes ne les avaient pas écrits. C'est Jean qui les raconte : il ne pouvait les omettre; car ils sont de son histoire comme de celle de son maître.
C'est dans sa Galilée que l'historien nous transporte immédiatement. Mais de cette Galilée à la rive de Béthanie, où nous venons de le voir, la distance est petite, et la nouvelle de la rencontre que les pêcheurs ont faite sur le bord du Jourdain ne tarde pas à se transmettre sur le rivage populeux du lac de Génésareth. André, compagnon de Jean dans l'heureuse journée passée avec Jésus, ne peut s'en taire; et à peine est-il de retour chez lui que, rencontrant Simon : « Nous avons trouvé le Messie! » lui dit- il plein de joie; puis il amène son frère à ce divin Maître ^
1 Invenit hic (Andréas) primum fratrem suum Simonera et dicit ei : Invenimus Messiam (quod est interpretatum Ghristus). Joan. I, 44.
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Le lendemain c'est Philippe, comme eux de Bethsaïde, que le Seigneur aborde et détermine à le suivre. Une fois conquis, Philippe rencontre luimême, à son tour, son ami Nathanaël. C'était probablement le même que Barthélémy, — le fils de Tholmaï ou le fils de Ptolémée, suivant l'usage où étaient les Juifs de ce temps-là de prendre des noms grecs. — Philippe lui apprend qu'il vient de reconnaître celui qu'ont annoncé Moïse et les prophètes. Nathanaël hésite : « Que peut- il donc sortir de bon de Nazareth? » Mais Jésus avait vu ce bon Israélite lorsque celui-ci était encore sous le figuier. Il lui en rappelle l'heure, la circonstance, et peut-être les secrets. Il le subjugue par l'amour non moins que par la lumière, et le disciple vaincu adore en lui « son maître, le Fils de Dieu et le Roi promis à Israël ' » .
Tel est le récit de saint Jean; tels sont les souvenirs de sa première vie, l'histoire de ses commencements, l'histoire de sa bourgade, de son lac, de ses frères, racontée par lui-même. Mille détails personnels, des allusions particulières, des mots intentionnels, une simplicité de tableau, une vérité d'accent vraiment inimitable, y jettent cet intérêt et ce charme de sincérité que la présence du témoin donne aux mémoires intimes. C'est aussi l'intérêt et le charme des origines. Ce n'est pas la vie publique
1 Respondit ei Nathaniel, était: Rabbi, tu es FiliusDei. tu es Rex Israël. Joan, i, 49,
encore et conquérante. Avant d'être des apôtres, ces hommes sont des disciples. Les autres historiens ont dit leur vocation, Jean rappelle leur conversion '. Il nous place au berceau même du christianisme, parce qu'il y était. C'est de lui, c'est d'André, c'est d'abord de Béthanie, puis c'est de Bethsaïde qu'est parti l'ébranlement des ondes lumineuses qui atteindront bientôt tous les rivages du monde et de l'éternité. La première réunion de ces disciples de Jésus, et la première révélation qu'il leur donna de sa gloire, est de la même époque comme du même caractère et du même historien. Nathanaël, à qui Jésus venait de se montrer, n'était pas de la bourgade de Jean : il habitait le village de Cana, la moderne Kafr-Kenna, à peu près à trois milles romains de Nazareth, et à une petite distance aussi de Bethsaïde -. Dans une famille de ce pays, peut-être dans la sienne, comme quelques-uns l'ont cru, on célébra des noces où furent conviés Jésus, sa mère, et les pêcheurs qui étaient ses disciples. Ils n'étaient encore que six, tous du même pays, tous d'humble condition, une petite intimité qui enfermait en germe l'universalité
1 Ces observations font disparaîti-e toute contradiction entre le qnatrième Évangile et les synoptiques, qui nous racontent d'une manière très-différente la vocation des apôtres (Matth. x, 1-11. Marc. III, 13-19. Luc. vi, 12-16). Les synoptiques ne s'occupent que de la vocation définitive; pour Jean, le grand jour est celui où pour la première fois il a vu Jésus. Ces disciples vont encore s'en retourner quelque temps à leurs occupations avant leur appel à l'apostolat.
2 M. de Saulcy. Voy. dans les terres Bibliques, t. II, p. 452.
de rÉglise chrétienne. Il n'est pas vraisemblable, comme quelques-uns l'ont dit, que saint Jean fût l'époux de ces noces miraculeuses, desquelles le divin Maître l'aurait appelé à l'honneur de la virginité. Un texte de saint Augustin, mal interprété par Bède, a pu seul donner lieu à cette singularité ' ; et l'histoire de saint Jean est par elle-même assez belle sans qu'il faille y mêler une page de roman.
Pour justifier les traits si circonstanciés de son récit de ces noces, il n'est pas nécessaire que le fidèle évangéliste en ait été l'époux; mais il sufBt, comme tout ici l'indique , qu'il en ait été l'invité et le convive.
