‹ L'appel au soldatChapitre 20 sur 46 · ST1 REL RETOMBE SOUS LE JOUG DÉS CIRCONSTANC · texte numérisé non relu

ST1 REL RETOMBE SOUS LE JOUG DÉS CIRCONSTANC

prendre au plaisir de sentir. Sur des plateaux privés de chemins «I»' fer, où les bois, les lieux dits, Les villages portent des noms gothiques, le venl qui non- mord ail le visage étail si âpre el si pur que je le goûtais à pleine bouche, en songeant : cette saveur étail la plus familière aux hommes de qui je suis, à Paris, parmi des étrangers, le prolongemenl el l'es^ poir.

Un soir paisible régnait. Les domestiques en silence servaienl an dîner élégant. Sturel u'avail [>;>> eu deux mets sur l'agrémenl de cette petite maison où il entrai! peur la première fois, Voyait-il même les Heurs sur la nappe el la tristesse dans les yeux de Thérèse? Un coude sur la table et le menton appuyé sur sa main, elle attendait que son souvenir apparût au moins une fois dans ce voyage où son ami oe semblail avoir senti aucun \ Lde.

Sturel insista pour Rœmerspacher sur le côté naturaliste de son excursion :

— .Non- avons poursuivi la plante humaine >wr son terrain d'origine el dod poinl dans les massifs parisiens, où elle prend des besoins el subil des influences artificiels : non- touchions les racines de la nation.

— Bah ! qu'est-ce qu'un recul historique? Les évolutiennistes conçoivenl la psychologie comme un développement de la biologie, ilsétudienl l'homme dans li série de ses lointains aïeux, jusque dan- le monde des protozoaires el des plastides.

Sturel s'étonna de ces railleries sur une méthode • rationnelle > qui devail plaire a -on ami. Mais il craignail une conversation trop lourde. Rœmerspa cher, lui, ne redoutai! pas une < onférence :

— Ce Saint-Phlin, dit-ilaux trois autres personnes, quel personnage tout à fait satisfaisant ! Je n'ai jamais imaginé d'effort plus consciencieux pour rester en arrière de la transformation générale. Il y a sans doute des gens à paradoxe ; lui, il reste dans les réalités ; seulement, il élimine celles qui le gênent et il collectionne celles qui le servent; ce n'est pas un esprit très vigoureux, mais d'une structure très déterminée. Tout ce qu'il a raconté à Sturel, c'est le traditionalisme. Tu ne pouvais pas être insensible, François, à une conception de la vie qui a de la noblesse esthétique. Eh bien! oui, le traditionalisme a été vrai, l'homme a été le produit du sol. Il n'y a même pas bien longtemps et quelque chose en subsiste. Mais, de plus en plus, c'est le sol qui devient le produit de l'homme. Toute cette région de la Moselle a été soumise à des inventions scientifiques, à des forces organisées par des Parisiens, par des Anglais, par des Américains. Un certain nombre d'hommes pensent encore avec Saint-Phlin qu'ils sont les fils de leur pays; pourtant, ces façons de sentir appartiennent désormais à une infime minorité. Le cerveau de Saint-Phlin n'est plus en harmonie avec les cerveaux de la collectivité. C'est beau de s'attacher à une telle conception et de plier dessus sa vie, mais, dans la courte durée de quelques générations, cette conception a cessé d'être vraie.

Mme de Nelles et ses deux invités, qui donnent raison à Rcemerspacher, ne comprennent d'ailleurs pas la position de la question. Ils approuvent des propos qui contredisent la doctrme de conservation sociale à laquelle ils prétendent se rattacher. Quand Sturel soutient cette théorie de l'hérédité et ces rapports de

Page 1