V., sur la raort de Jean
Petr. Damian. Sermo II de Joanne.
Nicephor. Gallixt. Hist. lib. II, cap. xLii.
Nicet. Paphlagon., apud Biblioth. Patrum, t. XXVTI, p. 397.
Gregor. Turonens. de Gloria virgin. lib. I.
Cela fait, il se dirige avec quelques-uns des siens vers le lieu de son sépulcre. C'était le penchant d'une colline voisine de la ville , sans doute le mont Libate, où son cher Timothée reposait dans la paix. Il put bénir de là une dernière fois Éphèse, étendue à ses pieds, tout le rivage ionien, où s'élevaient les Églises qu'il avait enfantées; et, au delà de la mer, les colonies où ses fils allaient porter le feu sacré de l'Évangile.
Arrivé là , saint Jean commença à s'entretenir doucement avec ses disciples , qu'il ne devait plus revoir. On lui prête une dernière recommandation de se maintenir dans l'unité de la foi de Jésus-Christ, et de fuir l'impiété. Mais il insista plus que jamais sur le commandement de s'aimer les uns les autres. Puis, élevant les bras et les yeux vers le ciel, le saint vieillard entra dans une longue prière.
Selon les mêmes récits, nul homme ne fut témoin de la mort de saint Jean. Ayant congédié les frères, Jean entra dans le lieu souterrain de son sépulcre, et les disciples le laissèrent pour qu'il y méditât ou qu'il s'y reposât. Quand, quelque temps après, ils y pénétrèrent, Jean avait cessé de vivre, et son âme
L'autorité la plus considérable est celle de saint Augustin. {Traité C XXIV sur S. Jean, édit. Migne, col. 1970.) Il prétend que de son temps on croyait que le saint s'était couché dans le sépulcre, où il respire encore.
Saint Épiphane {Hœres. LXXIX) rapporte que Dieu donna à Jean une mort merveilleuse.
Dom Calmet estime que ces récits n'ont pas d'autres fondements que le livre des Actes de saint Jean, ouvrage très-ancien, mais corrompu par le fameux Lucius.
virginale s'en était retournée dans le sein du Seigneur.
Quelques auteurs catholiques n'ont vu , avec raison , dans cette représentation du trépas de l'apôtre qu'une image de la douceur avec laquelle le vieillard s'éteignit dans la paix. En effet , cette peinture d'un homme qui descend vivant dans le tombeau, n'est-ce pas la meilleure figure de son passage insensible de ce monde dans l'autre ^ ?
Cette bienheureuse mort arriva , suivant Eusèbe , en la soixante-huitième année depuis la résurrection de Jésus-Christ, la centième de l'Incarnation, sous le règne de Trajan , consul pour la troisième fois. C'est de saint Irénée que nous apprenons que l'apôtre vécut jusqu'à ce temps. Selon saint Épiphane, Jean aurait eu alors quatre-vingt-quatorze ans. La Chronique d'Alexandrie, plus exacte peut-être, le fait vivre cent ans. Elle place son trépas dans l'année cent quatrième de l'ère chrétienne, la septième de Trajan, Neratius Marcellus et Licinius Sura étant consuls, saint Évariste étant souverain pontife de l'Église de Dieu.
Le tombeau de saint Jean se voyait à Éphèse. Plus tard le pape Célestin, écrivant au concile réuni en ce lieu : « Sur toutes choses, pensez que vous êtes dans la ville où saint Jean a prêché, où vous avez ses reliques, que vous honorez ^)) Saint Denysd'Alexan-
1 Ainsi Dom Galmet, Dissert, sur la mort de saint Jean, p. il.
5 Antè omnia vos prsecipuè considerare, iterum atque iteFum
drie, saint Jérôme, saint Augustin, saint Chrysostome, parlent de ce tombeau. Une église s'éleva de bonne heure sur ces restes de l'ami de Jésus : on l'appelait l'Apostolique. Aujourd'hui, dans le village misérable qui marque l'emplacement d'Éphèse , une mosquée s'élève sur les débris d'une église chrétienne très-antique. On croit y reconnaître les ruines de la basilique qui conserva longtemps le corps et le nom de saint Jean.
