‹ L'Appareil Suspenseur du FoieChapitre 2 sur 35 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il est étrange, en vérité, de voir le foie, volumineux et lourd, énorme même à côté des autres glandes de l'économie, se maintenir ainsi, fixe et immuable, rarement mobile et déplacé, en son siège normal, au point Le plus élevé de la cavité de l'abdomen, loin de tout os qui lui puisse fournir un solide point d'insertion. Il est ainsi, dans l’hypochondre droit, au-dessous du diaphragme et sur les intestins, flottant pour ainsi dire entre deux organes mobiles, et sujet, semble-t-il, aux déplacements, aux anomalies et aux chutes.

À chaque instant, le rein s’abaisse ; l'intestin que soutient mal un. mésentère fatigué, descend en masse, non sans troubles multiples, vers le petit bassin. Et cependant, le rein est bien léger, comparé au foie ; le mésentère est solide et s'accroche aux corps vertébraux, immuables ; le paquet intestinal, augmenté même de la surcharge alimentaire, pèse peu pour un tel soutien ; la masse intestinale, en outre, vient reposer en partie sur ies fosses iliaques où elle épuise son effort, et qui la supportent sans peine. Et cependant le rein se mobilise, flotte et s'abaisse, la masse intestinale tombe et révèle sa chute par ces troubles divers que Glen ard a synthétisés en décrivant l’entéroptose.

Comment done se fait-il que le foie, plus lourd, plus élevé, moins fixe en apparence, puisqu'il est suspendu au diaphragme toujours oscillant, soit si rarement soumis à des accidents analogues ? Les cas, en effet, se comptent presque où le foie, plus ou moins mobile, a quitté sa place normale, et par leur analyse il est en général possible de trouver une cause à cette exceptionnelle migration.

Cette extraordinaire fixité tient évidemment à des conditions anatomiques, et c’est parce que celles-ci sont mal connues et mal déter= minées que j'ai pensé qu'il ne serait pas inutile d'entreprendre de les préciser.

C’est ce que j'ai cherché à faire.

DPENEs,

La description des ligaments hépatiques a maintes fois été donnée, et leur anatomie est à vrai dire bien connue, quoique certains d’entre eux soient partout assez mal décrits. Aussi me suis-je moins attaché à leur étude purement anatomique qu'à celle de leur physiologie — j'entends par là leur rôle respectif et surtout leur degré de puissance.

J'ai, dans ce but, entrepris un certain nombre d'expériences que Je me permettrai de transcrire ici en détail, parce que c’est, je crois, la première fois qu'elles ont été faites. Je n’en ai tout au moins trouvé dé traces nulle part. |

J'ai pensé également que l'étude des conditions de stabilité normale du foie gagnerait à être accompagnée de l'étude de ses déplacements. et c'est pour cette raison que j'ai eru bon de joindre au chapitre d’anatomie qui sera la base de ce travail, une étude sur la chute du foie, sur l'hépatoptose, et en particulier sur les causes qui là produisent.

Les tentatives chirurgicales hardies qu'on a tout récemment dirigées contre cette affection m'ont enfin semblé comporter quelquesdéveloppements, et c’est pour cette raison que mon travail se termine par un chapitre sur la fixation du foie, sur l'hépatopexie, dirons-nous. pour nous conformer aux règles de terminologie universellement acceptées aujourd’hui.

Ce travail comprendra donc trois parties distinetes :

1° Une étude anatomique ou plutôt anatomo-physiologique de l'appareil suspenseur du foie ;

2° Une étude clinique, critique et surtout étiologique des déplacements de cet organe; |

3° Une étude sur le traitement de ces déplacements et en particulier sur leur traitement par l'hépatopexie.

Enfin, je publierai les expériences que j'ai faites et toutes les observations, que j'ai pu recueillir.

Je ne saurai faillir à cette coutume qui est aujourd'hui pour moi le plus doux des devoirs, et qui veut qu'on inscrive au seuil de son pre. mier travail le nom de ceux auxquels on doit ce que l’on sait.

Je veux donc remercier ici tous ceux qui m'ont encouragé, tous ceux qui m'ont guidé, tous ceux qui m'ont instruit, tous ceux surtout qui ont su donner à leur autorité de maître la forme de bienveillants conseils, parfois même d'une amitié sincère et véritable.

Page 1