BOULANGER DEVANT SON DÉSASTRE
nière, peut lui assurer L'immense armée <Jes imaginatifs. Vaincu dans l'empire du fait, il réservait tout, par cette brusquerie, dans le domaine sentimental. A continuer la lutte sur un terrain qu'il touche de ses deux épaules, qu'est Boulanger? Pas même un prétendant exilé. Au contraire, s'il s'efface, desscandales nouveaux dégoûteront la nation, et l'on entrevoit des circonstances où les parlementaires eux-mêmes pourraient chercher un homme àqui résilier de plein gré leurs pouvoirs.
Tous pensèrent tomber à la renverse; et, jugeant sur leurs visages décomposés que seul le vice-président du Comité national connaissait le plan, ils le soupçonnèrent de vouloir désarmer le boulangisme pour faire sa paix personnelle.
L'ignorance où le chef les avait toujours laissés de ses moyens financiers les débarrassait de réflexions compliquées; ils se bornèrent à exprimer avec violence leur désir, leur besoin que le parti se maintînt. Le beau raisonnement de dire qu'à la longue et de lui-même le parlementarisme s'effritera 1 En attendant. que deviendront-ils?
Le sage Naquet,s'il croit vraiment utile de cédera L'indication des événements, pourrait leur rappeler qu'une effroyable impopularité succède souventefois aux ovations enthousiastes; qu'un parti, la première ardeur passée, s'aigrit contre son chef vaincu, et que le dévouement d'une minorité ne sert de rien. Ce sont des vérités, mais peu fécondes à semer chez des partisans, et l'altération de leurs ligure-, où se
trahissent leurs âmes', montre assez que la défaite ne
les a pas déliés du Général.
Il> le pressent d'arguments :
■ — Nelles et Suret-Lefort, qui viennent de réussir, et bien d'autres que Constans s'attribue comptent efl réalité parmi vos amis. Et puis, en mai prochain, par ses élections municipales, Paris nous fournira une glorieuse revanche; les chiffres de dimanche démontrent que le boulangisme s'installera en maître à l'Hôtel-de-Ville.
L'intérêt, l'honneur même, interdisent au eh et' cette désertion. Pensez que Renaudin, ici présent, s'effondrerait! L'affreuse agitation de ce vieux camarade touche Sturel, qui collectionne les occasions d'écouter la voix impérative de son cœur. Boulanger ne se soustrait pas davantage à cette fraternité des fortunes diverses supportées en commun. Il accepte le nouveau bail de loyalisme que tous s'empressent à souscrire. La psychologie d'un vaincu ressemble beaucoup à celle d'un malade. Les incurables de ces deux catégories accueillent avec crédulité toutes les affirmations.
Sturel, préoccupé de comprendre s'il venait d'assister à une défaillance ou bien à une habileté. du chef, descendit avec un secrétaire du Général. Ils croisèrent dans le vestibule une femme qui entrait, encore jeune, évidemment malade, à la fois impérieuse et douce, séduisante surtout par les gestes gracieux et précis d'une personne élevée parmi les choses de bon goût. Elle dit au compagnon de Sturel quelques mots brefs, dont le ton seul marquait son autorité dans la maison. Sturel, cédant au charme et à la curiosité, crut pouvoir demander an secrétaire de le nommer.
— J'ai eu le regret, cet été, de ne pas accepter une