‹ L'appel au soldatChapitre 28 sur 46 · BOULANGES DEVANT SON DESASTRE · texte numérisé non relu

BOULANGES DEVANT SON DESASTRE

invitation du Général, qui voulait ) >i «m i rue présenter à Madame de Bonnemains.

I.,i mystérieuse amie du Généra] Félicita le jeune député sur son élection. Il démêla qu'elle ne confondait pas, eomme ils Faisaient tous, son attachement pour Boulanger .ivre ses vœux pour le |>;n-ii. Elle exprima le désir de le revoir un jour prochain chei le Général, mais ajouta :

— Je vous préviens, monsieur, qu'ici nous nous entendons pour ue pas lui parler politique.

Elle fui une quinte de toux, appuya -<»u mouchoir sur ses lèvres et, sans s'attarder davantage, monta Pescalier avec des mouvements aussi secs que son accueil avait été mollement gracieux.

— Quelle femme intéressante! «lit Sturel, charmé de la séduction et de la volonté «ju'il entrevoyait unies dans cette maîtresse autour de qui -<>u imagination se plaisait.

Le secrétaire ue cacha pas une véritable haine pour Mn «If Bonnemains, allant jusqu'à raccuser d'être venue au ministère de la Guerre auprès de Boulanger pour le compte «l'un grand pays étranger.

Le jeune homme comprit quelle lutte d^influences domestiques se livrait autour «lu chef, et, sans 5 attacher une importance politique, il ne mit pas en

doute riiiiluciM e décisive de cette grande a ureuse

mit nu soldat malheureux.

En vain interdit-elle qu'on parle des journaux, du Comité, «lu ministère! Ce sool de courts répitsqu'ha-

bile ou passii ••■ elle ménage à son amant. Il ne

peut pas fermer sa porte aux innombrables m gers du désastre. Tout le jour, les consolation lc> récriminations, les demandes d'argent el les

offres de conseils, voilà ce qu'il doit supporter vaillamment, avec des mots d'espoir. Et puis un coureur qui a passé le but, vainqueur ou vaincu, doit enc re, pendant quelques instants, obéir à son élan et accomplir des mouvements désormais sans objet. Boulanger n'est pas libre de décliner des invitations aujourd'hui bien vaines, mais acceptées de longtemps. A la tombée du jour, il se fait voir dans les salons, au théâtre ; il essaye de convaincre la société anglaise qu'il n'y a dans cette surprise électorale qu'un incident réparable. Mais vienne la nuit, comme les pauvres malades, c'est à l'opium, dans les bras de sa maltresse, qu'il demande le sommeil.

L'opium et l'ivresse des sens, versés l'un et l'autre par Mme de Bonnemains, voilà les ressources de celui qui, dès le mercredi, donne à ses secrétaires le nouveau cliché à expédier sous mille et mille enveloppes à tous ses correspondants : « J'attends avec sécurité le jour de la revanche, qui est plus proche que vous ne croyez. Ayez confiance en moi, comme j'ai confiance en vous. »

Et des milliers de Français répondent : « Fidèles jusqu'à la mort. »

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