De merveilleuses croyances ajoutèrent bientôt à la religion de ce tombeau. Les uns disaient qu'à peine le sépulcre s'était- il fermé sur le corps de l'apôtre, qu'une grande lumière l'avait enveloppé. Les autres racontaient que de ce lieu une source avait jailli, de laquelle coulait une eau pure comme le cristal. D'autres en faisaient sortir une manne blanche comme la neige, qui revêtait la terre d'un manteau de pureté. Enfin un plus grand nombre prétendit que saint Jean était ressuscité. Dieu ne pouvant laisser à la corruption de la tombe le corps virginal qui avait reposé sur son cœur '.
Mais c'est dans le sein de son Maître que saint
recolere decet haec loca esse , quibus Joannes apostolus praedicaverit, cujus reliquias prœsentes honoratis. (Cœlestin. Pap. ad Conc. Ephes.)
i S. Aug. m Joan.; édit. Migne , p. 1970.
S. Ambros. Sermo inPsalm. CXVIII.
Nicephor. Hist. lib. II, cap. xlii.
Voy. , sur cette mort et cette résurrection , les sentiments des Pères , dans la dissertation de dom Galmet , en tête de son' explication du IVe Évangile.
L'APOTRE SAINT JEAN o35
Jean a trouvé son immortalité : c'est aussi dans rÉvangile, où il ne cesse de vivre, d'agir et de parler comme le disciple, l'ami et le témoin de Dieu. Tout est plein de son témoignage , et un siècle entier porte l'empreinte de sa parole. Les religions de son temps et les philosophies le commentent et l'éclairent; les faits de son existence se mêlent aux événements d'une lumineuse époque; Jérusalem et Bethsaïde, Éphèse et Rome même gardent religieusement la trace de son passage; un vaste continent et les îles le revendiquent comme le père de leur foi ; une rénovation merveilleuse des âmes date de son avènement sur le sol de l'Asie; son nom est consigné dans les fondations des plus grandes Églises ; la tradition des siècles s'est attachée à ses pas et mai'que toutes ses démarches; un long écho transmet dans les écrits des Pères chacune de ses paroles, désormais immortelles; son âme, vivante en son livre, se déverse et palpite dans une école de disciples qui bientôt s'en iront le faire connaître au monde : quelle figure se présente dans un cortège plus royal que celle de l'apôtre saint Jean?
Et cependant cette existence du disciple dans l'histoire, qu'est-elle auprès de celle que lui rendent, dans leur culte, toutes les âmes qui lui demandent la règle de leur foi , le code de leurs devoirs, le modèle de leurs vertus, les leçons de la vie présente et les espérances de l'éternité ? Les temples que lui a élevés l'univers, que sont-ils auprès de ceux qu'il s'est faits dans les cœurs qui veulent lui ressem-
bler? Ce sont tous les cœurs où le Fils de Dieu a sa place; car comment aimer Jésus sans aimer aussi le disciple qu'il a beaucoup chéri? Une sorte de reflet de la divine face de son Maître adorable est resté sur ses traits. C'est le perpétuel objet de la contemplation et de l'hommage des saints. C'est aussi le sujet du désespoir de ceux qui les veulent reproduire en une image fidèle, mais dont l'insuffisance m'a saisi tant de fois dans le cours de cet ouvrage.
Voilà pourquoi, ô Jean, je veux en finissant réclamer votre pardon. Vous m'aviez ébloui par votre beauté sainte, vous m'aviez attiré par votre charité, il m'avait semblé parfois voir passer devant moi votre visage si pur , entendre retentir l'accent de votre voix. Et si j'ai pris le pinceau pour cette esquisse trop pâle de votre âme admirable, c'est que j'avais espéré qu'ayant été le disciple et l'ami du Fils de Dieu, vous sauriez, sur tout autre, nous le faire connaître et nous le faire aimer.