‹ l'Apotre Saint JeanChapitre 50 sur 59 · V. surtout M. de Champagny, les Antonins , t. II, liv. II · texte numérisé non relu

V. surtout M. de Champagny, les Antonins , t. II, liv. II

2 Patria, et'siquid carius patriâ, fldes. (Plin. I, xviii.)

3 Epictet., apiid Arrian.IV, xvii.

^ Juveaal. Satir. XV, 140etsq.

de frères, sous l'autorité de Dieu \ » Or chacun de ces philosophes, écrivains, orateurs, et cela est prouvé, a vu de près les chrétiens. Un souffle de l'Évangile a passé sur les esprits, même les plus dissidents. Un mouvement s'est fait dont l'histoire s'étonne : c'est « la fraternité » , ainsi que Paul appelait la société chrétienne , qui conquiert les esprits, et qui sera bientôt la maîtresse des âmes.

Une révolution analogue s'annonce dans les mœurs. A la guerre la vengeance, hier encore, la joie des âmes magnanimes, n'est plus, dit Juvénal, que la volupté des cœurs faibles et des esprits étroits"-. Dans l'ordre social, l'esclave va redevenir un homme; la servitude s'adoucit , et l'on ose discuter sa légitimité ^ On pense aux ouvriers, on honore le travail; on célèbre l'honnêteté conjugale, et les princes s'inquiètent d'ouvrir des asiles pour les petits enfants ^

Ce n'est pas cependant que les princes soient meilleurs, les philosophes plus sages, les poètes mieux inspirés que dans le siècle d'Auguste; mais

i Dion. Chrysost. Orat. lxxx, de Libertate.

2 Minuti

Semper et infirmi est animi exiguique voluptas , Ultio.

(Juvenal, xiii.)

3 Dion. Chrysost. de Servitute xv, p. 242. Senec. Epist. V, xix et II, vi; XIV, xix, etc. Plin. Epist. XVI , xxxii.

'» Voyez les inscriptions de Velleia et de Bénévent, sur les fon dations de Trajan.

It. Pline, Panégyr. de Trajan.

c'est le siècle du Christ. L'Évangile inaugure son règne, même dans les lieux où il n'est pas béni. Du Cénacle à la rue, de la boutique à l'école, de l'ergastule de l'esclave à la chambre de son maître; du gynécée au foyer , du foyer au forum , du forum au sénat, la parole montait jusqu'au Palatin impérial, où elle parvenait souvent mutilée et inexacte; mais, telle quelle était, elle inspirait les conseils, forçait les mœurs à rougir, venait en aide aux pauvres; et, ne pouvant encore faire une nouvelle foi, elle était déjà capable d'inspirer une meilleure loi.

Saint Jean pouvait mourir. Dernier exécuteur du testament de Jésus, il le voyait déjà accomplir ses promesses de charité dans le monde.

Pour lui, cette charité était sa seule pensée, son unique discours. Saint Jérôme a raconté que, réduit par son grand âge à ne pouvoir se rendre à l'assemblée des frères, il s'y faisait porter, et là il ne cessait de leur répéter ces mots : « Mes petits enfants, aimezvous bien les uns les autres. » On aurait désiré qu'il en eût dit davantage ; mais le vieillard en revenait sans cesse à son discours : « Aimez-vous les uns les autres. C'est le précepte du Seigneur ; si vous l'accomplissez , il ne faut rien de plus '. »

i Cùm Ephesi moraretur, usque ad ultimam senectutem , et vix inter discipulorum manus ad Ecclesiam deferrelur, nec posset in plura verba vocem contexere , nihil aliud per singulas «olebat profeiTe collectas , nisi hoc : Filioli , diHgite altei utrum. Tandem discipuli et fratres , qui aderant, tsedio affecti quôd eadera semper

Je ne suis pas éloigné de rapporter à ce temps le trait familier que Gassien attribue à saint Jean, et duquel il tirait une morale aimable.

Un jour, dit-il, que Jean caressait une perdrix, un chasseur qui le vit dans ce délassement, lui en dit sa surprise. « Et vous, lui demanda le saint, tenez -vous toujours bandé l'arc que je vous vois dans les mains? — Non point, dit le chasseur, je le détends et le repose pour qu'il puisse retrouver au besoin son ressort et son élasticité. — 0 jeune homme, reprit saint Jean, pourquoi vous étonnezvous que , moi aussi , je détende et repose mon âme pour qu'ensuite elle fasse monter ses pensées au cieP?»

Le ciel était devenu le but des pensées de Jean , ^t le terme de ses désirs. Bossuet l'exprime ainsi : « Et ne voyez-vous pas que ce vieillard se meurt chaque jour de ne pouvoir mourir une fois? Ecoutez comme il crie : « Mes bien-aimés, nous sommes dès « à présent enfants de Dieu; mais ce que nous serons « un jour n'apparaît pas encore. » Écoutez comme il crie dans son Apocalypse : « L'Esprit et l'Épouse

audirent, dixerunt : Magister, quarè semper hoc loqueris? Qui respondit dignara Joanne sententiam : Quia prseceptum Domini est; et si solum fiât, sufficit. (S. Hieronym. Comment. inEpist. Galat. lib. III, c. vi.)

1 Cassian. Collât. XXIV, cap. xxi.

Item, Hincmar Remensis , in Vita S. Remigii, apud Surium, Januar. xiii.

Item, Mapheus Vegius, Bihlioth. Pair., t. XXVI , p. 719.

Cornai, à Lapid. in Joan. xxi, p, 543.

f< disent ensemble : Venez ! » Que lui répond le divin Epoux? « Oui, je viens bientôt, ecce venio cito. » 0 instant trop long, o modicum longum! Il redouble ses gémissements et ses cris : '< Venez, Seigneur Jésus, Veni, Domine Jesii ^ ! »

Le Seigneur vint enfin. Selon une belle croyance, ce fut la Vierge Marie qui donna à saint Jean la première révélation de sa délivrance prochaine : « 0 mon fils, vous m'avez conduite dans votre maison quand j'étais sur la terre. Maintenant, venez avec moi dans la maison de Dieu - ! »

La mort de Jean fut douce et sans douleur. Toute l'antiquité est d'accord sur ce point. Quant aux circonstances dont elle fut entourée , les récits qu'on en a faits sont loin d'avoir l'authenticité d'une histoire.

Un jour, disent- ils, connaissant que son heure est venue, Jean en prévient ses disciples, les rassemble à l'Église, fait la fraction du pain, le distribue aux fidèles, et leur adresse cet adieu : « Que ma part soit avec vous, et la vôtre avec moi '\ »

i Bossuet, Panégyriq. de S. Jean.

2 Révél. à sainte Brigitte, apud Gornel. à Lapid. Proemium in I Epist., p. 415, col. 2.

Item Salraeron., t. X, Tract. XLI : « Pro illis sedibus in queis ad tempus erat recepta , beata Virgo excepit Joannem in cœlestibus tanquam peculiarem filium suum.

3 Pars mea sit vobiscura, et vestra mecum. (Apud Laurent de la Barre, Abdias.)

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