‹ L'appel au soldatChapitre 26 sur 46 · BOULANGEH DEVANT SON DÉSASTRE V · texte numérisé non relu

BOULANGEH DEVANT SON DÉSASTRE V

queFautrë, pendantvingt-quatre heures lui furent nne suite d'assommades en plein front, I*a^ une minute il n'avait admis l'insuccès! Vingt-deux élus, après un tel effort de millions et de dévouements, el quand il a sacrifié tous les fruits de sa vie! Le peuple passe .•m camp <!•'< adversaires féroces dont a joie crucifie ce vaincu. Un chef militaire, du moins, se distrait violemment dans un effort pour pallier le désastre el couvrir la retraite. Depuis qu'à six heures du soir, le dimanche 22, sut toute la France, le scrutin a été clos, Boulanger oe peul |>ln-> que récriminer.

Sturel, lisant cette douleur et cette impuissance sot le visage du Général, regretta «le n'avoir rien préparé pour nourrir cette pénible entrevue. Il parla de fidélité et assura, fort à la légère, qu'aucun partisan ne se détacherait. Le Général le félicita de sa réussite et prétendit, avec une grande amertume contre Dillon, qu'un meilli ut choix des candidats eût détourné le désastre. Sturel gardai! I<^ yeux Bchésà terre, pendant que le chef se rangeait ainsi à des vues sur lesquelles, deux mois auparavant, il le traitait d'oiseau de malheur. Le jeune homme dénonça tes escamotages de M. Constans : <l<> nombreux députés gouvernementaux n'obtenaient que deux ou cinq voix de majorité. Il passa ainsi une demi-heure dans l'étal <lu monde le plus pénible, incertain «I»' demeurer ou de s'en aller. Enfin il dit son embarras el que li' Général sans doute voudrait quelques jours de recueillement, mais qu'H ne quitterait [>;i^ Londres sans lui en demander l'autorisation. Boulanger l'invita à déjeuner pour \r lendemain mercredi, puis, après un petit silence, lui tendit la main <'i l'accompagna jusqu'au couloir.

Le Général était mobile , ou bien , avec toutes les apparences d'un homme qui se livre et n'a rien à cacher, savait se surmonter. Le mercredi, au déjeuner où il rassembla Laguerre, Naquet, Sturel et Renaudin arrivé danslanuit, on put presque plaisanter de la déception momentanée. C'était parfois dans ses goûts de philosopher en fumant un cigare; dans l'angle de la fenêtre de Portland Place, tout en tournant sa cuiller dans sa tasse de café, il dit à Laguerre :

— Je me rappelle notre conversation du 2 janvier dans mon cabinet; les événements vous donnent effroyablement raison. Je pensais qu'on ne doit pas sortir de la légalité, mais eux, elle ne les a pas arrêtés. Eh bien! supposez que, selon votre conseil, j'eusse fait envahir la Chambre le lendemain : j'avais huit chances sur dix de réussir. En cas d'échec, tout le monde aurait dit : « Sont-ils absurdes d'avoir perdu par trop de hâte une partie assurée ! »

Boulanger, que l'attente de tous ces fidèles invitait, fit alors connaître le plus étrange des projets : avec un sentiment très sûr des effets de théâtre et de sa mise en valeur, il rêvait de rompre ce terrible silence où l'univers le voyait et de dire sans préparation : « J'aspirais à servir mon pays ; je refuse de le troubler. 11 convient aux Français de prolonger une situation que je juge antinationale; plaise au destin qu'elles soient douces, les circonstances qui attesteront bientôt la justesse de mes prévisions! » Et làdessus, quitter l'Europe, passer en Amérique, où quelque imprésario lui offrait un million pour une série de conférences.

Cette résolution, qui rappelle sa première ma-

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