C'est la seconde page de ses Souvenirs , ainsi que les anciens Pères nomment les Évangiles -. C'est la seconde rencontre préparatoire de Jésus avec ses humbles ministres, bien inconscients encore de l'œuvre qui se prépare. Point d'éclat, point de discours, point de bruyant manifeste à la manière des hommes. Un repas de famille inaugure le nouveau règne, comme un repas d'adieu devait le couron-
1 S. Augustin avait dit : « Joannem Dominus de fluctivagâ nuptiarum tempestate vocavit. »
Cornélius à Lapide l'explique : « Intellige nuptiarum non initarum, sed ineundarum, seu quas inire potuisset. » {In Joan, cap. II, 2 i p. 277).
Bède a mal compris, et bâtit cette fable : « Dominus vocavit Joannem de nuptiis , et ipse reliquit conjugem et secutus est eum. Et propter hoc amavit eum Jésus plus omnibus discipulis, quia traxit eum de amore mulieris, et castus permansit. » {Varii Serm., p. 353. - De S. Jeanne Evangel.)
2 S. Justin, ylpoiogf., passim : Auo(j.vif]|iov£0[j.axa xûv ATtoaTÔXwv.
ner. Jésus a commencé par changer l'eau en vin, comme un jour Jean le verra changer le vin en son sang. Mais déjà, dit Bossuet, d'après saint Augustin , c'est le changement de l'eau insipide de l'ancienne loi en ce vin évangélique qui va enivrer les âmes dans des noces divines'. Voici que ces âmes commencent à s'enflammer pour lui : « Ce fut le com- « mencement des signes de Jésus, dit saint Jean, sa « gloire se manifesta, et ses disciples crurent en « lui ^ »
Là finit la vie privée de Jésus de Nazareth. Là s'arrête également le récit de cette préparation dans l'Évangile de saint Jean.
Le temps était venu d'organiser la conquête. Si Jésus n'eût consulté que le plus simple rudiment de la prudence terrestre, il se fût souvenu ou des rois qu'il avait prosternés devant sa crèche, ou des sages qu'il avait étonnés dans le temple ; et lui, qui n'avait qu'à parler à son Père pour que des légions d'anges descendissent du ciel, ne fût pas allé chercher ses collaborateurs sur des bateaux de pêche. L'œuvre eût été alors celle d'une sagesse humaine ; mais elle n'eût pas été celle d'une tendresse infinie et d'une forcé divine. C'est pourquoi le Seigneur ne se souvint que des simples, des pauvres et des petits.
1 Bossuet , Sermon pour le deuxième Dimanche après l'Epiphanie, 1er point.
2 Hoc fecit initium signorum Jésus in Ganâ Galilseae. Et manifestavit gloriam suam , et crediderunt in eum discipuli ejus. Joan. 11,11.
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Il se souvint surtout de ceux qui l'avaient aimé. Laissant donc derrière lui les palais et les écoles, il descendit sur la plage de la mer de Galilée.
« Jésus, marchant le long du lac, vit deux frères : f( Simon, plus tard surnommé Pierre, et son frère u André, qui jetaient le filet, car ils étaient pè- « cheurs.
« Et il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai « pêcheurs d'hommes '. »
Dans l'ordre de l'appel à son apostolat, et dans le choix qu'il fait des princes de son Église, c'est à la barque de Pierre que Jésus marche premièrement. Cela fait, et, le rang de la suprématie fixé dès le premier jour, Jésus revient à Jean :
(' Et de là s'avançant, Jésus vit deux autres frères : « Jacques, fils de Zébédée, et Jean, qui se trou- « valent aussi dans une barque , raccommodant « leurs filets, et il les appela.
c( Ceux-ci quittèrent aussitôt leur père et leurs « filets, et suivirent Jésus -. »
Jean quitta ses filets : relictis relibus. C'était la loi, l'exemple et la consécration de l'esprit du renoncement et de la pauvreté dans l'Église future. On avait bien pu voir, dans les sociétés antiques, le
1 Marc. I, 16-18.
2 Et progressus indè pusillùm, vidit Jacobum Zebedaei et Joannem fratrem ejus, et ipsos componentes retia in mari.
Et statim vocavit illos. Et relicto pâtre suo Zebeda30 cum mercenariis, secuti sunt euni. Marc, i , 19-20.
