‹ L'appel au soldatChapitre 12 sur 46 · AMOURS DE STUREL ET DE MADAME DE NELLES 17S · texte numérisé non relu

AMOURS DE STUREL ET DE MADAME DE NELLES 17S

Plusieurs fois par semaine, en sortant de la rue Dumont-d'Urville , Sturel déjeunait rue <le Prony. Après le repas, tous trois montaienl dans le cabinet <lc Nelles. Thérèse aimai! à faire pénétrer ^<>n ami comme un parenl dans l'intimité de la maison. Les domestiques écartés, le jeune homme expliquait les chances et les projets du Général. Il Dépensait qu'à M"" de Nelles, mais il adressait toutes ses phrases au mari, parce que, s'il rencontrait l<-> yeux dç son amie, il souriait et perdait le lil de sa pensée. Dans cette pièce fort simple, il trouvail des sensations de succès, d'amour et de luxe. Parfois il s'interrompait :

— La politique vous intéresse, madame?

Ce « madame « les amusait tant L'un et l'autre! En aspirant une bouffée de sa cigarette, — assez mal, d'ailleurs, car les femmes ne savent jamais fumer, — elle répondait :

— Beaucoup!

Et puis, comme il faut être bien élevée même avec -(m ami, elle ajoutait sérieusement :

— Ces questions-là, quand elles sont traitées par ceux <|ui le.-, connaissent et qui savent raisonner, sont tout à fait intéressant

A chacun de ces petits compliments naïfs, Sturel s'émerveillait, heureux comme un enfant au premier janvier, devant les révérences d'une magnifique princesse, sa poupée. Le visage fin de Thérèse de Nelles prenait dans ce fumoir et sous celle politique quelque chose d'un peu gàrçonnier, non pas un air ennuyé, mais plus appliqué, plus ferme qu'il ne convient a vingt-trois ans. Sa jeunesse, son teint mat, ses dents éclatantes, son sourire d'élève < f i r i comprend, composaient à cette jeune femme que Sturel avaitjvu

trembler de bonheur dans ses bras un ensemble exquis qui faisait sourire et qui émouvait. Alors il aurait voulu envoyer très vite l'insupportable Nelles à la Chambre, jeter cette cigarette, abandonner cette conversation et dire : « Ah! je devine que vous êtes trop polie et que vous pensez à une seule chose, à noire tendresse. »

Cette tendresse et beaucoup d'après-midi de plaisir avec le jeune François avaient rafraîchi la peau délicate et avivé la prunelle de Thérèse. Par là elle atteignait à sa perfection. Et lui aussi serait un jeune homme parfait, s'il était possible d'aimer en même temps l'amour et la gloire, une belle jeune femme et une belle aventure, mais l'intensité ne s'obtient qu'au prix de sacrifices. Comment être à la fois excellent rue de Prony et excellent rue Dumontd'Urville? Certes, Sturel ne manque pas du goût des femmes ; il peut bien consacrer quelques heures à la satisfaction des sentiments voluptueux, mais il ne s'y enfonce pas avec insouciance , et, alors que le visage dans les cheveux défaits de sou amie, il sent monter en lui une masse de sensations et de pensées poétiques dont jusqu'alors il n'a pas pris conscience, parfois une image s'interpose : « Le cou du Général va-t-il se cicatriser? »

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