Illi autem statim, relictis retibus et pâtre, secuti sunt eura. Matth. IV , 21 , 22.
même homme être à la fois prêtre , prince du peuple, gouverneur d'un grand état, et même chef des armées. Tel ne sera point l'esprit du sacerdoce nouveau; et ce n'est pas assez que, par un premier mouvement, l'apôtre se soit élevé de terre par la virginité, si par un second élan il ne se soulève audessus de la région infime où la foule cherche ses proies d'orgueil et de fortune. « 0 hommes de peu de foi, pourquoi êtes vous inquiets de ce que vous mangerez ou de ce qui vous vêtira? Je vous ai envoyés sans tunique, sans trésor, sans or et sans argent : quand avez-vous manqué d'aucune de ces choses? Regardez les lis des champs, regardez les oiseaux du ciel... » Ainsi, pure comme le lis, et libre comme l'oiseau, une société naissait, qui, ne prenant rien à ce monde , devait régner sur la terre en planant au-dessus, (( Excelsior cœlis, plus élevé que les cieux. » C'est la définition du prêtre dans saint Paul. Ainsi l'a voulu Dieu, ainsi le demandent les hommes; ainsi élevé de terre, cet homme, dégagé de tout, attirera tout à lui. Saint Bernard le savait bien : « La pauvreté, disait-il, est comme une grande aile qui nous emporte rapidement vers le royaume des cieux '. « C'est la loi de liberté, c'est la loi de dignité, c'est la loi de conquête : relictis retibus. Oh! quand aurons-nous donc laissé tous nos filets!
L'évangéliste ajoute que Jean quitta son père : relicto patrp. C'est le second abandon, celui de la
^ S. Bern. Sermo IV de Adventu,
famille, et c'est le plus douloureux. Vouer sa vie à la tâche de consoler tout le monde, sans garder auprès de soi personne qui vous console, qui vous seconde, qui vous relève; renoncer à sa famille après avoir déjà abdiqué la douceur de s'en donner une autre; et s'en aller ainsi, par une vieillesse solitaire, à une tombe étrangère qui n'aura pas reçu les os de nos aïeux : l'apostolat nouveau demandait ce sacrifice : (( Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. Celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi '. » Ce n'était plus l'odieux sacerdoce de l'Orient, héritage d'une race, transmis dans une famille, implantant dans le sol ses castes immobiles. C'est le ministère social, c'est le service de l'homme désintéressé des siens comme il l'est de lui-même. Tout quitter, tout briser, tout immoler à Dieu : il y a tout cela, et plus que cela encore dans ce reliclo pâtre, qui serait un mot barbare si l'Évangile n'ajoutait de suite le mot divin : Relicto paire , secuti sunt Jesum.
Il nous reste donc Jésus, et les âmes et le ciel. L'Église le savait bien. Elle savait qu'à la parole de l'héroïque renoncement : a Voici, Seigneur, que nous avons tout quitté pour te suivre, » elle pouvait répondre sans tromper un seul cœur : « Quiconque aura quitté sa maison, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, ses fils, ses champs, pour moi et pour l'Évangile, retrouvera en ce temps même, et
1 Matth. x,37, 38.
ici-bas , et cent fois plus , des frères , des sœurs , des mères et des fils, avec des persécutions, il est vrai, mais aussi avec la vie éternelle et le siècle à venir ' . » Elle pouvait donc sans inquiétude, je dirais sans scrupule et sans remords, demander à ces ministres un renoncement qu'elle se sentait si capable de récompenser. »
Voilà l'élection, voilà la vocation.
Premièrement, de la part de Dieu, une préparation lointaine, celle de la famille, de la patrie, de l'école de son prédestiné. Puis une première avance miséricordieuse, une question adressée à notre liberté, et subordonnée à notre assentiment; une attente prudente, un délai pour l'épreuve; puis, le choix fait, l'heure venue, un appel décisif qui brise tous les liens.
Secondement, de la part de l'homme, une disposition religieuse et vertueuse, une inclination vers ce qui est pur et beau, une vigilance jalouse autour de ces trésors; pour cela, la solitude, le silence, le désert; l'apprentissage secret des luttes intérieures, et le baptême de la pénitence; puis une grande attention à Jésus-Christ qui passe; l'oreille ouverte
1 Et cœpit ei Petrus dicere : Ecce nos dimisimus omnia , et secuti sumus te.
Respondens Jésus ait : Amen dico vobis, nemo est qui reliquerit domum, aut fratres, aut sorores, aut patrem, aut matrem, aut fdios , aut agros , propter me et propter evangelium,
Qui non accipiat centies tanlùm , nunc in tempore hoc, domos et fratres, et sorores, et maires, et iilios, et agros, cum persecutionibus, et in futuro sa^culo vilam seternam. Marc, x, 28-30.
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à tonte voix qui le nomme, la fidélité à le suivre, l'amour de sa maison, le désir de s'y recueillir quelque temps avec lui. Enfin la générosité, l'attente courageuse de ses ordres, quels qu'ils soient; et, dès son premier mot, le renoncement à tout pour n'être plus qu'à lui seul. De combien d'âmes tout ceci allait devenir l'histoire, et quel règne Jésus- Christ inaugurait èur les hommes !